Le PS veut en finir avec l'image du "parti des assistés"
Dans le cadre de la refondation du parti, les députés socialistes sont appelés à rencontrer les différents secteurs qui composent la société. Thomas Dermine, Pierre-Yves Dermagne et Christophe Collignon, trois anciens ministres s'expriment sur le processus en cours.

- Publié le 16-05-2025 à 06h30
- Mis à jour le 16-05-2025 à 12h30

Depuis les scrutins de juin et d'octobre, le PS a lancé sa refondation. Le parti qui est dans l'opposition presque partout (au fédéral, en Wallonie et en Fédération Wallonie-Bruxelles) veut se refaire une santé. Il a quatre années pour y arriver. Quatre années en politique c'est un sacré bail, et s'aventurer dans de la politique-fiction en préjugeant d'une prochaine victoire électorale consécutive à cet exercice de refondation serait aventureux, voire un peu idiot.
Le PS qui sait qu'il a du temps devant lui attaque sur tous les fronts, avant de réaliser la synthèse qui lui permettra peut-être d'avancer vers les prochaines batailles électorales avec un programme, une image, un nom et une équipe capable de renverser la vapeur. Si l'exemple de la transformation réussie dans les urnes du CDH en Les Engagés fait envie, on évite au PS d'être dupe, considérant que cette remontada du parti centriste que l'on croyait mort il y a cinq ans est surtout la conséquence d'un alignement des astres. "Ils venaient de beaucoup plus loin que nous", estime le chef de groupe PS à La Chambre, Pierre-Yves Dermagne. "Nous n'avons pas pu imposer les thèmes de campagne", explique Christophe Collignon, député wallon qui ne nie pas le transfert important d'électeurs socialistes vers le parti de centre droit.
Le PS s'est "planté sur des dossiers symboliques"
"Nous nous sommes manifestement plantés sur le décret paysage et sur d'autres dossiers symboliques", explique quant à lui Thomas Dermine, le bourgmestre de Charleroi, qui se base sur les nombreuses rencontres organisées dans le cadre de cette opération "Sans tabous" qui doit permettre au PS de comprendre ce que l'on attend de lui dans le jeu politique.
"Le 22 mars, à l'Eden à Charleroi, nous avons rencontré de nombreuses personnes. Il y avait un tiers de militants, un tiers de personnes qui ne sont pas contentes des mesures prises par l'Arizona comme des profs et des travailleurs de la fonction publique dont beaucoup ont voté pour le MR et Les Engagés, et un tiers de personnes hors cible, des jeunes, des indépendants, etc.".
Christophe Collignon qui a lui aussi participé à quelques rencontres dans sa région (Huy-Waremme) ressort avec un constat qui le surprend. "Alors que je pensais que nous étions vraiment dans une société individualiste, j'ai été surpris d'entendre ce besoin de valeurs, de solidarité", explique-t-il, reconnaissant aussi que lors de la campagne pour les législatives de juin 2024, le PS "est passé à côté des jeunes".
C'est aussi la mauvaise image du parti qui est ressortie de ces rencontres. "J'ai pu constater que nous sommes devenus un parti usé, associé au pouvoir et qui ne fait plus rêver. Mais, lorsqu'on entend les remarques faites lors de ces rencontres, notre idéologie reste sans doute le plus beau projet de société", explique Collignon. De quoi nourrir l'espoir des élus socialistes.
Néanmoins, pour remettre en avant un discours cohérent, les socialistes sont conscients que l'image véhiculée encore aujourd'hui par leur parti doit changer. "L'une des choses que nous avons pu entendre très souvent concerne les questions éthiques, les affaires", avance Pierre-Yves Dermagne. "Il n'y a pas forcément eu plus d'affaires qui touchent le PS que d'autres, mais c'est devenu la faute du PS sur presque tout", lance Christophe Collignon.
Quelle place sur l'échiquier ?
Le PS pourrait se contenter de tabler sur l'impopularité des réformes annoncées par l'Arizona ou par le gouvernement wallon. Certes, des électeurs déçus qui disent "avoir été trompés par le MR et les Engagés" – selon les propos de Pierre-Yves Dermagne – reviendront peut-être vers le PS. Mais la législature est encore longue et les réformes difficiles réalisées ces derniers mois pourraient aussi être un lointain souvenir au moment de voter. Compter uniquement là-dessus serait donc suicidaire.
L'image du PS doit évoluer si le parti veut reprendre des parts du marché électoral. S'il doit faire oublier la mauvaise réputation liée aux affaires, il doit aussi travailler sur un autre aspect de son image qui domine encore aujourd'hui. À savoir, celui du "parti des assistés", explique Thomas Dermine. "Aujourd'hui, ce narratif du parti de l'assistanat véhiculé par des adversaires politiques a pris le dessus. Il est nécessaire de remettre en avant un nouveau narratif centré notamment sur l'économie."
La remise en avant des valeurs du parti, tout le monde semble s'accorder là-dessus chez les socialistes. Quant au positionnement sur l'échiquier ? Doit-il être social-démocrate ou plus à gauche ? Sur ce sujet-là, les choses sont moins claires. Pour Christophe Collignon, il est hors de question de faire "du PTB bis. Ils sont plus forts que nous là-dessus, nous ne devons pas courir derrière", estime-t-il considérant que lors du scrutin législatif, son parti a peut-être trop couru derrière celui de Raoul Hedebouw.
Le PS est "aux côtés des TPE et des PME"
Néanmoins, la récente désignation par le PS de trois "délégués au monde de l'entreprise" va inévitablement dans le sens inverse de celui du PTB. La mission confiée à Thomas Dermine (bourgmestre de Charleroi), Nicolas Martin (bourgmestre de Mons) et Déborah Géradon (bourgmestre de Seraing) vise à mettre à mal au sein du monde de l'entreprise certains stéréotypes. "Le premier de ces stéréotypes est celui qui affirme que lorsque le PS est au pouvoir, les budgets déraillent", explique Thomas Dermine. Il considère aussi qu'il faut montrer au monde de l'entreprise que "le PS a une vraie vision économique pour la Wallonie, une vision plus ambitieuse que celle présentée aujourd'hui par le gouvernement wallon. D'un point de vue économique, les discours actuels sont favorables aux très grandes entreprises. Le PS veut montrer qu'il est aux côtés des petites et moyennes entreprises."
Cette manière d'aborder les choses est en fait généralisée à l'ensemble des secteurs de la société. "Chaque député doit aller à la rencontre d'un secteur", explique Christophe Collignon qui est pour sa part chargé de rencontrer les travailleurs du milieu carcéral, ainsi qu'un panel de magistrats et d'avocats. Pierre-Yves Dermagne, quant à lui, s'est tourné vers le secteur culturel, les métiers de la sécurité et l'enseignement.
À la suite de ces rencontres, le parti déterminera les lignes de force de ses prochains programmes. Le travail de refondation n'est pas fini.