Face au blocage du CD&V et au veto contre Fouad Ahidar, la piste N-VA se profile pour former un gouvernement bruxellois
Des contacts ont eu lieu la semaine dernière entre Groen et la N-VA.

- Publié le 21-08-2024 à 19h24
- Mis à jour le 22-08-2024 à 06h40

Alors que le MR, le PS et les Engagés entrent (enfin) en négociations pour former un gouvernement bruxellois, le blocage reste complet côté néerlandophone.
Pour rappel, en Région Bruxelles-Capitale, les élus francophones et néerlandophones négocient leur propre majorité chacun de leur côté, avant de se réunir pour former un gouvernement bruxellois.
L'informatrice néerlandophone Elke Van den Brandt (Groen), qui a rencontré lundi son homologue francophone David Leisterh (MR) pour faire le point sur la situation, se trouve dans une situation presque inextricable.
L'Open VLD et le MR ont mis un veto à l'entrée de la Team Fouad Ahidar dans la future majorité bruxelloise. Or, cette liste a raflé trois sièges et la seule alternative à l'ancien député Vooruit serait une quadripartite inédite (Groen-Open VLD-Vooruit-CD&V).
Cette option, bien que privilégiée par Elke Van den Brandt, se heurte à un écueil considérable : le CD&V bruxellois et son leader, le député bruxellois Benjamin Dalle, refuse de participer aux négociations. L'offre, il est vrai, n'est guère alléchante. Les quatre partis néerlandophones ne disposent que de trois portefeuilles ministériels au sein du gouvernement bruxellois. Le CD&V devrait donc intégrer une majorité, sans y obtenir de poste.
Une réunion N-VA/Groen annulée in extremis
Une autre piste très sérieuse se profile à l'horizon : l'arrivée de la N-VA dans les négociations, en vue d'intégrer le gouvernement bruxellois. Le renfort du parti nationaliste flamand (2 sièges) permettrait de sécuriser davantage la majorité néerlandophone. Avec le CD&V, celle-ci ne tiendrait en effet qu'à un maigre siège, et tomberait en cas de départ d'un seul des quatre élus Groen (NdlR : la candidate suppléante Groen Ange-Raïssa Uzanziga a rejoint la Team Fouad Ahidar).
Selon nos informations, côté néerlandophone, des contacts ont eu lieu la semaine dernière entre Groen et la N-VA. Une rencontre entre Elke Van den Brandt et Cieltje Van Achter, chef de file de la N-VA à Bruxelles, était même prévue ce mercredi matin. Toujours selon nos sources, ce rendez-vous a été annulé in extremis à l'initiative de la N-VA.
"Calmez-vous d'abord avec l'Arizona"
"Bart De Wever a fait passer le message qu'il n'était pas question de dépanner à Bruxelles, tant que le calme ne revenait pas dans les négociations fédérales, entre Georges-Louis Bouchez et Conner Rousseau, nous glisse une source bien informée. C'est un signal envoyé à Georges-Louis Bouchez et à David Leisterh : 'Calmez-vous d'abord avec l'Arizona, si vous voulez avancer à Bruxelles'."
Une fois ces tensions de négociations fédérales apaisées, la donne pourrait donc changer à Bruxelles.
Sur le fond, le MR, Vooruit et l'Open VLD n'ont pas d'objection contre un renfort de la N-VA.
La donne est a priori différente pour Groen. Mais Elke Van den Brandt pourrait devoir se résoudre à accepter cette solution, faute d'alternative.
La N-VA, qui ferait encore davantage pencher l'exécutif vers la droite, n'est pas davantage le premier choix du PS. Mais les socialistes semblent peu désireux de mettre le feu à des négociations bruxelloises sur lesquels ils n'ont pas la main ni d'interférer dans les accords néerlandophones.
Il faudra quoi qu'il en soit, avec la N-VA comme avec le CD&V, résoudre le casse-tête fondamental : il y a plus de partis que de postes de ministres.
Un ministre à double casquette flamande et bruxelloise ?
Une piste de solution, qui figure dans la note juridique réalisée à la mi-juillet par un cabinet d'avocats à la demande d'Elke Van den Brandt, pourrait être activée : celle d'un ministre bénéficiant d'une double casquette bruxelloise et flamande.
Cette piste prévoit, concrètement, qu'un ministre du gouvernement flamand domicilié à Bruxelles, participe aux affaires de la Région bruxelloise, non pas en y étant formellement ministre, mais via une présence au sein du conseil de la VGC (sorte de parlement de la Commission communautaire flamande de Bruxelles) et du Collège de la GGC/COCOM (la Commission communautaire commune).
Mais à quel parti reviendrait ce poste hybride ? La N-VA, qui a réalisé le troisième score néerlandophone de Bruxelles, devant l'Open VLD, Vooruit et le CD&V, n'intégrera la majorité bruxelloise qu'à condition d'y obtenir un vrai poste de ministre. En termes de poids électoral, ce serait donc a priori à Vooruit de se contenter de la double casquette.
À moins qu'un bloc N-VA-Vooruit-CD&V tente, une fois le gouvernement flamand mis en place, d'imposer une coalition flamande miroir (avec l'ajout de Groen) à Bruxelles. L'Open VLD serait alors exclu de l'attelage.
Le temps presse…
Et pendant qu'Elke Van den Brandt tente de résoudre cette équation à plusieurs inconnues, côté francophone, on s'impatiente…
La question qui se pose est centrale : comment démarrer efficacement des négociations sachant que l'accord risque d'être à renégocier complètement avec les néerlandophones, en bout de course ?