Rajae Maouane : "L'absence d'un club de foot pour filles à Molenbeek a été une grosse frustration"
La politique, ce sont – aussi – des batailles homériques, des affrontements farouches, des joutes serrées. Est-ce parce que leur métier les habitue à mener parfois des batailles homériques que de nombreux hommes et femmes politiques en pincent pour le football ? Ou est-ce, plus prosaïquement, parce qu'en affichant les couleurs du club local ils espèrent toucher leurs supporters qui sont aussi des électeurs ? La Libre part cette semaine à la rencontre de ces mordus du ballon rond qui se sont égarés dans les travées des parlements. Aujourd'hui, Rajae Maouane, coprésidente d'Écolo.

- Publié le 28-07-2021 à 18h53
- Mis à jour le 29-07-2021 à 06h48

Les tacles musclés l'avaient sans doute préparée à l'âpreté de la vie politique. Ne vous fiez pas à la gestuelle discrète de Rajae Maouane, ce n'est pas une précieuse. La sueur sur le terrain ou en tribune, toutes les extases du foot, elle connaît et elle aime ça. "Du plus loin que je me souvienne, j'étais fan de foot. Pourquoi ? Bonne question… Très tôt, dans la cour de récréation, en primaire, je jouais au ballon avec les garçons. Il y avait quelques filles, aussi. On n'était pas nombreuses car c'est très masculin comme sport. Et on n'était pas toujours bien accueillies. Mais, comme j'étais douée, on m'acceptait. En grandissant, j'ai essayé de trouver un club pour filles dans ma commune, Molenbeek, mais il n'en existait pas. Cela a été une très grosse frustration pour moi, je l'ai ressenti comme une inégalité."
En secondaire, la coprésidente d'Écolo trouve à se défouler grâce au rythme trépidant du mini-foot, où les joueurs, évoluant sur un terrain plus petit que pour le football classique, passent d'une position à une autre. "On faisait des tournois interécoles et on était plutôt douées, on a remporté quelques prix. Au mini-foot, on joue un peu partout sur le terrain, mais j'étais plutôt dans la distribution. J'ai une assez bonne vision du jeu. Et je ne suis pas mauvaise au goal, pour peu que les ballons n'arrivent pas trop fort… Aujourd'hui, je ne joue plus du tout mais je vais reprendre. Je cherche, pour la rentrée de septembre, un club amateur. Là, je m'encroûte."
L'âme du Bayern
Très bien, mais quelle équipe supporte-t-elle ? Le Bayern Munich. "J'ai découvert le Bayern assez tôt pour une raison débile : j'étais fan de Bixente Lizarazu (arrière gauche, le Basque a joué plusieurs années dans le club bavarois qui triomphait en Bundesliga, NdlR). Il était trop beau... Cet amour est resté par après. J'aimais aussi l'image propre et carrée de cette équipe composée de joueurs efficaces, qui évitait d'avancer des millions sur le marché des transferts. Un gros club, oui, mais avec un supplément d'âme qu'on ne retrouve plus au PSG ou à Manchester City aujourd'hui. Je rêve de voir un match dans le stade du Bayern. Je n'y suis jamais allée."
Le Bayern est le deuxième club le plus titré au monde. Sombre épisode de l'histoire : fondé par des Juifs allemands, il a été "aryanisé" après l'accession des nazis au pouvoir en 1933….
La ferveur à Sclessin
En Belgique, Rajae Maouane a tout de même quelques bons souvenirs. "Dans ma vie, un stade m'a marquée. C'est un peu cliché, mais je veux parler du stade de Sclessin. J'étais allée voir un Standard - Anderlecht. Cela s'était terminé sur un partage, mais l'ambiance avant, pendant et après le match, c'était incroyable. Il n'y avait plus de différence entre les gens, tous passionnés par le foot."
De même, avec l'équipe nationale : "En 2016, j'ai vécu mon premier match des Diables rouges. C'était un Belgique - Bosnie pour les qualifications au Mondial, on avait gagné. J'étais en tribune au stade Roi Baudouin avec Zakia Khattabi (ministre fédérale de l'Environnement et ancienne coprésidente d'Écolo). Bon, elle ne s'y connaît pas trop en foot, mais elle avait apprécié l'ambiance."
Foot et féminisme
De son passé sportif contrarié et de son expérience politique, la coprésidente des verts tire une préoccupation féministe. "On voit que le sport féminin n'est pas toujours apprécié à sa juste valeur alors que nous avons un vivier de talents en Belgique. Je pense aux équipes de basket, de hockey… Leurs joueuses sont moins connues et moins valorisées. La lutte pour l'égalité entre les hommes et les femmes n'est jamais très loin et elle fait également partie des enjeux du sport. Pour les JO, il y a 45 % de femmes dans la team belge, mais on ne voit que 6 % de femmes dans la presse sportive écrite... Il y a un gros décalage, le combat doit continuer. Il est important que les petites filles d'aujourd'hui puissent voir qu'une carrière de haut niveau dans le sport est possible pour les femmes."