"Est-il possible de formuler une réponse sans que vous m'interrompiez ?": face-à-face entre Georges-Louis Bouchez et Paul Magnette
Ce jeudi soir, les deux présidents de parti se sont affrontés en télévision.
- Publié le 09-11-2023 à 22h19
- Mis à jour le 10-11-2023 à 08h09

Le président du MR face à celui du PS. Ce jeudi soir, la Une a proposé un débat entre les présidents des deux plus grands partis francophones du pays. Conflit israélo-palestinien, pouvoir d'achat et attentat à Bruxelles : le programme de ce face-à-face était très chargé.
Hamas-Israël : "premier accord de la soirée"
Paul Magnette, premier à prendre la parole sur la guerre qui oppose Israël et le Hamas, a rappelé la position du PS : "On doit prendre de la hauteur. Au PS, notre boussole a toujours été le droit international, nous avons condamné dès le début. […] Il faut dénoncer ces crimes de guerre et mettre la pression maximale sur les belligérants".
"Expliquez-moi pourquoi Philippe Close, lorsqu'il a voté un texte pour demander un cessez-le-feu, a envoyé des messages sur WhatsApp à toute une série de personnes qui ont pour point commun d'être musulmanes ?", a répliqué Georges-Louis Bouchez. "Lorsque vous avez des élus issus de la diversité à Bruxelles qui reçoivent des messages et des coups de téléphone pour faire pression sur eux, parce qu'effectivement le MR n'irait pas assez loin à vos yeux, c'est une importation du conflit en Belgique", a poursuivi le libéral.
"Nous voulons un cessez-le-feu qui est concomitant avec la libération des otages", a expliqué le président du MR. "Aujourd'hui, Israël a un droit : c'est de porter atteinte à une organisation terroriste, mais il y a une ligne rouge, celle de ne pas s'en prendre aux populations civiles".
"Est-ce que vous condamnez le fait que depuis des décennies les gouvernements successifs d'Israël violent les résolutions des Nations Unis qui condamnent l'occupation et la colonisation des territoires palestiniens ?", a demandé Paul Magnette au président du MR. "Je condamne toute violation du droit international, quelle que soit la partie qui le fait", a rétorqué le Montois. "C'est quoi cette indignité de la gauche de croire que vous avez le monopole moral des valeurs ? Bien sûr que ça nous touche. La différence entre vous et nous, c'est que nous savons aussi qu'Israël a été attaqué, qu'il y a toujours des otages et surtout que le Hamas n'est pas un interlocuteur crédible. Notre volonté est qu'il y ait une intervention ciblée sur le Hamas et que l'on puisse construire la paix sur deux Etats."
"Premier accord de la soirée ", a conclu Georges-Louis Bouchez à la suite de cette déclaration Paul Magnette : "Libération concomitante des otages avec le cessez-le-feu".
Attentat du 16 octobre à Bruxelles
Le journaliste a interrogé le président du MR sur les failles qui ont mené à l'attaque terroriste de la mi-octobre à Bruxelles : "C'est une faute qui date des 30 à 40 dernières années. C'est-à-dire que nous n'avons pas une culture de la sécurité dans ce pays […] Il y a un vrai problème de réforme. Il serait trop facile de dire que c'est un problème de moyens […] Je suis désolé de vous le dire, Monsieur Magnette, mais c'est votre formation politique et Écolo qui bloquent tout durcissement du droit pénal."
Que traduit ce drame à Bruxelles pour Paul Magnette ? "Il y a d'abord eu une faute ponctuelle. Il y a eu une démission d'un ministre et donc on reconnaît un dysfonctionnement. Au-delà de ça il y a eu des investissements profonds et Monsieur Bouchez, vous parlez beaucoup de sécurité, mais quand vous gouvernez, vous ne faites rien pour la renforcer […] Nous avons réinvesti dans la défense et on doit encore le faire."
Sur le blocage des questions sécuritaires par le Parti socialiste, Paul Magnette a répondu : "C'est absolument faux ! Moi j'ai toujours demandé qu'on exécute mieux les ordres de quitter le territoire. Je suis bourgmestre, tous les jours ma police arrête des gens qui dealent dans la rue. Parmi les gens arrêtés, il y a une très grande proportion qui est en séjour illégal. […] Trop souvent on les retrouve dans la rue quelques jours plus tard. Il faut exercer l'ordre de quitter le territoire".
Le MR a eu la possibilité d'agir, l'a-t-il fait ? : "Quand Theo Francken a voulu durcir les législations, nous avons eu toutes les associations de gauche bien pensante contre nous. […] Si nous avions appliqué les mesures du gouvernement de Charles Michel, nous aurions peut-être pu éviter certaines difficultés", a assuré Bouchez.
Paul Magnette s'est ensuite agacé des interruptions du président du MR : "Est-il possible, Monsieur Bouchez, de faire une réponse sans que vous m'interrompiez ? Je sais que vous pensez que seule votre parole a de la valeur, mais en démocratie vous devez accepter qu'une autre opinion puisse s'exprimer calmement sans être coupé".
Taux d'emploi
64 % de taux d'emploi en Belgique, est-ce un échec du gouvernement ? "Bien sûr que c'est un échec. C'est un échec du gouvernement wallon, bruxellois et fédéral. Et donc qui bloque toutes les réformes en matière d'emploi dans ce gouvernement ? C'est Monsieur Magnette qui vient d'une ville où une personne sur deux ne travaille pas", a détaillé Georges-Louis Bouchez.
Le président du PS, lui, a une autre vision des choses : "Non, on progresse. C'était un objectif ambitieux. Je crois dans le travail, c'est ce qui permet de se sortir le meilleur de soi-même".
De ces échanges, le journaliste a pointé un élément commun : "doper la classe moyenne et essayer de réduire ce piège à l'emploi". Comment se fait-il qu'ils n'arrivent pas à s'entendre ? "Nous ne voulons pas un transfert fiscal, nous voulons un taxe cut, c'est-à-dire une baisse de l'impôt et donc il faut que plus de gens travaillent", a répondu Georges-Louis Bouchez.
Loi anticasseurs
Récemment, le projet de loi "anticasseurs" a divisé les deux hommes politiques. Paul Magnette a affirmé ne pas voter cette loi, faisant réagir Georges-Louis Bouchez auprès de LaLibre, menaçant de "rouvrir d'autres dossiers en cas de blocage de la gauche".
Sur cette question Paul Magnette a partagé la position de son parti : "Nous avions dit très clairement que nous l'envoyons au Conseil d'État et que l'on rediscutera sur base de son avis […] quand le texte de loi ne résout pas le problème et qu'il en crée plein d'autres et que cela est dit par le Conseil d'État, l'Institut des droits humains, la Ligue des droits humains, etc. Tous ces mouvements de la société civile disent qu'il y a un problème avec ce texte de loi, je pense qu'il faut l'écouter. Nous ne la voterons pas parce que ce projet de loi ne répond pas aux problèmes et en crée beaucoup d'autres".
Selon le président du MR, " le problème, c'est que l'avis de Monsieur Magnette ne correspond pas à la réalité. Les avis qu'il évoque, et en particulier celui du Conseil d'État, ils les avaient avant d'avoir voté le texte en commission (avant la plénière NdlR). Le parti socialiste a approuvé ce texte en commission et donc la différence ne s'appelle pas le Conseil d'État, mais Thierry Bodson. C'est le patron de la FGTB qui siège dans votre bureau de parti".
Prochaine législature
Paul Magnette souhaite-t-il que le PS gouverne avec les libéraux dans le prochain gouvernement ? "De préférence non ! Moi j'ai toujours dit que je voulais tout faire pour éviter la N-VA", a répondu Paul Magnette. "Et je vois que Monsieur Bouchez dans toutes ses interviews dit que c'est son rêve de refaire un gouvernement MR/N-VA. Moi je veux tout faire pour éviter le retour de ce gouvernement."
Pour le président du MR, "c'est le vote qui doit décider" si les libéraux seront amenés à gouverner à nouveau avec les socialistes. "Là où je suis d'accord avec Monsieur Magnette, c'est qu'il faut des gouvernements plus homogènes sur le plan philosophique pour éviter les blocages".

