"Je m'attends à un niveau de participation électorale un peu moindre qu'en 2019"
Le taux d'abstention et de votes blancs ou nuls a beaucoup évolué depuis la création de la Belgique. Il pourrait baisser, aux élections de juin, selon Pascal Delwit.


- Publié le 07-05-2024 à 06h26
- Mis à jour le 07-05-2024 à 14h32

Le vote, en Belgique, n'a pas toujours été obligatoire. À l'indépendance du Royaume, le législateur opte pour un droit de vote (NdlR : on parle de suffrage censitaire), et non pour une obligation. Seuls les hommes âgés de plus de 25 ans, payant un certain niveau d'impôts, sont autorisés à voter, sans obligation. Parmi ces électeurs, le taux d'absentéisme oscille alors généralement entre 20 et 30 %. Le système évoluera à plusieurs reprises durant les décennies qui ont suivi.
Le vote obligatoire est introduit en Belgique en 1893. Mais ce n'est que le 26 juin 1949, lorsque les femmes belges peuvent voter pour la première fois aux élections nationales, que le suffrage universel est véritablement installé. Le niveau d'abstention/vote blanc ou nul est alors de 10,7 %.
Il fluctuera ensuite d'une élection à l'autre, oscillant globalement entre 10 et 16 %, avec un pic à 17 % aux dernières élections de mai 2019.

"Il est difficile d'être spéculatif en la matière. Culturellement, l'obligation de vote est installée de longue date en Belgique. Mais le message selon lequel l'absentéisme n'est plus sanctionné s'est clairement installé. Donc, je m'attends plutôt à un niveau de participation électorale un peu moindre qu'en 2019", analyse Pascal Delwit, politologue à l'ULB.
Les différences sont également très importantes d'une zone géographique à une autre.
"L'abstention est tendanciellement plus élevée côté francophone, mais aussi dans les zones urbaines, historiquement industrielles, comme à Anvers (12,8 % d'abstention dans le canton d'Anvers en 2019) et en particulier à Charleroi (17 % dans le canton de Charleroi), qui est aussi un espace de très forte abstention, analyse Pascal Delwit. On constate également, tendanciellement, que l'abstentionnisme est plus élevé dans les zones urbaines, tandis que le vote blanc est plus important dans les zones rurales, en raison du contrôle social. Dans un petit village, on sait si vous êtes venu voter ou pas."
