Georges-Louis Bouchez propose un gouvernement "resserré" pour Bruxelles : la piste est accueillie froidement par Les Engagés et l'Open VLD
Pour sortir de l'impasse à Bruxelles, le MR de Georges-Louis Bouchez propose désormais un gouvernement régional "resserré". "Nous n'avons aucun problème à former un gouvernement avec le parti qui a gagné de l'élection", a déjà réagi Défi.

- Publié le 04-12-2025 à 09h08
- Mis à jour le 05-12-2025 à 07h29

La proposition a surpris tout le monde, ce jeudi matin.
Face au blocage persistant en Région bruxelloise, le MR propose désormais de former un gouvernement "resserré", chargé de mettre en place un budget à proposer au Parlement. Une solution qu'il avait jusqu'à présent rejetée, notamment lorsqu'Ahmed Laaouej en avait proposé une variante.
"Nous la rejetions parce que ce n'est pas la manière idéale d'avancer, ce n'est pas le meilleur chemin. Je ne propose pas ça avec un enthousiasme débordant, mais nécessité fait loi. C'est un principe de responsabilité. Il faut remettre un pilote dans l'avion", a expliqué le président des libéraux, Georges-Louis Bouchez, jeudi dans Matin Première (RTBF).
Le président du MR propose, en pratique, de désigner les cinq ministres du gouvernement bruxellois via l'article 35.1. C'est par ce même mécanisme que Dirk De Smedt (Open VLD) a été désigné ministre bruxellois du Budget à la place de Sven Gatz, il y a six semaines.
La priorité énoncée est claire : voter un budget 2026 et traiter les dossiers "qui ne peuvent plus attendre".
"Le fait d'être tous dans le même gouvernement va créer une solidarité naturelle et une confiance obligatoire pour pouvoir trouver une solution. Vous forcez les gens à faire des efforts parce que vous devez avancer ensemble", a-t-il précisé.
"Forcer les partis à se positionner devant l'opinion publique"
Par ce mécanisme, le MR veut en fait forcer les partis à se positionner devant l'opinion publique sur la volonté d'obtenir un gouvernement rapidement.
L'identité des partis qui formeraient ce gouvernement n'est pas précisée.
"Je trouverais très particulier que le premier parti – le MR – en soit exclu. La question, ce n'est pas qui aime qui mais comment réaliser des économies", a ajouté Georges-Louis Bouchez, qui a mis un coup de pression sur les Engagés. "Je ne vois pas comment vous pouvez, d'un côté, être le partenaire du MR et, de l'autre côté, être le partenaire du principal opposant aux lignes politiques que nous mettons en place en Wallonie et au Fédéral", a-t-il estimé.
Selon nos informations, le MR entend réunir les cinq partis qui ont négocié le budget (MR, PS, Les Engagés, Groen et Open VLD). Les noms des candidats ministres devront par ailleurs être formellement proposés au Parlement, et recueillir une majorité de signatures dans les deux rôles linguistiques.
Dans ce mécanisme, les secrétaires d'État ne seraient toutefois pas (encore) désignés.
"Le formateur se transforme en forceur"
"Le formateur se transforme en forceur", résume une source bruxelloise. "Plutôt que de tisser la confiance, Bouchez tente à nouveau de faire un coup médiatique".
"C'est en fait assez malin", objecte une autre source bruxelloise. "Les Bruxellois attendent un gouvernement comme une tribu attend la pluie dans le Sahara. C'est une fin en soi pour beaucoup d'avoir ce gouvernement."
La question centrale sera désormais de savoir si un autre parti soutiendra la proposition des libéraux. En effet, plusieurs partis (Défi, Ecolo, Les Engagés, Groen, et Vooruit) sont engagés dans des discussions avec le PS et Groen, qui envisagent la formation d'un gouvernement sans le MR.
Or, si l'une de ces formations venait soutenir clairement l'initiative du MR, la perspective d'une majorité de centre-gauche s'en trouverait fortement affaiblie. C'est évidemment l'un des objectifs du MR, qui refuse de voir le train bruxellois partir sans lui.
Ce jeudi en début de soirée, personne ne s'était toutefois engagé très clairement en faveur de la proposition du MR…
Défi a été le premier parti à réagir, en ne rejetant pas la proposition, tout en en soulignant les failles.
"Nous n'avons aucun problème à former un gouvernement avec le parti qui a gagné des élections (NdlR: le MR). Nous sommes des démocrates. Mais cela ne résout toujours pas les deux problèmes initiaux."
Les Engagés ne bougeront que s'il y a une majorité
Les Engagés, de leur côté, ont réagi timidement, plus tard dans la journée.
"Comme depuis le début, nous sommes disponibles pour répondre à toute initiative permettant de construire l'avenir de Bruxelles. Si une majorité suffisante capable de construire un projet ambitieux se dégage autour de l'initiative du formateur nous la soutiendrons", a réagi Yvan Verougstraete, président des Engagés.
Les Engagés, en d'autres termes, restent prudents et attendent de voir. Reste que la proposition de Georges-Louis Bouchez ne recueille que très peu d'enthousiasme chez les centristes.
"Si Georges-Louis Bouchez y arrive, tant mieux et on avancera. Nous ne serons pas un élément de blocage. Mais ce n'est pas le sens dans lequel ça va, selon les informations qui nous reviennent", pointe quant à elle Gladys Kazadi, cheffe de groupe Les Engagés au Parlement bruxellois."
L'Open VLD n'en veut pas
La proposition, en effet, ne séduit pas les partis néerlandophones dont certains voient dans la proposition du MR une ultime tentative de reprendre la main, et surtout d'éviter d'être exclu du prochain gouvernement.
Selon nos informations, l'Open VLD ne souhaite pas s'inscrire dans une telle dynamique, qui n'a d'ailleurs pas été concertée avec les libéraux flamands. Groen est également sceptique.
Le PS, de son côté, temporise et ne se positionne pas.
S'agit-il d'un baroud d'honneur du MR ou d'une vraie piste de sortie de crise ? À ce stade, personne n'a dit non, personne n'a dit oui. Cela indique deux choses. Les partis ne montrent guère d'empressement à soutenir Georges-Louis Bouchez. Mais ils en montrent tout aussi peu pour s'engager dans la piste de centre-gauche…
Sophie Rohonyi douche les espoirs de la majorité de centre gauche
Mais ils en montrent tout aussi peu pour s'engager dans la piste de centre-gauche… D'autant qu'hier soir, sur la RTBF, Sophie Rohonyi a passablement douché les espoirs de former une majorité de centre-gauche qu'elle juge 'bancale". "Ne pas travailler avec le MR, c'est très compliqué à mettre en œuvre. L'attelage ne dispose pas d'une majorité. Pour se mettre en place on doit avoir le soutien de députés indépendants et on devra se lancer dans un jeu de chantage", a-t-elle ajouté. "Mais la proposition du MR me semble tout aussi bancale. La meilleure solution, c'est de voir le MR et le PS travailler ensemble."