Marie-Christine Marghem, l'électron libre de la Vivaldi
La députée MR, ancienne ministre fédérale de l'Énergie, défend la prolongation des réacteurs dans un style bien à elle : sans concession… Quitte à électriser les rapports entre les alliés de la majorité fédérale.

- Publié le 05-12-2022 à 07h42
- Mis à jour le 05-12-2022 à 07h43

Marie-Christine Marghem n'est pas entrée en politique pour se faire des amis. C'est une combattante au caractère fort. Son tempérament flamboyant est fidèlement reflété sur la scène politique. Dans les joutes oratoires, cette avocate de métier ne néglige aucune des armes de la rhétorique. À ce jeu, la dérision a ses faveurs. Sous le gouvernement Michel, l'ancienne ministre de l'Énergie, régulièrement ciblée par le tir croisé des écologistes Jean-Marc Nollet et Kristof Calvo, avait pris l'habitude de les surnommer publiquement "Doel 1 et Doel 2"…
Monsieur Chocolati….
Dans le même registre, Samuel Cogolati, député Ecolo, doit certainement se souvenir de ce mardi 16 novembre 2021, lorsque Marie-Christine Marghem avait déformé son nom en l'appelant "Monsieur Chocolati" lors de débats en commission. Il s'agissait d'un lapsus lié à une fringale passagère, avait-elle précisé. L'anecdote fait toutefois encore sourire dans les travées parlementaires.
Car la présidente du MCC (Mouvement des citoyens pour le changement, anciennement dirigé par Gérard Deprez), qui nuance le libéralisme du MR par l'apport du personnalisme chrétien, a pris les écolos en grippe depuis plusieurs années.
Renvoyée sur les bancs de la Chambre après l'avènement du gouvernement De Croo, Marie-Christine Marghem ne comptait pas se faire oublier ni enfouir de tenaces rancœurs. Au contraire, un sourire malicieux éclairant son visage, elle semble s'amuser à pousser la Vivaldi dans ses retranchements.
L'invasion de l'Ukraine et ses conséquences sur le marché de l'énergie lui donnent l'occasion de faire enrager les représentants d'Ecolo et de Groen, pourtant alliés au MR au sein de la coalition fédérale. Coincés par les soubresauts de la géopolitique, les Verts ont dû accepter la prolongation de deux réacteurs nucléaires. Craignant un black-out dans les prochaines années, Marie-Christine Marghem en veut davantage. Au Parlement, la députée a poussé une proposition de texte dont le but est d'abroger la loi historique de sortie du nucléaire votée en 2003. Dans La Libre, cette chaude partisane de l'atome avait reconnu qu'elle verrait d'un bon œil l'éventuel soutien de partis de l'opposition. La N-VA et Défi se rallieront à sa démarche législative.

Elle repartira à l'assaut
Mais un vote à la majorité alternative dans un dossier à si haute portée symbolique, contre l'avis des partenaires écologistes, aurait signé l'arrêt de mort de la Vivaldi. Le président du MR, Georges-Louis Bouchez, a dû éteindre l'incendie et rappeler la position officielle de sa formation : le dossier nucléaire devra se régler au sein de la coalition fédérale. Le texte ne sera pas examiné ni discuté. Peu importe… Marie-Christine Marghem savait que son texte ne passerait pas. En tout cas, pas sous cette législature. En 2024, les écolos ne seront peut-être plus au pouvoir, se dit-elle. Elle repartira alors à l'assaut.
Marie-Christine Marghem ne se contente pas de mener la vie dure à Tinne Van der Straeten (Groen), la ministre fédérale de l'Énergie. Elle a apporté son grain de sel aux bisbrouilles entre le MR et son alter ego flamand, l'Open VLD. Début novembre, durant l'émission Les Couloirs de la Chambre (LN24), elle avait douté de la capacité d'Alexander De Croo à mener à bien les négociations avec Engie, le groupe industriel français qui exploite les centrales belges.
Ces propos ont mis le feu à la maison bleue. Déjà très remonté par les critiques récurrentes de Georges-Louis Bouchez, le président de l'Open VLD, Egbert Lachaert, a exigé que le patron du MR et ses députés se montrent solidaires des ministres de la famille libérale et du Premier ministre.
Elle est sincèrement convaincue que son combat est juste."
Comment analyser l'attitude jusqu'au-boutiste de Marie-Christine Marghem ? L'une des principales personnalités du MR identifie trois clefs de compréhension : "Elle est sincèrement convaincue que son combat est juste ; elle est probablement frustrée de ne pas pouvoir gérer ce dossier elle-même en tant que ministre, ce qui est normal ; elle est présidente du MCC et elle doit le faire vivre en marge du MR." Le MCC, parti satellite du MR, créé il y a vingt-cinq ans pour siphonner l'aile droite du PSC, a toujours défendu l'énergie nucléaire. Cette position figure dans son ADN politique.
Soutenue par le MR sur le fond
Au sein du groupe MR à la Chambre, malgré des tensions internes liées au soutien par l'opposition du texte abrogeant la loi de 2003, les députés estiment que Marie-Christine Marghem a raison. "Franchement, elle devrait être beaucoup plus discrète, juge un parlementaire. Quand on a été ministre en charge, on évite ce cinéma. Bien que, sur le fond, elle ait raison." En octobre, lors d'un grand congrès, les libéraux francophones ont officiellement intégré dans leur programme la défense de la prolongation de cinq réacteurs et de la construction de petits modules de la nouvelle génération (les SMR).
Marie-Christine Marghem avait très bien anticipé le petit jeu qui allait se faire du côté de De Croo et de Tinne Van der Straeten : faire traîner les négociations avec Engie et les faire capoter."
Très proche de Marie-Christine Marghem, Damien Ernst, professeur en électromécanique à l'université de Liège et partisan de la prolongation de la durée de vie des centrales belges, la soutient. "Elle suit le dossier nucléaire avec beaucoup d'intelligence, car elle avait très bien anticipé le petit jeu qui allait se faire du côté de De Croo et de Tinne Van der Straeten : faire traîner les négociations avec Engie et les faire capoter. Elle a perçu les petites techniques des antinucléaires, comment ils savonnent la planche… Au-delà de son intérêt politique personnel, elle est persuadée que son combat est conforme à l'intérêt général. Elle s'est transformée en femme d'État ces dernières années."
