Agitation au sein de l'Exécutif des musulmans de Belgique: "Ce qui a été fait à la Grande Mosquée, cela n'a pas été fait avec nous"
Les propos de M. Van Quickenborne font éclater au grand jour des dissensions.
- Publié le 23-10-2020 à 18h58

Ce n'est pas peu dire que les déclarations du ministre de la Justice Vincent Van Quickenborne (Open VLD) sur l'ingérence du Maroc au sein de la Grande Mosquée de Belgique ont provoqué une onde de choc dans la communauté musulmane. Vendredi, trois membres de l'Exécutif des musulmans (EMB), l'institution chargée de relancer la Grande Mosquée après le départ des Saoudiens, annoncent "se désolidariser formellement" du communiqué publié le 5 décembre par le Bureau de l'EMB qui démentait le ministre. "Depuis 2014, nous avons interpellé à plusieurs reprises les autorités politiques et judiciaires sur les dysfonctionnements observés au sein de l'EMB, mais nos alertes sont restées vaines", écrivent les trois signataires, Mohamed El Farhaui, Mohamed El Morabit et Abdelilah M'Rabet, tous bruxellois.
Ceux-ci en veulent surtout au vice-président de l'EMB Salah Echallaoui, d'origine marocaine comme eux. Ils lui reprochent de les avoir mis sur la touche en ne convoquant pas les 17 membres de l'Exécutif depuis fin 2018. "Ce qui a été fait à la Grande Mosquée, cela n'a pas été fait avec nous", dénonce M. El Farhaui, aussi connu pour avoir tenté de fédérer les fidèles de la Grande Mosquée contre le pouvoir grandissant du Rassemblement des musulmans de Belgique… présidé par M. Echallaoui.
Plus expéditif que son prédécesseur Koen Geens, le nouveau ministre de la Justice (qui a les Cultes dans ses attributions) a annoncé le 4 décembre vouloir le renouvellement de tous les organes de l'Exécutif, plus de représentativité des femmes et des néerlandophones en son sein et la promotion d'"un islam progressiste compatible avec les valeurs de notre société".
Dans un communiqué publié le 5 décembre, l'EMB a réagi fermement aux propos du ministre et démenti toute ingérence du Maroc ou de la Turquie. "Les propos du ministre violent ouvertement la liberté de culte, le principe de neutralité et le principe de séparation de l'Église et de l'État. Nous considérons ce discours comme une ingérence manifeste dans les affaires du culte islamique", avait déclaré le président de l'Exécutif, Mehmet Üstün.
Réagissant à la "sortie médiatique" de ces trois membres de l'Exécutif, Mehmet Üstun a déclaré dimanche que "cette sortie n'a aucune crédibilité ni légitimité institutionnelle aux yeux de nos instances" car ces personnes "ont même perdu leurs qualités de délégués de leurs mosquées parce qu'ils ont été désavoués par celles-ci". L'EMB souligne dans un communiqué aussi que l'appel du ministre Van Quickenborne "a réactivé les milieux radicaux connus pour leurs positions rigoristes et extrémistes qui essayent de mettre la main sur la Grande Mosquée de Bruxelles et sur l'organe représentatif du culte musulman mettant à mal tous les résultats positifs obtenus par l'EMB pour contrer le radicalisme depuis 2014".