"Il y a chaque année 50 000 cas de violence intrafamiliale en Belgique"
Vincent Van Quickenborne annonce le recrutement de 15 criminologues au sein des différents parquets du pays.

- Publié le 04-08-2022 à 21h25
- Mis à jour le 05-08-2022 à 11h04

Depuis son arrivée à la tête du ministère de la Justice, Vincent Van Quickenborne (Open VLD), a fait de la lutte contre les violences intrafamiliales une de ses priorités. En 2021, le libéral avait d'ailleurs promis, lors de l'attribution des budgets supplémentaires pour la justice, de dégager des moyens en plus "dans la lutte contre les violences domestiques".
La violence intrafamiliale, cela concerne les agressions verbales, les menaces, les intimidations, les coups et blessures, mais aussi les violences sexuelles et la séquestration. Un phénomène qui touche toutes les classes sociales et tous les groupes de population, principalement des femmes et des mineurs.
D'après des études citées par le cabinet Van Quickenborne, les violences intrafamiliales représentent, au niveau mondial, un risque plus important pour la santé des femmes âgées de 15 à 44 ans que les accidents de la route ou encore le cancer.
Effet Covid
En Belgique, le phénomène touche, chaque année, une femme sur sept, victime de son partenaire ou ex-partenaire.
Pendant la crise sanitaire, le nombre de cas de violence entre partenaires a fortement augmenté et la ligne d'assistance a reçu 1 712 appels, soit deux fois plus qu'auparavant. Les enfants sont également fréquemment exposés à la violence domestique. En 2020, 9 311 mineurs ont ainsi été signalés auprès des centres pour enfants maltraités, soit une augmentation de 4,4 % par rapport à 2019.
Les signalements concernent principalement des abus et des cas de violences sexuelles, mais aussi de situations familiales problématiques dues à une négligence physique ou psychologique.
Une situation que Vincent Van Quickenborne juge critique. "Il y a environ 50 000 cas de violence intrafamiliale enregistrés chaque année, c'est très inquiétant. Sans oublier qu'en moyenne, une victime ne portera plainte qu'après 35 incidents. Cela veut dire qu'une victime peut donc avoir déjà été menacée, battue ou violée 35 fois. C'est pourquoi nous faisons tout pour prévoir une meilleure prise en charge des violences intrafamiliales."
Pour lutter contre ce phénomène, le ministre de la Justice a décidé d'engager 15 criminologues au sein des parquets pour mieux lutter contre les violences intrafamiliales. Mais pour quel rôle ?
Humaniser
"Un criminologue de parquet appelé à travailler dans la lutte contre les violences intrafamiliales va, dans un premier temps, aider les magistrats en apportant une vision plus humaine des cas traités. Là où le magistrat aura une lecture principalement juridique, le criminologue va apporter des informations supplémentaires, recontextualiser les faits pour permettre un éclairage plus psychosocial", explique Axelle Beghin, criminologue au parquet général près la cour d'appel de Liège et auteure de l'ouvrage La violence conjugale : Évaluation du risque et éloignement du domicile.
Un criminologue sera également amené à apporter des éléments d'analyse qui viendront fournir, aux policiers ou aux magistrats, une grille de lecture plus large. "Par exemple, j'ai été amenée, dans le cadre de mon travail, à créer un outil d'évaluation des risques qui est utilisé par la police et le parquet. Lorsqu'une victime a été auditionnée pour des faits de violences conjugales, les policiers sont ainsi appelés à remplir une grille d'évaluation qui permet de situer les facteurs de risques et de protection de la situation. Une évaluation qui permet en fait d'agir plus efficacement pour protéger les victimes et mieux encadrer les auteurs. C'est un outil parmi d'autres qu'un criminologue peut amener dans l'exercice de ses missions", poursuit Axelle Beghin.
Et de conclure. "En fait, un criminologue, c'est une sorte de lien, de facilitateur qui vient en aide et en soutien aux policiers et aux magistrats. Mais il collabore également avec les associations de terrain. C'est avec ces ASBL que j'ai, par exemple, mis en place cet outil d'évaluation pour la police et le parquet. À mon sens, ce sont des projets interdisciplinaires qui permettent de lutter au mieux contre les violences conjugales."