Le président de l'association Friends of Brussels, qui avait invité l'imam au Parlement bruxellois, porte plainte contre la sénatrice Els Ampe
Mohammad Nasir regrette que celle-ci ait accusé l'imam d'antisémitisme et l'ai pointé du doigt, lui, conseiller communal, au point de "détruire sa vie". Il demande une enquête.

- Publié le 01-03-2024 à 16h53
- Mis à jour le 01-03-2024 à 17h58
Le 13 janvier, Mohammad Nasir, conseiller communal bruxellois socialiste, ne s'attendait pas à susciter une telle tempête médiatique. Président de l'ASBL Friends of Brussels, il avait organisé une visite du Parlement bruxellois pour des citoyens de la capitale, avec une cérémonie de remise de prix à la clé.
Parmi les heureux primés se trouvait son ami, l'imam Muhammad Ansar Butt, Pakistanais comme lui. C'est ce dernier qui, "comme il est parfois coutume de le faire [au Pakistan]" – affirma-t-il – récita quelques versets de la sourate 33 du Coran au perchoir du Parlement. L'évènement, organisé par et pour la communauté pakistanaise était passé totalement inaperçu.
C'est une poignée de semaines plus tard, remis en avant sur les réseaux sociaux par la N-VA, qu'il souleva une marée de réactions politiques venue d'élus qui, au nom de la laïcité et de la neutralité qui sied à l'hémicycle, s'inquiétaient de cette récitation.
"Ma vie est un enfer"
La Libre apprend vendredi que Mohammad Nasir a déposé ce 28 février, auprès de la police de Bruxelles, une plainte pour diffamation et calomnie à charge de la sénatrice Els Ampe (Voor U), également conseillère communale de la Ville de Bruxelles.
Cette dernière, regrette Mohammad Nasir, a en effet déposé une question à l'ordre du jour du dernier conseil communal pour suspendre la subvention accordée à l'ASBL Friends of Brussels. Une question qui n'avait aucune raison d'être puisque l'ASBL Friends of Brussels n'est pas financée par la commune nous confirme le cabinet du bourgmestre Philippe Close (PS). Els Ampe, en lisant les comptes de la commune, avait confondu Friends of Brussels avec une autre association, The Friends of Brussels (avec un "The") qui est… un club de Futsal.
Mais si Mohammad Nasir porte plainte également envers Els Ampe, c'est parce que celle-ci a également souligné que la sourate 33 du Coran, récitée au Parlement, évoque l'élimination par les musulmans de la tribu juive médinoise des Qurayza. Une observation juste, mais les versets évoquant cette bataille n'ont pas été récités par l'imam. Les versets 41 à 47, récités, glorifient Dieu en des termes généraux.
Lorsqu'Els Ampe "disait cela", regrette aujourd'hui Mohammad Nasir dans sa déclaration, "je me sentais humilié". "Aujourd'hui, à Bruxelles, elle n'est pas la seule me pointer du doigt, me montrant comme celui qui a organisé un événement où des versets appelant à la capture et au meurtre des Juifs ont été cités. Cette humiliation est incessante. Alors que ma vie est devenue un enfer mes amis ont cessé de me parler et de me rencontrer, je ne peux pas dormir la nuit […] ma vie est totalement détruite."
Mohammad Nasir demande qu'une enquête soit menée pour comprendre si les accusations d'antisémitisme au nom d'une récitation d'une partie de la sourate 33 sont justifiées ou non. Si c'est le cas, "alors l'imam doit être puni". Si ce n'est pas le cas, alors six journaux internationaux (notés dans la déposition) qui ont partagé ces accusations devront "présenter des excuses au peuple belge", demande le conseiller communal.
De son côté, Els Ampe assume et reconfirme sa position: pour elle, il est inenvisageable qu'un imam récite le Coran dans l'enceinte du Parlement et qu'un élu socialiste [Mohammad Nasir] semble l'accepter. Et cela d'autant plus que le choix de la sourate 33 demeure "ambigu".
Des masques et des remerciements
Notons que Mohammad Nasir explique dans sa déposition pourquoi il avait voulu récompenser l'imam. Muhammad Ansar Butt "méritait bien ce prix", écrit-il, "car il a aidé à fournir des masques à la Ville de Bruxelles pendant la pénurie liée à la Covid-19. Nous avons ensemble reçu un certificat d'appréciation de la Ville de Bruxelles pour ce beau travail et mon intention était de célébrer son œuvre au même titre que celle d'autres citoyens." Contacté, le cabinet de Philippe Close relativise la portée du "certificat d'appréciation". Il confirme que l'imam avait bien pris l'initiative de fournir des masques à la Ville, ce qui lui avait valu une lettre de remerciement de la part de la commune, comme le veut la politesse.
On ne pariera pas que le Parquet donne suite à cette plainte…