"Le programme bruxellois de la N-VA vise à annihiler l'existence de la Région bruxelloise"
Selon François De Smet (Défi), la N-VA, qui dit pourtant vouloir prendre ses responsabilités à Bruxelles, "porte un programme et des exigences incompatibles avec la gestion de la Région bruxelloise".


- Publié le 07-09-2024 à 07h00

La N-VA est sortie du bois cette semaine, via la députée bruxelloise Cieltje Van Achter, en se disant prête à prendre ses responsabilités pour monter au gouvernement à Bruxelles. La N-VA va-t-elle parvenir à débloquer les négociations à Bruxelles, qui sont à l'arrêt côté néerlandophone, depuis le refus du CD&V d'y participer ?
C'est le monde à l'envers ! Le programme bruxellois de la N-VA vise à annihiler l'existence de la Région bruxelloise, avec une cogestion entre Flamands et Wallons. Et même à recréer des sous-nationalités à Bruxelles. Cieltje Van Achter est peut-être une femme très bien, mais elle porte un programme et des exigences incompatibles avec la gestion de la Région bruxelloise. Prendre la N-VA au gouvernement bruxellois, c'est comme demander à un pirate informatique de gérer le parc d'ordinateurs de la Région. Bien sûr qu'il va dire oui si on le lui propose ! Mais est-ce pour autant une bonne idée de laisser le loup gérer la bergerie ? Je n'arrive pas à imaginer la N-VA essayer de faire fonctionner la Région. S'ils montent à bord, ce sera pour démontrer par l'absurde que ça ne marche pas. J'admets que c'est compliqué pour Elke Van den Brandt (co-formatrice du gouvernement bruxellois, Groen), car il est impossible de choisir entre le nationalisme de la N-VA et le communautarisme de Fouad Ahidar. Raison pour laquelle, même si je ne partage pas ses vues politiques sur la mobilité et la neutralité, je trouve normal qu'elle fasse tout ce qu'elle peut pour éviter ces deux options.
"Prendre la N-VA au gouvernement bruxellois, c'est comme demander à un pirate informatique de gérer le parc d'ordinateurs de la Région"
Cieltje Van Achter assure avoir toujours mené une opposition constructive. La N-VA bruxelloise est-elle la même que celle de Bart De Wever ? Ne la diabolisez-vous pas trop ?
La N-VA bruxelloise n'est pas forcément indépendante de la N-VA nationale. On chuchote que Bart De Wever a dit à Cieltje Van Achter de ne pas participer à un gouvernement bruxellois, tant que ça ne se règle pas au fédéral. Cela donne un levier supplémentaire à la N-VA, dans les négociations fédérales… Et puis, il faut bien constater qu'au niveau de la formation du gouvernement bruxellois, on est dans les choux ! Jamais un gouvernement bruxellois n'avait été formé après la fin juillet. Le MR avait dit qu'il allait tout balayer en 100 jours. On y est. Et effectivement, ils ont tout balayé et il n'y a plus rien. Plus de confiance, pas de construction de compromis, ni d'esprit de créativité pour en sortir. Juste une terre aride où aucun gouvernement ne pousse. Ça va commencer à devenir inquiétant car il y a des décisions importantes à prendre, outre les dossiers électoralistes faciles que sont la LEZ (zone de basses émissions) et les primes rénolution (NdlR : le MR, le PS et les Engagés ont annoncé des décisions sur ces dossiers sans consulter les partis néerlandophones).
Sur le fond, êtes-vous d'accord avec ces décisions, dont le report de l'entrée en vigueur de la prochaine phase de la LEZ ?
Le citoyen est en droit d'attendre de la fiabilité et de la prévisibilité de la part d'un gouvernement. Je pense à tous les citoyens qui ont investi, qui se sont mis en ordre en changeant de véhicules, et se disent maintenant : j'aurais pu attendre deux ans de plus. Rappelons que beaucoup de Bruxellois souffrent et meurent à cause de la pollution de l'air. Il y avait moyen de discuter plus rapidement des modalités de mise en œuvre du calendrier. N'y avait-il pas, aussi, une autre manière de faire que celle d'un coup de force qui humilie le premier partenaire flamand (Groen) ? C'est une brutalité qui témoigne de la manière dont le MR compte gouverner la Région bruxelloise. Cela braque un partenaire et retarde encore la confection d'un gouvernement. Le MR va s'apercevoir que gouverner la Région bruxelloise, ce n'est pas si facile que ça.
Les Flamands pointent le fait que trois partis francophones ont pris une décision sans les consulter. Est-ce, comme le dénonce la N-VA, un dangereux précédent ?
C'est inélégant. Mais cela renvoie surtout au fait que, s'il y a une crise de gouvernance en Région bruxelloise, c'est aussi parce que l'architecture des institutions bruxelloises est en train de toucher ses limites. Défi demande depuis des années la fin de la représentation garantie des néerlandophones et des francophones, donc la fin des deux collèges électoraux à Bruxelles. Qu'on supprime la Cocof (Commission communautaire française) et la VGC (Commission communautaire flamande). C'est la seule manière de diminuer le nombre de parlementaires à Bruxelles. Sinon, par le simple fait que le système est perverti, qu'une voix francophone ne vaut pas une voix néerlandophone, que les deux premiers partis – Groen et la Team Ahidar – ont siphonnée des voix francophones, on va arriver à des situations de blocage de plus en plus inextricables. Si on ne modernise pas la Région bruxelloise dans ce sens-là, je ne vois pas comment on va s'en sortir lors des autres échéances.
À titre plus personnel, trois mois après votre démission de la présidence de Défi, comment vivez-vous la situation ?
Cette démission a été un acte complètement libre, personne ne me l'avait demandée. J'ai assez vite considéré qu'il fallait envoyer un signal et qu'on n'est pas soi-même bien placé pour tirer les leçons d'une défaite, même si elle est collective. Je suis plutôt serein car j'aime beaucoup me concentrer sur les dossiers fédéraux.
La gestion humaine, la popote des sections, était-ce vraiment votre truc ?
Je n'ai jamais voulu être président, je l'ai fait pour rendre service. Je l'ai fait sincèrement du mieux que j'ai pu. Mais sans doute que le rôle de député, plus proche du débat d'idées, me convient mieux. Même si, à des tas de moments, j'ai aimé être président. Dans les débats, dans les négociations, pour travailler sur la ligne du parti, qui est plus claire qu'il y a cinq ans sur la neutralité, le socio-économique, etc. Mais Défi est un petit parti très difficile à diriger. Je pense qu'il faut aussi des qualités de gestion de ressources humaines, de rassemblement, pour imprimer une ligne, qu'on trouve peut-être mieux ailleurs. Mais je reste satisfait de l'expérience.