"Il y a urgence": au rythme actuel, l'objectif de 80% de taux d'emploi ne sera jamais atteint d'ici 2030
Si le marché du travail a bien résisté à la crise sanitaire, les risques à court terme et les défis structurels inquiètent.
- Publié le 04-07-2022 à 19h22
- Mis à jour le 04-07-2022 à 19h48

"Il y a urgence." Le ton employé lundi par Steven Vanackere, vice-président du Conseil supérieur de l'emploi (CSE), témoignait d'une inquiétude certaine à l'égard de l'état du marché du travail belge. Dans son nouveau rapport, le CSE dresse en effet un bilan en demi-teinte des évolutions récentes en matière d'emploi.
Au rayon des bonnes nouvelles, le CSE souligne la résilience du marché du travail belge face à la pandémie de coronavirus. "C'est une surprise positive, se réjouit l'ancien ministre fédéral des Finances. La crise a laissé place à une embellie exceptionnelle."
Un taux de chômage au plus bas
Au premier trimestre 2022, un nombre record de 5 130 000 personnes étaient ainsi à l'emploi. Le chômage est par conséquent en net recul depuis plusieurs mois. En mai 2022, la Belgique comptait 433 000 demandeurs d'emploi inoccupés, le plus bas niveau enregistré depuis les années nonante. Le CSE salue enfin la fibre entrepreneuriale qui a gagné les Belges, avec un nombre d'indépendants en croissance continue.
Mais ces évolutions positives ne sont que l'arbre qui cache la forêt. Les risques à court terme s'accumulent, et les pénuries de forces vives inquiètent. À l'heure actuelle, pas moins de 196 000 postes sont à pourvoir en Belgique, notamment dans les secteurs de l'industrie, de la construction et de l'Horeca.
Le taux de vacance d'emploi a récemment atteint un niveau record de 4,8 %, bien supérieur à la moyenne européenne (2,9 %). La situation est surtout préoccupante en Flandre (5,5 %).
L'inflation généralisée et l'augmentation des coûts salariaux freinent par ailleurs la compétitivité des entreprises, concurrencées par les producteurs de pays étrangers, où les salaires ne sont pas automatiquement indexés.
Un taux d'emploi de 73,5 % en 2027 ?
Ces problèmes à court terme s'accompagnent de défis structurels, qui empêchent pour l'heure d'atteindre le plein-emploi en Belgique.
La participation de certains groupes au marché du travail reste insuffisante, pointe le CSE. Les femmes, les personnes faiblement diplômées, les ressortissants hors UE, les moins de 25 ans et les 55 ans et plus affichent actuellement un taux d'activité trop faible. À ce rythme, l'ambition de 80 % de taux d'emploi à l'horizon 2030 (affichée par la Vivaldi dans son accord de gouvernement) sera loin d'être acquise.
Selon les prévisions du Bureau fédéral du Plan, ce taux ne s'établirait en effet qu'à 73,5 % en 2027.
Toutefois, pour atteindre cet objectif, la mise à l'emploi des chômeurs ne sera pas suffisante, souligne le CSE. La création de 640 000 postes et la mobilisation des inactifs seront également nécessaires.
Pour faire face à ces défis, le CSE mise sur une meilleure formation - initiale et continue - mais recommande surtout de s'atteler "sans délai" à une réforme générale de la fiscalité sur le travail.
L'heure est désormais à l'action. Le CSE enjoint aux différents acteurs de l'emploi d'intensifier leurs efforts et de prendre ces multiples difficultés à bras-le-corps. "Nous souhaitons envoyer un signal d'alarme", conclut Steven Vanackere. Reste à voir s'il sera entendu.