Le coût de l'immigration est-il de 11 milliards d'euros par an ? C'est faux
L'immigration coûte-t-elle plus 2,2% du PIB belge, soit 11 milliards d'euros par an, comme l'annonçait le député Indépendant Jean-Marie Dedecker à la Chambre des Représentants le 1er juillet dernier ? C'est faux. Ces données, qui proviennent d'une étude de la Banque Nationale de Belgique, ont fait l'objet d'erreurs de lecture et d'une mauvaise interprétation de la part du député flamand. La réalité de la migration est toute autre selon cette même étude : elle rapporte à l'économie belge.
- Publié le 14-07-2021 à 14h49
- Mis à jour le 13-08-2021 à 12h11

Le 1er juillet dernier à la Chambre des Représentants, le député Indépendant et bourgmestre de Middelkerke, Jean-Marie Dedecker, a demandé au premier ministre Alexander De Croo quelle était la position du gouvernement sur la régularisation de sans-papiers. Cette interpellation faisait référence à la grève de la faim des 450 demandeurs d'asile à Bruxelles depuis plus d'un mois. Selon lui, "céder aux exigences des grévistes de la faim serait un affront aux migrants véritablement légalisés."
Plus tôt dans son allocution, Jean-Marie Dedecker avançait que "le coût de la migration a (...) augmenté pour atteindre 2,2 % du PIB, soit pas moins de 11 milliards d'euros par an."
L'étude de la Banque Nationale de Belgique
Suite à des échanges avec La Libre Belgique les 6 et 7 juillet, le député flamand confirme que ce pourcentage et ce montant proviennent d'une étude de novembre 2020 de la Banque Nationale de Belgique (BNB).
Se basant sur des données de la Banque Carrefour de la Sécurité Sociale (BCSS), cette étude de la BNB analyse l'apport économique de l'immigration en évaluant la contribution nette des immigrés aux finances publiques belges. C'est-à-dire dans quelle mesure ils rapportent et coûtent à l'Etat belge via, respectivement, leurs cotisations sociales et leurs prestations sociales. Cette étude fait la distinction entre plusieurs publics d'immigrés : entre la première et deuxième génération, et ceux originaires de pays de l'Union Européenne (UE) et ceux ayant une origine hors UE.
Précision importante : ce rapport porte uniquement sur l'aspect économique de l'immigration, et il ne prend pas en compte d'autres éléments "essentiels" tels que les droits humains ou les lois internationales.
2,2% non pas du PIB mais des dépenses publiques
Les 2,2%, effectivement avancés dans l'étude de la BNB, font référence à une augmentation des dépenses publiques liée à l'arrivée de nouveaux immigrés au cours des cinq dernières années. Et non pas du Produit Intérieur Brut (PIB) annuel comme l'affirme Jean-Marie Dedecker.
On retrouve ce pourcentage page 14 du rapport de la BNB : "L'augmentation calculée des dépenses publiques (+2,2 %) est inférieure à la croissance de la population (+2,7 %)". Myriam Van Nieuwenhuyze, responsable des relations presse à la BNB, confirme aussi ce pourcentage : "l'augmentation de 2,2% est une augmentation du niveau des dépenses publiques et non pas du PIB".
Faire l'amalgame entre les dépenses publiques et le PIB, comme l'a fait monsieur Dedecker, c'est confondre deux réalités macroéconomiques bien distinctes. Le PIB se définit comme "la valeur marchande de tous les biens et services qui sont produits en un an" tandis que les dépenses publiques sont celles de l'ensemble des administrations publiques. En 2020, les dépenses publiques représentaient environ 58% du PIB.
Si 2,2% du PIB correspondent bien à 11 milliards d'euros (le PIB actuel avoisine les 500 milliards d'euros selon le Bureau fédéral au Plan), "il est faux de dire qu'ils concernent le coût de l'immigration" confirme l'une des auteures du rapport de la BNB.
Une erreur de lecture et d'appréciation
Monsieur Dedecker confirme pourtant ce coût de l'immigration dans un mail reçu le 7 juillet, en citant à nouveau l'étude de la BNB. Il y précise ses propos en écrivant qu'il représente "10,6171 milliards d'euros de retraites, d'assurance maladie, d'allocations chômage, etc. Comme indiqué page 34-36 du rapport".
Or, monsieur Dedecker fait ici une erreur de lecture et d'appréciation des données du rapport de la BNB. Et notamment des pages citées, comme le montre la capture d'écran ci-dessous de la page 34 de ce même rapport.

Capture d'écran page 36 du rapport de la BNB
Ce montant fait référence au prestations reçues par l'ensemble de la population totale belge. En 2016, les prestations sociales perçues par tous les ménages belges - immigrés compris - s'élevaient à 106,171 milliards d'euros.
Pour les personnes ayant au moins un parent né hors de Belgique, le rapport précise page 41 "qu'elles reçoivent en moyenne 13% de prestations sociales en moins par rapport à la moyenne nationale".
Le bénéfice de l'immigration
Sans avoir le montant exact de ce coût aujourd'hui, toujours est-il que la démonstration de l'étude de la BNB est sans appel. "Cette augmentation est de 2.2% pour les dépenses et 3.4% pour les revenus. (...) L'effet net de l'immigration tel que calculé dans le modèle est positif" conclut Myriam Van Nieuwenhuyze de la BNB. Autrement dit, l'immigration rapporte plus qu'elle ne coûte à l'économie belge. Une incidence positive des flux migratoires qui, selon ce modèle théorique, aurait fait progresser le PIB de 3,5% en cinq ans.