D'où viennent ces tiraillements incessants au sein de la Vivaldi ? Trois facteurs explicatifs
La Vivaldi, comme la suédoise avant elle, mériterait sans doute le surnom de "kibbelkabinet".

- Publié le 30-08-2021 à 06h33
- Mis à jour le 30-08-2021 à 09h21

Il reste un peu plus de deux ans pour réaliser les promesses de l'accord de gouvernement. Voilà la réalité que doivent affronter les sept formations de la majorité fédérale. Année électorale, 2024 est déjà perdue. Pour la famille socialiste (PS, Vooruit), la famille libérale (MR, Open VLD), la famille écologiste (Écolo, Groen) et pour le CD&V, cette rentrée politique s'annonce particulièrement chargée. La Vivaldi va bientôt connaître un stress test et son unité pourrait, à nouveau, se fissurer.
Les dossiers qui se sont empilés sur le bureau du Premier ministre, Alexander De Croo, sont épineux. Par exemple, dans les prochains jours, la ministre Karine Lalieux (PS) va proposer une réforme des pensions qu'on annonce ambitieuse, garantissant un plancher de 1500 euros par mois. Les libéraux flamands ont lancé une guerre préventive, réclamant des conditions beaucoup plus strictes que ce qu'imaginaient les socialistes en échange du relèvement de la pension minimale. "Une provocation" de l'Open VLD, juge-t-on au siège du PS…
Mise en place le 1er octobre 2020, la coalition fédérale, en quelques mois, a déjà buté sur des cailloux qui auraient pu entraîner sa chute. La nomination par les verts d'Ihsane Haouach, musulmane voilée, comme commissaire du gouvernement au sein de l'Institut pour l'égalité entre les femmes et les hommes, a mis à jour d'inconciliables divergences vivaldiennes dans la conception de la neutralité de l'État. En juillet, les ministres socialistes et écologistes ont menacé de démissionner si le secrétaire d'État à l'Asile et à la Migration, Sammy Mahdi (CD&V), ne trouvait pas de solution pour désamorcer la grève de la faim menée par les "sans-papiers" de l'église du Béguinage à Bruxelles.
Trois sources de friction
La Vivaldi, comme la suédoise avant elle, mériterait sans doute le surnom de "kibbelkabinet" (le gouvernement des chamailleries, en néerlandais). D'où viennent ces tiraillements incessants ? Trois facteurs explicatifs. Le premier repose sur le nombre élevé de partis autour de la table. Sept partenaires dans un gouvernement, c'est sept visions de la société qu'il faut concilier, sept susceptibilités à ménager. De leurs frottements, des étincelles idéologiques jaillissent. Des étincelles d'autant plus vives qu'elles sont attisées par les nuances communautaires qui existent entre néerlandophones et francophones.
Le flou relatif de l'accord de gouvernement constitue un deuxième facteur. Négocié à la fin de l'été 2020, ce pacte est le fruit d'une "ambiguïté créatrice" : pour réussir à combiner leurs points de vue, les présidents de parti ont préféré ne pas trop entrer dans les détails. La généralité du pacte de majorité, si elle a permis à la Vivaldi de voir le jour, laisse aux alliés fédéraux la possibilité d'en interpréter différemment de nombreux chapitres. Tout est sujet à (re)négociation.
Enfin, troisième facteur, la pression exercée par l'opposition de la N-VA et du Belang sur les partenaires flamands de la majorité oriente leurs attitudes. Impossible de trop céder à la gauche francophone sous peine de sanction électorale… En parallèle, le PS subit la forte concurrence du PTB et doit démontrer qu'il peut gouverner sans forcément trahir les idéaux socialistes.
Mais il ne faudrait pas noircir le tableau à l'excès. Le gouvernement De Croo a également réussi à s'entendre sur des sujets minés. Que l'on songe à l'accord interprofessionnel. L'aile gauche et l'aile libérale de la majorité sont donc capables de s'accorder. Cette vérité résistera-t-elle à la rentrée politique de septembre ?