Dépression, troubles alimentaires, automutilation: après 1 an et demi de covid, quel impact sur la santé mentale des jeunes ?
La vingtaine est-elle vraiment la plus belle période? Pas en 2021. Les dernières enquêtes sur la santé mentale de Sciensano dressent un bilan alarmant pour les 18-29 ans, particulièrement touchés par la dépression, l'anxiété, les trouble alimentaires et les troubles du sommeil. Heureusement, la rentrée en présentiel amène une bouffée d'air frais, observe le professeur de psychologie de la santé Olivier Luminet.
- Publié le 27-09-2021 à 18h03
- Mis à jour le 02-02-2022 à 16h16

Après un an et demi à regarder leurs professeurs sur un écran, les étudiants sont de retour sur les campus belges. Le début, peut-être, d'une remontée de la pente pour les plus affectés par l'isolement qui leur a été imposé. Olivier Luminet, professeur de psychologie de la santé à l'UCLouvain et membre du groupe d'experts "psychologie et corona", tire un bilan positif de cette rentrée. Mais certains auront encore besoin de temps et de soutien psychologique pour se remettre de cette crise.
"Dépression, anxiété... Certains indicateurs pour les étudiants entre 18 et 25 ans sont très inquiétants", commente l'expert, qui se base sur deux larges études sur la santé mentale en Belgique. La première, remontant à février-mars 2021, montrait que la moitié des jeunes de moins de 30 ans présentaient des signes de dépression et/ou d'anxiété. "Une augmentation spectaculaire".
Mais Olivier Luminet insiste également sur la forte augmentation des troubles du sommeil et de l'alimentation, révélée par la dernière enquête réalisée à la fin de l'année scolaire 2021 par Sciensano. "Le malaise des étudiants se manifeste surtout par ces troubles, qui touchaient en tout 60% d'entre eux", explique le professeur. "Ce sont des chiffres qui interpellent. Pour les comportements les plus inquiétants, comme l'automutilation, 13% des répondants ont déclaré y avoir souvent ou occasionnellement recours. Autre point d'inquiétude, entre mars et juin, 30% des répondants ont consulté un psychologue, et 16% ont déclaré vouloir le faire. Beaucoup ne trouvent pas le soutien nécessaire dans leur cercle social et ont besoin d'un soutien externe pendant la période d'examens." Depuis le 1er septembre, jusqu'à 20 consultations psychologiques pourront être remboursées par année. Mais les conditions pour ce remboursement sont encore trop strictes et ne résoudront pas le problème, explique l'expert. "C'est très positif, mais c'est un démarrage, un début, et pas une généralisation. Les conditions d'accès sont très compliquées. Il faut offrir d'autres possibilités en parallèle sur les campus et interpeller les directeurs des établissements d'enseignement supérieur ainsi que les ministères compétents à ce sujet."
Une rentrée scolaire qui change tout
Les 18-25 ans seront-ils marqués à vie par cette crise? "C'est le grand point d'interrogation... Parfois, une crise intense permet un rebond, une mobilisation pour le bien-être. On l'a vu avec la fin de la Seconde Guerre mondiale qui a amené beaucoup de changements positifs. Globalement, la population va mieux, mais les personnes particulièrement touchées par cette crise auront besoin de temps. Le problème, c'est que ceux qui ne vont pas bien sont souvent les mieux cachés, les plus isolés, ceux qui ne viennent pas en cours par exemple."
La période de rentrée scolaire est parfois synonyme de stress. Mais cette année, elle pourrait bien marquer le début de la vie normale pour les jeunes en manque de "nourriture relationnelle", essentielle pour leur bon développement psychologique. "On était assez inquiet en juin, lorsqu'on a permis une reprise en présentiel et que les étudiants préféraient rester chez eux. La peur était encore bien présente à l'époque. Mais aujourd'hui, on voit que les campus sont remplis. Dès les premiers cours, j'ai vu ce besoin de revenir et cette satisfaction, malgré le masque. Je leur ai proposé que l'on se retrouve en extérieur aux intercours, pour pouvoir faire tomber cette dernière barrière. Pour moi, cette rentrée est très positive, les étudiants sont contents de revenir et d'interagir avec les profs et entre eux, ça montre encore plus que le présentiel était vraiment nécessaire." D'autres sont moins bien lotis, comme en Angleterre, où les bancs de l'Université restent vides. "Bientôt deux ans sans présentiel, les dégâts sur la santé mentale vont se faire sentir... Heureusement, en Belgique, la rentrée va aider."