Vanessa Matz (Les Engagés) sort son plan de refonte de l'administration fédérale : "La déperdition d'énergie est inouïe !"
La ministre fédérale en charge de la Modernisation publique présente sa vision pour une grande réforme de l'administration. Du jamais-vu depuis une vingtaine d'années. Ne parlez plus de "SPF" mais de "pôles"…

- Publié le 07-06-2025 à 07h05
- Mis à jour le 07-06-2025 à 09h39

Vanessa Matz aurait pu devenir ministre de la Justice dans le gouvernement De Wever. Mais, au bout de la dernière nuit de négociation des partenaires de l'Arizona, le portefeuille est tombé dans l'escarcelle du CD&V. Restait à Maxime Prévot, alors président des Engagés, à la convaincre d'embarquer, malgré tout, à bord du tout frais navire fédéral. Vanessa Matz voulait un ministère qui ait du sens et de la cohérence, où elle aurait sa place. Elle a obtenu la Modernisation publique, la Fonction publique et les Entreprises publiques (entre autres).
Un peu plus de quatre mois après avoir prêté serment au Palais, la ministre présente, dans La Libre, son projet de réorganisation de l'administration fédérale. Cet ample chantier s'ajoute à l'objectif "arizonien" d'abandonner le statut des fonctionnaires pour des emplois contractuels. La note de 40 pages concoctée par Vanessa Matz et son cabinet rappelle la "réforme Copernic" du gouvernement Verhofstadt I qui, il y a une vingtaine d'années, avait transformé les anciens ministères en des SPF (Services publics fédéraux).
Objectif : un accord pour fin juin
"Il faut avancer vite, mon idée est de pouvoir présenter cette vision au gouvernement pour la fin juin, explique Vanessa Matz. Des réunions intercabinets vont être programmées. Je veux mettre les curseurs le plus loin possible. Avec des ajustements à la marge, on ne ferait pas le job. Cette réforme vise à répondre aux attentes du public, on ne fait pas la réforme pour l'administration elle-même. Actuellement, l'organisation de l'administration fédérale est illisible pour les citoyens. C'est compliqué d'y trouver une info ou de savoir à quel département on doit s'adresser. Les administrations ont presque toutes leur site internet, il n'existe pas de portail unique fédéral. Or, l'État fédéral doit être exemplaire alors que l'on demande des efforts aux gens."
Je veux mettre les curseurs le plus loin possible. Avec des ajustements à la marge, on ne ferait pas le job. Cette réforme vise à répondre aux attentes du public, on ne fait pas la réforme pour l'administration elle-même. Actuellement, l'organisation de l'administration fédérale est illisible pour les citoyens."
Adieu les SPF, place aux pôles
Pièce importante du projet de la ministre centriste : la réorganisation de l'administration par grands pôles. On abandonne les SPF, on les regroupe. "Il y a actuellement douze SPF. Selon ma vision, on passe à sept pôles thématiques et, en plus, un pôle transversal qui serait l'actuel Bosa (le SPF Stratégie et Appui, qui aide les administrations en matière informatique, RH, gestion de l'organisation, marchés publics…). Ces pôles thématiques seraient les suivants : Travail, Affaires sociales et Intégration sociale ; Asile et Migration ; Mobilité, Énergie, Climat, Environnement ; Sécurité, Justice, Intérieur, en ce compris le Centre de crise, l'Ocam, la Sûreté de l'État ; les Affaires étrangères et la Coopération ; le pôle Santé publique ; le pôle Finances et Économie." Remarque : le ministère de la Défense n'est pas compris dans la réforme "Matz". Vu sa spécificité, il n'avait pas été transformé en un SPF, à l'époque.
La mise en commun des services transversaux entre les administrations est donc un élément fondamental de la réforme. "Au fédéral, même si Bosa existe, une série d'administrations, d'organismes d'intérêt public (OIP) ont toujours leurs propres services de recrutement, de passation des marchés publics, de digitalisation, etc., détaille la ministre. On n'a pas un service d'appui vraiment transversal au fédéral. Cela dilue la capacité de réalisation des missions particulières des administrations. La déperdition d'énergie est inouïe ! Or, on a Bosa, dont c'est le business ! Je veux que Bosa réalise vraiment ses missions transversales et d'appui pour toute l'administration fédérale."
Trente % en moins de top managers
Même si le projet de Vanessa Matz n'a rien à voir avec la tornade provoquée par Elon Musk au sein de l'administration américaine, la centralisation des fonctions d'appui au niveau de Bosa débouchera sur des rationalisations. Notamment en ce qui concerne le nombre de mandats dans la haute fonction publique : moins de services transversaux dispersés un peu partout, cela veut dire moins de top managers… "Si on centralise les fonctions d'appui au niveau de Bosa, on supprime des mandats, oui. Le nombre de fonctions dirigeantes sera diminué de 30 % à l'échelle de l'administration fédérale. Mais la réforme que je propose ne générera pas de perte d'emplois. Je ne suis pas comme Elon Musk : je fais exactement le contraire !"
Trois cents millions d'économies
Toujours selon la ministre Engagés, si son plan pouvait être mis en œuvre, le budget fédéral s'en trouverait quelque peu soulagé. Les économies structurelles que permettrait sa réforme (économies d'échelle, réduction du nombre de fonctions dirigeantes…) s'élèveraient au total à 300 millions d'euros sur la durée de la législature. Ce petit ballon d'oxygène s'ajouterait à ce que prévoit déjà la trajectoire budgétaire de l'Arizona, à savoir une réduction de 1,8 % des dépenses en matière de fonction publique (392 millions sur les dépenses en personnel et 186 millions sur les frais de fonctionnement).
"Casser les rigidités"
"La gouvernance doit aussi être modernisée, encadrée, conclut la ministre. Il faut de la résilience. On fait face à de nombreuses tensions géopolitiques et, donc, on doit avoir une administration capable de supporter ce genre de chocs. Cela passe notamment par des investissements importants dans l'informatique. La réforme que je propose doit permettre à l'administration de répondre à ces nouveaux défis et de s'ajuster en temps réel. Cela n'a pas toujours été le cas, on le sait : plusieurs administrations ont été dans les choux ces dernières années. En cas de crise énergétique, par exemple, les administrations doivent pouvoir donner des réponses sans délai aux citoyens concernant les primes fédérales disponibles. Il faut aussi pouvoir faire passer du personnel d'une administration à l'autre en cas de besoin. Il y a des rigidités, pour l'instant. Ma note propose de casser ces rigidités, il faut plus de mobilité pour les fonctionnaires, pouvoir recruter plus vite."
L'avenir de Belspo
La réforme que propose Vanessa Matz ne concerne pas que les SPF. D'autres types d'organisations qui gravitent autour de l'État fédéral sont également concernés par ses projets. Belspo, l'agence gouvernementale qui coordonne la politique scientifique, en fait partie. Où la caser dans la nouvelle architecture ? "Certains voyaient Belspo passer au pôle 'Finances et Économie', explique la ministre. D'autres, dont je fais partie, estiment que la politique scientifique, vu la sensibilité internationale de la question de la recherche, ne peut être du business. J'ai donc proposé qu'on en fasse une direction générale dans le futur pôle transversal, suivant une logique d'appui aux établissements scientifiques."
Et quelle place pour les établissements scientifiques, justement ? Derrière cette dénomination administrative se cachent des joyaux tels que le Musée royal de l'Afrique centrale, la Bibliothèque royale de Belgique, les Musées royaux des Beaux-Arts, etc. "Actuellement, il y en a dix et ils ont chacun leurs services de marché public, du personnel… Ils ne savent plus assumer leurs missions de base qui est de valoriser les collections, restaurer le patrimoine, attirer les gens dans les musées. L'idée est de créer deux pôles ("musées" et "terre et espace"), avec une structure faîtière qui s'occuperait de leurs fonctions d'appui. Ils resteront toutefois autonomes, pour qu'ils puissent rester plus agiles."