"Des zones de non-droit à Bruxelles ? Non, mais il y a bien des zones où le droit est réduit"
Gaëtan Van Goidsenhoven (MR), chef de groupe MR à Anderlecht, et ex-bourgmestre de la commune, revient sur les propos du syndicat de police.

- Publié le 18-07-2023 à 20h22
- Mis à jour le 18-07-2023 à 20h37

Une voiture de police a été attaquée par des jeunes lors d'un contrôle à Saint-Gilles, ce dimanche. Un agent a été blessé. Le même jour, selon L'Avenir, ce sont deux contrôleurs de la Stib qui ont été agressés lors d'un contrôle dans la station de Ribaucourt, à Molenbeek.
Dans Sudinfo, Thierry Belin, secrétaire national d'un syndicat de police (SNPS), estime que cela montre qu'"il y a de vraies zones de non-droit à Bruxelles". "Ils (les politiques, NdlR) ne veulent pas qu'on intervienne, il ne faut surtout pas déranger les délinquants", ajoute-t-il.
Gaëtan Van Goidsenhoven (MR), chef de groupe MR à Anderlecht, a aussi été bourgmestre de la commune entre 2007 et 2012. Il nuance les propos du syndicat policier, sans pour autant les rejeter. "Des zones de non droit absolu, comme à Port-au-Prince, en Haïti, je pense que ça n'existe pas en Région bruxelloise. Mais il y a des zones où le droit est réduit, affaibli du fait de la dégradation de la sécurité, de l'emprise des groupes de trafiquants de drogues, et de certains comportements compliqués à canaliser. Parfois de grandes opérations de police sont menées, avec un certain succès, mais la présence de l'autorité est globalement fragilisée", pointe le libéral.
"Il y a une résignation de la population face à cette relative impuissance de l'autorité publique à gérer ce qui nuit à leur vie. Encore récemment, des attaques se sont déroulées dans des cafés le long de la chaussée de Ninove. La police de la zone midi ne semblait pas particulièrement au courant… Il y a visiblement une volonté de ne pas impliquer la police", poursuit Gaëtan Van Goidsenhoven qui prend également comme exemple le cas de riverains proches de la station Clemenceau, confrontée à des problèmes d'insécurité et de malpropreté. "Les riverains ont eux-mêmes mis en place une opération pour chasser des lieux un marché clandestin qui drainait une série de problèmes."
"Les problèmes se disséminent dans des quartiers de plus en plus nombreux"
"À Cureghem, une série de cafés et de soi-disant ASBL ouvrent sans autorisation, engendrent des bagarres, des troubles permanents, et constituent parfois des lieux de repli pour le trafic, ajoute Gaëtan Van Goidsenhoven, qui précise que les problèmes ne se limitent pas au quartier Cureghem, à la station Aumale et au Peterbos. Ils se disséminent dans des quartiers de plus en plus nombreux, alors qu'ils étaient auparavant davantage circonscrits. Désormais, les problèmes remontent vers le centre de la commune d'Anderlecht, avec des attaques à main armée. Nous nous trouvons face à une difficulté grandissante à faire respecter la loi."
L'ancien bourgmestre d'Anderlecht dit constater une dégradation de la situation ces dernières années. "Auparavant, il y avait des problèmes mais en juillet et en août, on retrouvait une relative tranquillité. Cela a tendance à s'estomper. On se trouve confronté à un accroissement de la concurrence entre bandes criminelles, qui paraissent de plus en plus professionnelles, et des règlements de compte. Des sources nous disent que ces bandes sont gangrenées par des réseaux de la pègre étrangère, dont la pègre marseillaise au Peterbos."
Aujourd'hui, on croise en rue des personnes qu'on peut qualifier de zombies, psychologiquement incontrôlables. Cela ajoute à l'impression d'effondrement social dans des quartiers populaires où la qualité de vie s'y est fortement dégradée ces dernières années."
Le député bruxellois note également la présence de substances nouvelles. "Ce n'est plus du haschisch qui se vend dans les rues mais du crack et des drogues de synthèses qui créent des gens terriblement dépendants. Aujourd'hui, on croise en rue des personnes qu'on peut qualifier de zombies, psychologiquement incontrôlables. Cela ajoute à l'impression d'effondrement social dans des quartiers populaires. Beaucoup de gens issus de la classe moyenne inférieure s'en vont et c'est un problème majeur. Il faut mettre ça au sommet de la pile des urgences politiques."
Gaëtan Van Goidsenhoven termine par une pique à son successeur, l'actuel bourgmestre d'Anderlecht. "Je connais la difficulté qu'il y a à accroître les effectifs de police quand les caisses sont vides. Mais nier la réalité avec un discours convenu n'aide pas à atténuer la gravité de la situation."