Le professeur Jean-Luc Gala propose une nouvelle méthode de testing grâce à un laboratoire mobile: "Mais la Belgique n'en veut pas"
La méthode de testing et de screening du professeur Gala, pourtant plébiscitée en Italie et recommandée par l'OMS, ne sera pas déployée chez nous.

- Publié le 13-09-2020 à 08h53
- Mis à jour le 24-09-2020 à 15h41

Jean-Luc Gala, professeur à l'UCLouvain et spécialiste des maladies infectieuses, vient tout juste de terminer une mission humanitaire et technologique en Italie, dans le Piémont. Son laboratoire mobile, B-Life, qui avait déjà été utilisé en Guinée lors de l'épidémie d'Ebola, a en effet été installé pendant plusieurs semaines dans un entrepôt situé en périphérie de Turin.
Le but était de pouvoir établir une cartographie des personnes qui ont développé des anticorps face au coronavirus. 6000 personnes ont pu être testées à Novara et à Turin à la demande des autorités. Mais alors que cette méthode a fait ses preuves à l'étranger, elle ne sera pas utilisée chez nous, alors que le besoin n'a jamais été aussi grand. Interview.
Comment fonctionne votre laboratoire mobile ?
"C'est un labo déployable dont la capacité d'analyses a été développée progressivement au cours des années, c'est l'équivalent biologique de B-Fast. Sa capacité est rapidement déployable et facilement transportable sur site lors d'une crise qui implique une demande d'analyse rapide. Il y a également un volet qui se charge de l'identification des causes infectieuses, nous pouvons donner un support aux hôpitaux de campagnes, c'est très complémentaire aux besoins d'une crise".
Quelle est la capacité de testing ?
"Ici, en six semaines, nous avons réalisé plus de 6000 tests sérologiques et un millier de tests PCR. Toutes les personnes qui passaient ici se faisaient tester gratuitement et ils avaient leur résultat dans les dix minutes (et quatre heures pour le test PCR). Il s'agissait de personnes sélectionnées par les autorités italiennes qui se trouvaient en première ligne, de bénévoles de la Croix-Rouge, de la protection civile et autre qui avaient participé de près à la crise causée par la première vague".
Quels sont les avantages ?
"Nous sommes capables de faire l'ensemble de la chaîne d'identification du patient, le tout dans une même base de données. On peut analyser les échantillons et rendre des résultats le même jour. De plus, ils étaient directement injectés dans la plateforme Covid nationale italienne. Pour cette mission, nous avons développé cet outil spécial dans le cadre de cette mission, cela permet d'archiver les données et les réinjecter ensuite dans les données nationales, c'est une avancée révolutionnaire car cela représente la première capacité mobile à avoir démontré à la fois la possibilité de faire un screening de masse en prenant en compte l'accueil des patients, l'enregistrement de leurs données personnelles, le code fiscal et le fait d'avoir des symptômes ou non."
"Et au vu de cette situation épidémique, cela permet d'avoir une idée très rapide de la situation post Covid, l'idée était ici d'avoir des infos sur l'état de la première ligne après la première vague et notamment pour à quel point ils avaient fait leurs anticorps, le but était donc d'en savoir plus sur la réponse immunitaire face au virus."
Votre projet a-t-il suscité un intérêt en Europe ?
"La Commission européenne s'est montrée très intéressée et m'a demandé un suivi pour exploiter ce concept durant d'autres crise à l'avenir, notamment lors de missions stratégiques. Les Français sont demandeurs, j'ai déjà le soutien des affaires étrangères, comme en Allemagne et en Italie. L'objectif est de créer une capacité européenne sur laquelle on pourrait travailler à l'avenir, l'OMS est également dans le coup. On a créé un réseau de laboratoire mobiles européens dans lequel la Belgique est un des leaders, l'idée est de développer des standards et d'harmoniser les procédures pour augmenter nos capacités de réponses lors de crises sanitaires. C'est une vraie réussite pour la suite et une première en Europe, née d'une initiative belge."
Et en Belgique, est-ce applicable ?
"Ça l'est tout à fait ! Le problème, c'est que c'est très communautarisé chez nous. Il n'y a pas de reconnaissance de cette expertise. On l'avait proposé lors de la première vague, via une reconfiguration du camion en laboratoire pour effectuer testing et screening mais le ministre De Backer ne s'est jamais montré intéressé, on n'a pas voulu de notre laboratoire."
Alors qu'est-ce qui a bloqué ?
"On avait proposé ce dossier aux autorités mais elles n'ont montré aucun intérêt. La commission européenne s'est montrée très intéressée mais absolument rien en Belgique. Il n'a pas pu être activé à cause du conflit communautaire qui sévit dans notre pays, c'est en tout cas la réponse donnée par le gouvernement. On a toujours l'impression que quand une idée vient du Sud du pays, ce n'est pas bon, la lasagne politique de notre pays rend toute initiative compliquée. Il y a des experts qui pèsent plus au Nord du pays, c'est une réalité."
En quoi cela peut-il être efficace ici ?
"On voit qu'à Anvers, le recrutement et le testing est pénible via le modèle de drive-in déployé, on a voulu développer un gros machin pour finalement peu de résultat. Ici, en Italie, une campagne de prévention énorme avait été mise sur pied pour expliquer comment tout allait fonctionner et ça a marché, on a eu seulement 10 à 15 % d'abstention sur l'ensemble des personnes prévues, ce fut un vrai succès contrairement au modèle déployé à Anvers. Le modèle de drive-in développé à Anvers connaît un démarrage très lent. Et ici, il n'y a pas de liste, c'est laissé à l'appréciation des gens, on aurait pu créer des listes à l'avance, on risque fortement de ne pas avoir le nombre de personnes espérées."
Comment avez-vous réagi ?
"On est beaucoup mieux accueilli à l'étranger qu'en Belgique, c'est un constat aussi. On avait proposé ce dossier aux autorités mais il n'y a eu aucun intérêt de montrer, la commission européenne s'est montrée très intéressée mais absolument rien en Belgique. C'est décevant car on pouvait faire quelque chose du genre en Belgique, d'autres pays nous ont contactés pour utiliser cette capacité mais pas chez nous. C'est regrettable que la Belgique ne reconnaisse pas la plus-value de ses propres compatriotes."