Le CD&V élit ce vendredi son nouveau président : quel impact sur les négociations fédérales ?
Les deux candidats à la présidence du CD&V, dont le vainqueur sera connu ce vendredi, présentent des profils très différents. Le résultat sera-t-il décisif en vue des négociations en cours au fédéral ? Décryptage avec Dave Sinardet politologue à la VUB et Eric Van Rompuy, président des aînés du CD&V

- Publié le 06-12-2019 à 09h39
- Mis à jour le 06-12-2019 à 09h40

Les deux candidats à la présidence du CD&V, dont le vainqueur sera connu ce vendredi, présentent des profils très différents. Le résultat sera-t-il décisif en vue des négociations en cours au fédéral ? Décryptage avec Dave Sinardet politologue à la VUB et Eric Van Rompuy, président des aînés du CD&V
Ce vendredi, la Belgique sera sans gouvernement depuis 350 jours. Pour la première fois cependant, les partis seront pleinement en ordre de marche : les élections internes seront alors terminées dans tous les partis (sauf l'Open Vld) et les présidents élus. Ce n'est pas par hasard que le roi a prolongé la mission de l'informateur royal, Paul Magnette, jusqu'au lundi 9 décembre. Ce vendredi soir, en effet, les militants du CD&V éliront leur président : ce sera soit Sammy Mahdi (31 ans), président des jeunes CD&V, Bruxellois fils d'un père irakien et d'une mère flamande, soit Joachim Coens (53 ans), président du port de Zeebruges, de Flandre occidentale, fils d'un ministre CVP. Le parti se positionne actuellement dans un rejet ferme de l'arc-en-ciel, Koen Geens plaidant ce dimanche encore sur RTL-TVI pour un duo d'informateurs Bart De Wever-Paul Magnette. Le parti social-chrétien flamand apparaît exclu de l'arc-en-ciel que Paul Magnette tente de réunir, et dont les partis se sont vus le week-end dernier lors d'une réunion secrète, sans le CD&V et la N-VA.
Le choix de Coens ou de Mahdi peut-il changer la donne ?
"Entre les deux, les chances de l'emporter ce vendredi sont de l'ordre du 50/50. Quoi qu'il en soit, le vainqueur est bien informé de la position de Koen Geens. C'est lui qui mène le jeu et un nouveau président ne changera pas cela ", analyse Eric Van Rompuy, président des aînés du CD&V. "Naturellement, Mahdi est plus un pusher, il est jeune et moins nuancé que Coens qui est davantage un CD&V typique. D'un point de vue socio-économique, tous deux sont assez conservateurs. La ligne Geens, c'est de mettre Bart De Wever en piste. Même si je n'exclus pas que dans quelques semaines, si Bart De Wever a tenté et échoué, le nouveau président se tourne vers l'arc-en-ciel. Sammy Madhi semble moins effrayé par l'opposition, et Joachim Coens est plus prudent. Mais cela ne changera rien à court terme ."
Tout cela dépendra de la capacité de Paul Magnette à convaincre l'Open Vld d'embarquer dans son arc-en-ciel, composé du PS-sp.a, MR, Open-Vld, Ecolo, Groen, et peut-être le CDH et Défi.
Dave Sinardet: "L'impression d'un retour du cartel CD&V-N-VA"
"La position du CD&V sera déterminée par différentes personnes, pas seulement le président. Sammy Mahdi a communiqué de manière forte sur la réunion secrète de ce week-end, Coens a été plus mesuré. Mais cela me semble davantage une différence de style que de fond", analyse Dave Sinardet, politologue à la VUB. "Le CD&V ne sait pas encore très bien comment se positionner. À entendre Geens lundi, on avait l'impression d'un retour du cartel CD&V-N-VA. Si Magnette échoue lundi, Bart De Wever devra sans doute prendre la main."
"Joachim Coens semble sorti d'une fabrique de CD&V de Flandre occidentale"
Si le président du PS parvient à ses fins, le CD&V se retrouverait alors dans une position délicate. "Savoir s'ils doivent monter à bord sera compliqué pour eux. Les autres veulent-ils simplement d'eux ? Ce sera plus facile pour le CD&V d'être dans l'opposition si Mahdi est élu. On a l'impression que Joachim Coens sort d'une fabrique de CD&V de Flandre occidentale, c'est une sorte de mix entre Kris Peeters et Wouter Beke. Avec ce profil, l'opposition sera compliquée ", reprend Dave Sinardet. Il note par ailleurs que Coens est " plus nationaliste flamand que Mahdi" , mais aussi " plus conservateur au plan éthique ", mais légèrement moins à droite sur le plan socio-économique. Autant d'éléments qui pourraient jouer un rôle si les chrétiens-démocrates flamands revenaient dans le jeu des négociations.
"Certains accusent Gwendolyn Rutten de vendre son parti pour aller au 16"
L'attention est toutefois actuellement focalisée sur la position de l'Open Vld, très divisé, et de la décision duquel dépendent les chances de succès de Paul Magnette pour former son arc-en-ciel. "Ce ne sera pas facile : je dirais du 50/50. Je note que la majorité des bourgmestres Vld est contre. Le rôle de Gwendolyn Rutten, qui pousse à un arc-en-ciel, passe très mal en Flandre car il y aurait bel et bien un accord avec Magnette pour qu'elle soit Première ministre. Certains l'accusent de vendre son parti pour aller au 16 ", conclut Dave Sinardet. "Pour franchir le pas, les libéraux flamands auront besoin de victoires symboliques et réelles sur le socio-économique. Par exemple sur la dégressivité des allocations de chômage." Or, on sait ce sujet imbuvable pour le PS qui s'est très difficilement remis de l'exclusion de milliers de chômeurs sous le gouvernement Di Rupo.