Le Roi nomme Bouchez et Coens comme informateurs: pourquoi ce choix du Palais?
À peine nommés à la tête de leurs partis respectifs, Georges-Louis Bouchez et Joachim Coens se retrouvent au premier plan fédéral. Mardi soir, ils ont été désignés informateurs par le Roi et devront lui remettre un rapport pour le 20 décembre. Lundi matin, pour rappel, Paul Magnette avait demandé à être déchargé de sa mission royale. Cette désignation en "ticket" a créé la surprise car les observateurs politiques s'attendaient à voir monter en première ligne soit Bart De Wever (le président de la N-VA), soit Koen Geens (le vice-Premier CD&V).
- Publié le 10-12-2019 à 21h24
- Mis à jour le 11-12-2019 à 18h24
Les deux présidents de parti succèdent à Magnette. Ils devront clarifier le jeu fédéral.
À peine nommés à la tête de leurs partis respectifs, Georges-Louis Bouchez et Joachim Coens se retrouvent au premier plan fédéral. Mardi soir, ils ont été désignés informateurs par le Roi et devront lui remettre un rapport pour le 20 décembre. Lundi matin, pour rappel, Paul Magnette avait demandé à être déchargé de sa mission royale. Cette désignation en "ticket" a créé la surprise car les observateurs politiques s'attendaient à voir monter en première ligne soit Bart De Wever (le président de la N-VA), soit Koen Geens (le vice-Premier CD&V).
Pourquoi ce choix du Palais ? Ces dernières semaines, le président du PS avait réussi à avancer sur la piste d'une future majorité sans la N-VA mais n'avait pas pu initier un processus de préformation gouvernementale. Les temps ne semblent pas mûrs pour la piste "arc-en-ciel" qu'il poursuivait discrètement. Dans cette formule de coalition, les libéraux, les socialistes et les écologistes gouverneraient ensemble et seraient rejoints par le CD&V (et, éventuellement, par le CDH).
Parmi les éléments qui empêchent l'arc-en-ciel de voir le jour, on trouve les réticences de l'Open VLD et du MR à l'égard du dernier rapport Magnette, jugé trop à gauche, mais également la volonté du CD&V de "mouiller" la N-VA au fédéral d'une manière ou d'une autre. Joachim Coens avait rappelé à nouveau cette ligne politique mardi lors d'une première audience matinale au Palais.
"Faire tomber les masques"
Du côté du MR, par contre, il semble que les lignes ont bougé et que le président Bouchez estime désormais que la N-VA ne fait plus partie des options sur la table pour composer une nouvelle coalition. Le chef des libéraux francophones a d'ailleurs insisté fortement auprès du Roi pour que le CD&V assume une mission d'information alors que les démocrates-chrétiens souhaitaient, au contraire, que Bart De Wever prenne ses responsabilités.
Finalement, Joachim Coens a accepté la mission royale mais à la condition que Georges-Louis Bouchez l'assume avec lui. Les deux présidents de parti récemment élus vont rencontrer dans les prochains jours les représentants de tous les partis pouvant participer à une solution à la crise politique actuelle, la N-VA y compris. "Soyons clairs, cette mission vise surtout à faire tomber les masques, à constater que la N-VA ne veut en fait pas consentir aux compromis nécessaires pour gouverner et, à terme, à l'écarter", explique une source de premier plan.
Que pourrait-il se passer pour la suite ? Osons un pronostic. Une fois que l'impossibilité d'associer le PS à la N-VA au sein d'une majorité aura été formellement actée par les deux informateurs, un processus de préformation gouvernementale pourra être engagé selon une composition "arc-en-ciel", à laquelle s'ajouteraient les démocrates-chrétiens. La base de travail sera constituée par le rapport Magnette qui servira de pièce à casser.
À moins que la N-VA, voyant le pouvoir fédéral lui échapper, se montre soudainement plus conciliante… "Bart De Wever peut se montrer étonnamment rond en négociation, analyse un négociateur. Il pourrait nous réserver une surprise. La piste d'un gouvernement avec les nationalistes ne doit pas être écartée trop vite."
Voici ce qui effraie les libéraux dans les notes de Magnette
Trop à gauche. "Il faut arrêter de croire qu'il y a un début d'accord sur les rapports de Paul Magnette (PS)", tance un libéral. MR et Open VLD ont répété ces derniers jours que les notes de l'informateur sortant étaient "trop à gauche" pour se lancer dans la formation d'un gouvernement arc-en-ciel. Mais qu'entendent-ils par là ? Une source proche des négociations cite quelques exemples concrets.
Pensions. Les rapports de M. Magnette ne mentionnent pas le retour de l'âge de la pension à 65 ans, comme le promettait le PS avant les élections, mais ils touchent à la durée de carrière pour l'accès à la pension anticipée. "Quasi tout le monde pourra en bénéficier", craint notre source.
Droits sociaux. L'informateur propose l'individualisation et l'automatisation progressives des droits sociaux. L'individualisation implique que l'on ne tient plus compte de la situation familiale pour le calcul de l'allocation sociale. L'automatisation signifie que l'allocation est d'office accordée à celui qui y a droit, sans qu'il ne doive introduire une demande. Les libéraux trouvent ces mesures trop coûteuses.
Hausse salariale. La loi de 1996 sur le calcul des salaires a été réformée par le gouvernement Michel afin que la marge d'augmentation des salaires tienne mieux compte du niveau des salaires dans les pays voisins. L'informateur voudrait réautoriser des hausses plus importantes. "Ce qui mettra en danger la compétitivité de la Belgique." Dans le même registre, les notes ne mentionnent plus la hausse du salaire minimum à 14 euros de l'heure, "mais les tournures de phrases sont ambiguës". "Le PS veut augmenter les salaires via une hausse des charges patronales", inacceptable pour la droite.
Migration. M. Magnette propose de régulariser les travailleurs sans papiers, d'interdire l'enfermement des mineurs juste avant leur expulsion, et de prévoir une structure d'accueil pour les migrants en transit. Trois mesures que recalent le MR et l'Open VLD.