Les offres d'emploi en Flandre sont-elles "plus qualitatives que celles qui sont proposées en Wallonie" ?
Les syndicats CSC et FGTB reprochent au ministre Jeholet de laisser penser qu'ils valident sa vision en matière de réforme du Forem.

- Publié le 20-03-2025 à 06h34

Les choses vont changer de manière importante au Forem. Le 12 mars, le ministre wallon de l'Emploi et de la Formation, Pierre-Yves Jeholet (MR), présentait dans La Libre, sa feuille de route pour, disait-il "responsabiliser les chercheurs d'emploi, le Forem et aussi les entreprises", dans le but d'atteindre les 80 % de taux d'emploi en Wallonie voulus par la nouvelle majorité MR-Les Engagés.
La feuille de route ministérielle était présentée au comité de gestion du Forem le jour où le ministre la présentait dans La Libre. Pierre-Yves Jeholet se montrait satisfait de voir que ce même comité de gestion – où siègent notamment des représentants du monde de l'entreprise, les syndicats, les commissaires du gouvernement wallon et des membres de la direction du Forem – l'avait validée.
Pour les syndicats, il y a quand même quelques nuances à apporter. "Nous n'avons pas bloqué la note, parce que nous voulons, nous aussi, une meilleure efficacité, précise Isabelle Meerhaeghe qui siège au comité de gestion pour la CSC. Mais nous avons clairement dit que nous n'étions pas d'accord avec certains points de cette note. Nous avons par ailleurs demandé d'être régulièrement informés de l'avancement de la réforme."
Même son de cloche auprès de Jean-François Tamellini, le secrétaire général de la FGTB, qui siège lui aussi au comité de gestion. "Quand j'ai lu l'article dans La Libre, je me suis un peu étranglé. Le ministre donnait l'impression que nous avions signé un chèque en blanc et validé la vision du gouvernement. Nous avons acté sa feuille de route, mais nous contestons cette vision qui consiste à dire qu'il y a une impunité totale chez les demandeurs d'emploi". Pour le prouver, le patron de la FGTB wallonne donne les chiffres des sanctions prises à l'égard des demandeurs d'emplois wallons en 2024. "Il y a eu 30 022 sanctions de dernier avertissement prises contre des demandeurs d'emploi. Et plus de la moitié de ces sanctions – 18 000 – concernent des jeunes. C'est davantage qu'en 2023. Je rappelle aussi que lorsqu'un demandeur d'emploi ne se présente pas au Forem, il est sanctionné. Il n'y a pas d'impunité".
Moins d'intérim
Son homologue de la CSC, Marc Becker, va dans le même sens. "Nous voulons que les choses avancent, explique-t-il. Mais faire porter toute la responsabilité sur les demandeurs d'emploi alors que le marché du travail est défaillant, nous ne sommes pas d'accord. Il est nécessaire que les entreprises réfléchissent aux emplois qu'elles offrent et à la qualité des contrats proposés. Mais aussi à la durée de ceux-ci : il y a trop de contrats d'intérim. Elles doivent aussi tenir compte de la pénibilité du travail. Quand on voit la qualité des offres d'emploi en Flandre, les entreprises wallonnes devraient s'en inspirer".
Marc Becker considère aussi que les mesures prises par le fédéral n'aident pas. "On permet aux étudiants de travailler plus et à quasi tous les secteurs d'avoir recours aux flexi-jobs qui seront occupés par des gens ayant déjà un emploi. Tout cela rend encore plus difficile la recherche d'emploi pour les demandeurs lambda."
Pourtant, le ministre considère que le monde de l'entreprise doit aussi revoir sa façon d'agir. Mais les syndicats ne sont pas convaincus de ses intentions réelles. "Il y a une demi-ligne là-dessus dans sa feuille de route, il n'y a pas de mesures concrètes", explique Jean-François Tamellini.
Le banc syndical est par contre en phase avec la volonté ministérielle de renforcer l'efficacité de l'action que le Forem mène auprès des demandeurs d'emploi. "Le renforcement de l'accompagnement est essentiel. Celui des formations aussi. Il faut se concentrer sur la compétence. À chaque nouvel entretien, un demandeur d'emploi doit avoir une compétence en plus".