François De Smet, le philosophe qui a appris à mordre
L'universitaire spécialisé dans les droits de l'homme, apôtre de la nuance et du consensus, s'est signalé sur les réseaux sociaux par des "punchlines" très commentées et des débats enflammés avec ses adversaires.

- Publié le 15-12-2023 à 06h43
- Mis à jour le 15-12-2023 à 06h45

De l'eau a coulé sous les ponts depuis l'arrivée de François De Smet chez Défi. Comme successeur d'Olivier Maingain, à la Chambre d'abord, puis à la présidence du parti ensuite. En 2019, l'apparition de ce philosophe aux chemises blanches entrouvertes, alors patron de Myria (le Centre fédéral migration), surprend le landerneau politique. La Libre le présente comme "l'homme qui devra apprendre à mordre".
"Si François veut devenir une marque en politique, il va devoir être méchant ! Il va falloir mordre et sortir de temps en temps des répliques cinglantes", commentait alors Hervé Hasquin (MR), qui l'avait plus tôt engagé comme collaborateur au sein de son cabinet ministériel.
François De Smet, semble-t-il, a bien appris. L'universitaire spécialisé dans les droits de l'homme, apôtre de la nuance et du consensus, s'est signalé récemment par des punchlines très commentées et des débats enflammés avec ses adversaires sur les réseaux sociaux. Dont la plus récente : "Aujourd'hui, Écolo est le relais de l'islam politique", a-t-il déclaré début décembre sur le plateau de BX1. Les propos ont surpris dans le camp écologiste par leur violence. L'intéressé les assume, sur le fond comme sur la forme.
Le président de Défi, plus largement, s'est signalé par des positions plus assertives, notamment sur les réseaux sociaux, n'hésitant pas à épingler ses partenaires socialistes et surtout écologistes au sein du gouvernement bruxellois.
L'hystérisation du débat amenée par Georges-Louis Bouchez et Raoul Hedebouw n'aide pas, mais il faut reconnaître qu'ils sont contagieux.
"Je n'ai pas l'impression d'un changement de ligne. Mais il est clair que François De Smet hausse un peu le volume, analyse un ténor du parti. Il est face à un dilemme permanent en politique. Les citoyens demandent de la raison, de l'écoute, de la hauteur. Et en même temps, les mêmes citoyens et la même presse nous disent qu'il faut accepter d'être clivants. L'hystérisation du débat amenée par Georges-Louis Bouchez et Raoul Hedebouw (présidents du MR et du PTB, NdlR) n'aide pas, mais il faut reconnaître qu'ils sont contagieux. S'il sort sur Écolo, c'est parce qu'il estime que des fondamentaux sont menacés. Par contre, il n'emploiera pas ce type d'expressions tous les jours, sinon il ne sera plus crédible. Il faut taper juste et fort, mais à des moments bien choisis."
Les leaders de Défi s'en défendent, mais la tendance à la baisse que traverse le parti dans les sondages provoque une réelle nervosité au sein du parti. Et encourage les prises de parole plus musclées.
En interne, cette mauvaise passe est attribuée à deux facteurs principaux. Primo, les prises de position de l'ancien président Olivier Maingain à contre-pied de son successeur ont brouillé le message du parti, notamment sur l'abattage rituel, juge-t-on chez Défi.
La seconde problématique est remontée du terrain. Défi ne se serait pas assez opposé à ses partenaires de majorité bruxelloise, à savoir le PS, et surtout à Écolo, sur des dossiers clés, disent certains électeurs et militants.
Une volonté de se distancier d'Écolo
Les récents commentaires de mandataires de Défi vis-à-vis d'Écolo peuvent donc s'analyser comme une volonté de se distancier de la gauche à l'approche de la campagne électorale.
"On a sans doute cette volonté de montrer que ce n'est pas parce qu'on a gouverné avec Écolo qu'on leur sert la soupe, souligne Sophie Rohonyi, députée fédérale. Mais sur le fond, heureusement qu'on était là pour tenir bon face à la remise en cause de la neutralité."
Les gens n'en peuvent plus d'Écolo. Et bizarrement, ils semblent le faire plus payer aux partenaires de coalition d'Écolo qu'à Écolo lui-même.
"Les gens n'en peuvent plus d'Ecolo, abonde un autre mandataire Défi. Et bizarrement, ils semblent le faire plus payer aux partenaires de coalition d'Écolo qu'à Écolo lui-même."
Cette opposition aux verts, toutefois, ne date pas des mauvais sondages. En 2019, lors de son arrivée en politique, François De Smet justifiait ainsi son choix de rejoindre Défi alors que certains estimaient qu'il n'aurait pas dénoté chez les écologistes : "Il y a des choses qui ne sont pas claires chez les écologistes, comme par exemple leur rapport à la laïcité de l'État."