Que va faire la Fédération Wallonie-Bruxelles pour éviter le cataclysme budgétaire?

- Publié le 24-04-2020 à 11h22

La crise du Covid-19 induit des bouleversements dont l'ampleur est, aujourd'hui, imprévisible. Régis Dohogne affirmait dans ces pages, jeudi, qu'un cataclysme budgétaire pourrait même se profiler en Fédération Wallonie-Bruxelles. Compte tenu du bouleversement, dont l'ampleur est encore imprévisible, le gouvernement a pris plusieurs décisions pour renforcer le pilotage de son budget.
1 Combien va coûter la crise aux finances de la Fédération ?
Le gouvernement a sorti sa calculette : le Bureau du Plan table sur une diminution de croissance de 8,3 %. Dans ce cas, l'impact négatif de ces semaines de confinement représenterait un trou de 830 millions d'euros. Celui-ci s'additionnerait aux 700 millions de déficit actuel. Auxquels il faudrait encore ajouter une diminution attendue de l'inflation, avec pour conséquence une perte estimée de 74 millions d'euros complémentaires. Total : 904 millions d'euros. Tout cela sans compter la dégradation financière de certains secteurs et le coût de mesures imposées par la pandémie.
2 Que compte faire concrètement le gouvernement ?
D'abord, modifier le calendrier de travail. "On ne peut pas fonctionner sur la base d'orientations prises dans un tout autre contexte", indique le ministre du Budget, Frédéric Daerden (PS). Un contrôle budgétaire doit donc être réalisé sous peu, début mai. "Il pourrait aboutir à quelques ajustements techniques." L'ajustement budgétaire est reporté à la fin de l'année 2020. Il sera combiné avec la conception du budget 2021.
"J'ai proposé, ajoute le ministre, de mettre sur pied un groupe de monitoring (GM) des impacts des crises sanitaire et économique." Ce "GM Covid-19", présidé par lui-même et auquel prendront part des représentants des différents cabinets, les partenaires sociaux et des représentants de la société civile, devra prendre la mesure régulière des conséquences de la crise. L'idée est de mettre dès maintenant en place la structure qui permettra d'être réactif au moment opportun.
3 Quoi, au-delà des déclarations de bonnes intentions ?
"Une chose est sûre : les compétences que nous gérons en matière d'enseignement, de culture, de sport, etc., joueront un rôle majeur dans la réussite de la sortie de crise. Nous devons tout mettre en œuvre pour garantir leur redéploiement", dit-il encore. Comment ? "On doit gérer le rebond. Il faut saisir ce moment pour revoir nos approches, notamment en termes de dette publique, et trouver d'autres mécanismes de solidarité." Mais si on n'a pas de sous ? "D'abord, on a reçu un bon signal de Moody's qui confirme notre notation positive, facilitant notre accès au marché et la perspective d'emprunts stables. Ensuite, tout ne passe pas par l'argent, répond Frédéric Daerden. On peut soutenir en accompagnant, en simplifiant les procédures administratives pour obtenir des aides, etc. Il va falloir réfléchir à tout ça…"
4 Achat de masques, de gel, etc. : peut-on s'offrir toutes ces dépenses supplémentaires ?
Un fonds d'urgence de 50 millions d'euros a été créé début avril, pour soutenir les différents secteurs de la Fédération qui souffrent. Un nouvel arrêté de pouvoirs spéciaux a été pris, ce jeudi, pour l'alimenter de 30 millions d'euros supplémentaires. Ceux-ci serviront à commander le matériel nécessaire au déconfinement, notamment dans les écoles.
Une première commande de 197 000 masques chirurgicaux avait déjà été passée pour près de 179 000 euros, à destination de certains services spécialisés de l'administration. "Mais nous préparons une autre plus grosse commande de gel désinfectant et de plusieurs centaines de milliers de masques réutilisables en tissu, toujours financée par le fonds." En comparaison de certaines sommes injectées à d'autres niveaux de pouvoir, l'effort peut sembler insignifiant. "La Fédération n'a pas de recettes propres mais des dépenses très lourdes , justifie le ministre . N'oubliez pas que tout le monde reste payé à 100 % et que les subsides ont, eux aussi, été maintenus." D'où l'intérêt, y compris concernant ce matériel supplémentaire, que les différents acteurs agissent en même temps et de façon transversale.