Une Vivaldi dominée par les socialistes ? L'Open VLD se rebiffe: "On ne veut pas se laisser dicter les choses par le PS"
Le président des libéraux flamands, Egbert Lachaert, ne veut pas laisser les socialistes prendre le leadership au sein de la majorité fédérale.

- Publié le 08-09-2021 à 07h35
- Mis à jour le 09-09-2021 à 21h43

Cette formule a acquis le statut d'adage : au fédéral, le parti qui a obtenu le poste de Premier ministre doit en payer le prix. Le locataire du "16" est tenu de veiller à la stabilité de la coalition gouvernementale en conciliant les points de vue, parfois très éloignés, des partenaires au pouvoir. Cette recherche du consensus, couplée à une nécessaire prudence, peut être une croix lourde à porter pour la formation du Premier ministre. Sous la suédoise, le MR de Charles Michel, contraint à la plus grande diplomatie, a été déstabilisé par son alliance avec la N-VA.
À la tête de la Vivaldi, majorité hétérogène composée de sept partis, le Premier ministre Alexander De Croo est aussi contraint à une certaine réserve. Toutefois, son parti, l'Open VLD, ne veut pas se laisser éclipser par les autres partis de la majorité, ni payer un prix fort pour son accession au "16".
Fin août, le président des libéraux flamands, Egbert Lachaert, a présenté des propositions "bleu foncé" dans le cadre de la réforme des pensions que préparait la ministre PS Karine Lalieux. Les socialistes, énervés par cette offensive libérale flamande dans une de leurs chasses gardées, ont répliqué en dévoilant des idées "rouge vif". Depuis lors, le climat fédéral est délétère. "L'Open VLD a allumé un bel incendie", juge-t-on au PS.
"Déloyauté socialiste"
Egbert Lachaert a-t-il mis son ami Alexander De Croo en difficulté ? Comment expliquer ce geste ? Pour comprendre, il faut remonter à la fin juillet. Les ministres fédéraux PS avaient menacé de faire tomber le gouvernement si une solution ne pouvait être trouvée pour les sans-papiers de l'église du Béguinage à Bruxelles. "On a très mal pris ce chantage, explique un libéral flamand. Les écolos ont aussi menacé de quitter le gouvernement mais, avec eux, c'est différent car on sait qu'ils sont engagés à 100 % dans la Vivaldi. Par contre, on n'en est pas certains dans le cas du PS…"
Certains libéraux flamands s'inquiètent des bruits de couloir qui laissent entendre que le PS et la N-VA entretiennent de discrets contacts : "La N-VA annonce qu'elle reviendra au pouvoir en 2024 avec les socialistes. Et le PS ne dément pas…. Il y a de la déloyauté de la part du PS et de Vooruit (socialistes flamands). Les socialistes veulent en outre montrer qu'ils sont prépondérants au sein de la coalition fédérale et qu'ils donnent le ton : sans-papiers, dossier Pensions, réforme du marché de l'Emploi…"
Autre élément d'analyse : Egbert Lachaert a été élu à la présidence de l'Open VLD en mai 2020 sur la base d'un programme très libéral, plus à droite que la ligne incarnée jusqu'alors par Gwendolyn Rutten. Initialement jugé proche de la N-VA, il a pourtant joué un rôle décisif dans l'avènement de la coalition Vivaldi, qui laisse les nationalistes flamands dans l'opposition. En tant que président, Egbert Lachaert est le gardien du temple de la doctrine libérale. Face à une Vivaldi qui penche plutôt à gauche, il se doit de réaffirmer l'ADN de son parti, en particulier dans les dossiers socio-économiques.
MR et Open VLD, l'effet miroir
D'autant plus que, du côté francophone, Georges-Louis Bouchez, le président du MR, ne boude pas son plaisir et prend à l'occasion des accents très libéraux dans ses interventions. "Il y a un jeu de miroirs entre l'Open VLD et le MR, décode une source bien informée. Les militants libéraux flamands apprécient de plus en plus le positionnement de Bouchez. Cela accentue la pression sur Lachaert."
Contacté mardi, le président de l'Open VLD n'a pas souhaité faire de commentaires sur les difficultés actuelles au sein du gouvernement fédéral. "L'Open VLD a son propre agenda et ne veut pas se laisser dicter les choses par le PS. Ce n'est pas parce qu'Alexander est Premier ministre qu'on peut se laisser faire", a-t-il toutefois confié.