Le manque d'effectif pourrait mener à un scénario catastrophe dans les hôpitaux: "Des fermetures des services d'urgence sont à craindre"
Le manque d'effectif dans les services des urgences du pays entraîne une moins bonne prise en charge des patients. On se dirige vers le scénario catastrophe.

- Publié le 22-07-2022 à 06h52
- Mis à jour le 22-07-2022 à 06h54

Les services des urgences dans les hôpitaux du pays sont débordés. Plusieurs urgentistes tirent la sonnette d'alarme et réclament des renforts pour remplir leurs missions et éviter un scénario à la française, où des services d'urgence sont contraints de partiellement fermer leurs portes faute d'effectifs suffisants.
"Nous manquons de personnel et devons alors faire appel à des boîtes d'intérimaires. Sur un shift, on peut se retrouver avec trois intérimaires qui ne sont pas toujours formés pour travailler aux urgences (patients instables, surveillance plus accrue que dans un service d'hospitalisation, prises d'initiatives pour certains examens/prise de paramètres, etc.), qui ne connaissent pas notre service (matériel, organisation, architecture) et sont souvent inefficaces voire dangereux pour les patients ", déplore Julie, nom d'emprunt, urgentiste dans un hôpital bruxellois qui tient à conserver son anonymat. "Cela rajoute donc une source de stress et une charge de travail supplémentaire pour les infirmiers fixes dans le service qui se retrouvent à devoir superviser ces intérimaires."
Cette situation découle sur des conditions de travail de plus en plus compliquées. "Nous sommes régulièrement appelés lorsque nous sommes en récupération pour remédier à un manque d'effectif le jour même ou un des jours suivants", poursuit-elle. "Lors d'une grosse journée de travail, nous sommes amenés à réaliser des shifts de 12 heures sans prendre le temps de s'asseoir 5 minutes pour boire un verre d'eau, manger ou aller aux toilettes. Nous ne prenons plus toujours le temps de bien expliquer les soins administrés aux patients, nous sommes moins à l'écoute. Le risque d'erreur est réel car nous avons trop de choses à faire en même temps et dans la précipitation."
La surcharge de travail peut ainsi mener à un manque d'empathie envers les patients, voire de l'irritabilité. " Lorsque nous avons fini notre journée de travail, cela peut se traduire par de la frustration, une impression de travail mal fait, ou pas comme on voudrait, de l'énervement qui peut également se répercuter sur nos proches. Globalement je pense que nous aimons notre métier mais nous n'aimons pas la manière dont on nous force à le pratiquer", poursuit-elle.
Un avis partagé par Thomas, nom d'emprunt. "La surcharge de travail résulte sur un mauvais accompagnement des patients et des défauts de surveillance pour les patients potentiellement critiques. L'aspect relationnel peut être mis sur le côté. Il peut m'arriver d'être plus directif, moins à l'écoute afin de gagner du temps", explique-t-il. "Nous procédons à l'exécution d'actes de soins "à la chaîne" où le corps devient objet ce qui résulte sur une frustration en fin de journée car le sentiment de travail bien fait n'est pas toujours au rendez-vous."
Les services des urgences sont également embouteillés suite à des patients qui se rendent aux urgences pour des soins qui pourraient être administrés ailleurs. "Il y a toujours plus de patients qui s'adressent aux urgences. Certains auraient pu voir leur généraliste, d'autres patients pluri-pathologiques qui doivent être hospitalisés, certains qui n'ont pas de rendez-vous rapide dans différentes spécialités et qui donc se présentent aux urgences ", poursuit le docteur Didier Chamart, chef du service des urgences au CHU Ambroise Paré. "Il convient dès lors de réorganiser les trajets de soins des patients en renforçant la médecine générale et en responsabilisant la population concernant sa surconsommation de soins. Nous ne sommes pas encore dans le scénario français mais je crains que la France ne nous devance que de quelques années", conclut-il.