Le taux de vaccination du personnel hospitalier tourne autour de 70 %
Une partie du personnel hospitalier semble toujours réticente à se faire vacciner.

- Publié le 11-03-2021 à 19h58
- Mis à jour le 12-03-2021 à 13h06

C'est l'un des enjeux de la campagne de vaccination en cours : dans quelle mesure les professionnels de la santé, et le personnel hospitalier en particulier, se font-ils vacciner contre le coronavirus ? L'hésitation vaccinale chez les soignants n'est pas une légende. Certains responsables d'hôpitaux ont pu s'en rendre compte. Mais, maintenant que la campagne dans les hôpitaux est bien avancée, qu'en est-il réellement dans les chiffres ?
En Flandre, un comptage est disponible en ligne sur le vaccinatieteller des autorités. On peut y suivre jour après jour l'évolution de la vaccination, notamment dans les hôpitaux. Ainsi, au 10 mars, 95 411 des 145 125 collaborateurs des hôpitaux flamands avaient reçu une première injection, ce qui représente 65,7 % de l'ensemble du personnel. Un taux qui grimpe à 71,9 % si l'on se focalise sur le personnel soignant. Mais la campagne se poursuit.
Des séances de rattrapage
Pour obtenir de telles statistiques quotidiennes côté francophone, on repassera. En région bruxelloise, le baromètre officiel indiquait jeudi un taux de vaccination de 55 % du personnel hospitalier. Mais les données remontaient au 3 mars. La proportion a dû augmenter depuis mais la Commission communautaire commune n'a pas pu nous livrer de chiffres plus récents.
Enfin, en Wallonie, l'Agence pour une vie de qualité (Aviq) dit ne pas disposer de ces informations et renvoie vers l'Institut fédéral Sciensano, qui renvoie lui-même vers les Régions. Bienvenue en Belgique !
Pour avoir une idée du succès de la campagne parmi le personnel hospitalier à Bruxelles et en Wallonie, La Libre a donc interrogé les hôpitaux eux-mêmes. De ce coup de sonde, il apparaît que le taux de vaccination actuel tourne autour de 70 %.
"Nous sommes à 70 % du personnel vacciné mais la vaccination est toujours en cours, signale-t-on aux cliniques universitaires Saint-Luc à Bruxelles. Et le personnel en contact avec les patients Covid est en général vacciné à plus de 80 %."
Au Chirec, sur l'ensemble des sites (à Bruxelles et en Brabant wallon), "on est entre 60 et 65 % de vaccinés parmi les salariés (personnel infirmier, administratif, etc.) et à plus ou moins 80 % parmi les médecins", confie le Dr Benoît Debande, directeur général administratif et financier.
Le CHC de Liège signale de son côté que 75 % des 5 300 collaborateurs auront reçu les deux doses du vaccin Pfizer-BioNTech à la fin de cette semaine et qu'une séance de rattrapage aura lieu pour les retardataires et les personnes qui changeraient d'avis. Le taux devrait alors approcher les 80 %.
Le CHC ajoute qu'au sein de la fédération hospitalière Unessa à laquelle il adhère "le taux varie d'un membre à l'autre entre 70 % et 80 %". Ces chiffres, qui portent sur l'ensemble des hôpitaux chrétiens de Wallonie, nous sont confirmés par ailleurs.
Le CHU de Liège est de statut public mais le pourcentage est le même : 4 982 personnes ont déjà reçu la première dose, ce qui représente 70 % du personnel. "Le personnel absent au moment de l'appel et le personnel qui change d'avis peuvent toujours demander la vaccination."
Enfin, au CHU de Charleroi, "à l'heure actuelle, on peut estimer que 70 % des soignants sont vaccinés", annonce Frédéric Dubois, responsable de la communication, qui précise : "Aux soins intensifs, 100 % des médecins le sont et quasi tout le personnel infirmier également." Les débuts de la vaccination ont cependant été poussifs, reconnaît M. Dubois : "La campagne a connu un départ prudent mais l'émulation, les séances d'informations et la campagne vidéo du service communication ont boosté l'entrain du personnel."
Obligatoire ou pas ?
Les cliniques Saint-Luc ont dû, elles aussi, réaliser "un travail important au niveau de la communication pour informer le personnel et couper court aux fausses informations à propos de la vaccination qui circulent encore".
Un problème auquel le Chirec est également confronté. "Nous avons d'abord fait une communication dirigée vers l'ensemble du personnel, commente le Dr Debande. Et maintenant des campagnes plus ciblées sur certains services, avec l'aide de nos hygiénistes." Dans certaines unités, la résistance à la vaccination est en effet plus forte. "C'est parfois lié aux réticences d'une infirmière-chef, qui déteint sur l'ensemble de l'unité. Il y a des mythes qui vivent dans certains services, comme celui des risques sur la fertilité. Alors on explique aux dames que le vaccin qu'elles reçoivent contre le cancer du col de l'utérus utilise la même technologie."
Pour le Dr Debande, l'objectif est d'atteindre "un taux optimal" de vaccination. Quitte à la rendre obligatoire pour le personnel ? Certains gestionnaires d'hôpitaux le demandent, estimant qu'on ne peut tout de même pas cantonner tous les réfractaires dans des postes administratifs sans contact avec les patients. "En tant que citoyen, je pense que c'est un choix personnel. On vit dans un pays libre. Mais, en tant que responsable hospitalier, j'aurais tendance à suivre mes collègues qui veulent la rendre obligatoire. C'est la logique du défaut de prévoyance. Si un patient vient à contracter le virus à l'hôpital, je suis mal…"