Les maires iraniens et russes ont été logés au NH Collection et au Hilton
La lumière n'avait jamais été faite sur les modalités de la prise en charge des frais de séjour du "boucher de Téhéran" et de la vice-maire de Kazan.

- Publié le 07-07-2023 à 06h32

L'Irangate a fait du dégât au sein des exécutifs fédéraux et bruxellois, même si la crise politique a fini par être circonscrite. Des visas ont en effet été octroyés à une délégation iranienne pour permettre au bourgmestre de Téhéran et à sa délégation de participer au Brussels Urban Summit.
Cette affaire a provoqué le départ de Pascal Smet, qui était à l'origine de l'invitation lancée à des délégations iraniennes et russes. Le Secrétaire d'État bruxellois aux relations internationales a subitement annoncé sa démission le 18 juin, deux jours après s'être défendu face aux parlementaires au Parlement bruxellois.
Un élément a fait pencher la balance. Les autorités bruxelloises s'étaient en effet engagées à payer les frais de séjour de membres des délégations iraniennes et russes. "Je suis responsable pour la faute d'un collaborateur qui a autorisé que deux maires iraniens et une vice-maire russe logent à la région. C'est dans le cadre du contrat Metropolis, que les invités ont été logés dans la ville hôte", avait indiqué Pascal Smet, précisant ne pas accepter "en conscience que de l'argent belge pour des frais d'hébergement aille à un représentant du régime iranien ou russe."
La lumière n'a toutefois jamais été faite sur les modalités de cette prise en charge. Contacté par La Libre, le cabinet d'Ans Persoons, la Secrétaire d'État qui a succédé à Pascal Smet, a fourni ces précisions.
240 euros par nuit
Il apparaît ainsi que, pour les métropoles membres de Metropolis, les frais d'hôtel des chefs de délégation devaient être pris en charge par la Région de Bruxelles-Capitale pour un maximum de quatre nuits. Cette prise en charge n'inclut donc pas les autres membres de la délégation et participants.
La Région de Bruxelles-Capitale doit en effet, selon ses accords avec Metropolis, payer les frais de séjour de ses partenaires bilatéraux, ce qui inclut Téhéran, Kazan, mais aussi d'autres villes. 322 villes, dont 84 maires, ont participé au sommet.
Les hôtels ont été réservés et payés par le "Professional Conference Organiser (PCO)", un prestataire de services auquel a été attribué le marché visant à organiser le Brussels Urban Summit. Ce marché devait être financé sur le budget de Bruxelles International.
Les chefs des différentes délégations ont ainsi logé dans deux hôtels de prestige : le Hilton Grand Place, situé près de la gare centrale, et le NH Collection du Grand Sablon. "Une chambre d'hôtel coûtait 240 euros par nuit", précise le porte-parole d'Ans Persoons. "Le maire de Téhéran a séjourné au NH Collection et la vice-maire de Kazan au Hilton Grand Place."
Ces frais (autour de 1 000 euros chacun sachant que la prise en charge se limite à 4 nuits), devaient initialement bien être pris en charge par la Région bruxelloise, et c'est la découverte de ce fait qui a provoqué la démission de Pascal Smet. Il a apparait cependant, selon des mails que le cabinet d'Ans Persoons a fait parvenir à la Libre ce vendredi, que l'éclatement du scandale des visas a modifié la donne.
Metropolis a finalement accepté de régler la facture
En effet, le jour de sa démission, soit le 18 juin, Pascal Smet a assuré avoir demandé à Metrpolis de prendre les frais des iraniens et de russes. Dans un mail daté de ce 7 juillet, Jordy Vaquer, secrétaire général de Métropolis, assure avoir "déjà reçu et payé la facture d'un hôtel" précise attendre "l'autre à tout moment".
"La Région n'a jamais déboursé d'argent public pour ces deux chefs de délégation. Les factures ont en effet été directement adressées à Metropolis et non Brussels International", nous précise le porte-parole d'Ans Personns. "La Région n'a dès lors pas déboursé d'argent public pour le logement de ses personnalités."
Tout porte à croire toutefois que, sans l'éclatement du scandale, la Région bruxellois aurait réglé l'addition des iraniens et des russes, comme le prévoyait la convention. Se pose cette question: alors qu'il est parvenu à rectifier le tir après l'éclatement du scandale, Pascal Smet n'aurait-il pas pu éviter la démission?
La crise a contaminé le fédéral
En coulisses, il apparaît toutefois que d'autres éléments ont joué un rôle dans la promptitude de Pascal Smet à démissionner. Le socialiste, éreinté par l'affaire Uber dans laquelle il avait dû être auditionné par le Parlement bruxellois, avait déjà pris la décision de quitter le gouvernement après 2024. Sa remplaçante, Ans Personns, était déjà connue au sein de Vooruit. Si Pascal Smet n'a pas été poussé vers la sortie par les socialistes francophones, il a bien dû constater le manque de soutien de son exécutif lors de son dernier gouvernement. Mais aussi lors de son audition, à laquelle Alain Maron et Bernard Clerfayt (Défi) ont assisté depuis le balcon, et non depuis leur siège.
Il faut aussi se souvenir que la découverte de la prise en charge de ce séjour a été le déclencheur d'une réaction en chaîne qui a contaminé le gouvernement fédéral, provoquant une profonde crise politique. Après avoir acté la démission de l'un des leurs, les socialistes ont demandé des comptes à l'autre partie prenante dans la venue de cette délégation.
Mais Hadja Lahbib (MR), la ministre des Affaires étrangères qui a octroyé les visas à une délégation iranienne, s'est accrochée malgré la pression, contrairement au socialiste Pascal Smet, qui avait lancé l'invitation.
Pascal Smet) s'est dit à titre personnel qu'il avait bien fait mais quand on voit le déroulé des événements, on peut se demander pourquoi il a démissionné. On a vu au gré des déclarations qui nous été présentées qu'en réalité, tout avait été négocié par l'état fédéral et par le premier ministre."
Si les gouvernements ont tenu, les conséquences politiques restent bien présentes. Dans le camp socialiste, ce départ est perçu comme un deux poids deux mesures et passe mal. Ce jeudi sur LN24, Rudi Vervoort (PS), ministre-président bruxellois, s'est interrogé sur la nécessité de la démission du secrétaire d'État. "Il (Pascal Smet) s'est dit à titre personnel qu'il avait bien fait mais quand on voit le déroulé des événements, on peut se demander pourquoi il a démissionné. On a vu au gré des déclarations qui nous ont été présentées qu'en réalité, tout avait été négocié par l'État fédéral et par le premier ministre".
La démission de Pascal Smet a surpris, dans le clan libéral, de même que le retour de flamme qui a suivi. Elle a fait, par ricochet, vaciller le gouvernement fédéral."