Pourquoi les barons du MR ne soutiennent pas Denis Ducarme
Yves Binon (MR) est le bourgmestre de la commune où réside Denis Ducarme.

- Publié le 18-10-2019 à 14h40
- Mis à jour le 18-10-2019 à 18h21

Si Georges-Louis Bouchez aligne les soutiens, Denis Ducarme semble lâché en haut lieu au sein du MR. Explications.
Chaque jour accouche d'un nouveau ralliement à Georges-Louis Bouchez dans la course à la présidence du MR : Jean-Luc Crucke, Daniel Bacquelaine, David Clarinval, Jacqueline Galant, Sophie Wilmès… La profusion de ténors qui convergent pour propulser le Montois de 33 ans interpelle.
La comparaison s'avère cruelle pour Denis Ducarme. Ce dernier se présente comme le candidat de la base. Un positionnement par défaut ? "L 'ampleur que cela prend est étonnante. Est-ce par conviction personnelle ou y a-t-il un mot d'ordre ? Car les deux candidats sont objectivement valables", rappelle Nicolas Tzanetatos, l'un des rares soutiens déclaré de Ducarme.
"Je suis soutenu par nombre de mandataires locaux, de bourgmestres. Mais je ne vais pas les aligner en rang d'oignon dans la presse. Cela s'apparenterait à une consigne de vote", assène Denis Ducarme. "Il y a un candidat de l'appareil. La séquence des sorties est organisée. Mais si le candidat de l'appareil faisait l'unanimité, il n'y en aurait pas cinq."
L'enthousiasme pour Bouchez doit être analysé en considérant un facteur : la volonté d'une frange significative du MR de faire barrage à Ducarme. Le MR peut être un parti violent. La triste fin de carrière politique de Daniel Ducarme, père de Denis, est à ce titre éclairante.
La chaîne de commandement du parti aurait donc choisi Bouchez. Un proche du candidat montois retourne l'argument de Denis Ducarme : "S'il y avait vraiment un mot d'ordre du top du parti, il n'y aurait pas cinq candidats".
"En voyant que Charles Michel semblait soutenir Bouchez, les Reyndersiens comme Crucke et Bacquelaine ont fait un choix d'opportunité. Ils misent sur le cheval qu'ils voient gagnant", analyse un ténor libéral.
À 45 ans, le ministre peut se targuer d'une solide expérience, d'une fine connaissance d'un parti : député, chef de groupe à la Chambre, membre du gouvernement. On le dit proche de Frédérique Ries, Rachel Sobry, Philippe Pivin, Latifa Aït-Baala ou encore Geoffroy Coomans de Brachène. Son soutien est toutefois quasi nul parmi les barons.
Élément de réponse : plusieurs sources pointent du doigt le style Ducarme, management directif et pyramidal "qui effraie". Car les soutiens officiels demeurent rares même parmi ses ex-collègues à la Chambre. Exception : Caroline Taquin, fidèle parmi les fidèles, et Vincent Scourneau, bourgmestre de Braine-l'Alleud. "Denis Ducarme a des défauts et des qualités. Mais c'est un rassembleur, qui sait dialoguer, avec des idées très claires. Il est ferme quand c'est nécessaire", assure Caroline Taquin. "Il a un sens de l'organisation, de la hauteur et une grande expérience du parti. Je ne vois pas Bouchez président : c'est trop tôt. Denis Ducarme a toutes les qualités pour le poste."
Qu'en pensent les autres députés, actuels et sortants ? Un coup de sonde nous indique que les soutiens à Ducarme ne risquent pas de se multiplier ces prochains jours. "Je voterai Bouchez mais je préfère ne pas le dire publiquement. Denis est rancunier. C'est quelqu'un de très rugueux", glisse l'un d'eux.
"Il m'avait contacté pour me rencontrer avant de se présenter. J'attends toujours. J'en suis un peu frustré. La manière me pose un peu problème", regrette Jean-Jacques Flahaux, député sortant, écarté de la liste hennuyère aux dernières élections. "La campagne électorale a été difficile pour ses colistiers : il a été assez dur. Cela peut expliquer qu'il ait si peu de soutiens."
Cette dureté apparaît comme une constante. "Ma relation avec Denis a toujours été bonne. Mais il a eu de gros problèmes avec les collaborateurs du parti, à qui il en demandait énormément, parfois trop. Il est possible que cela ait pu braquer certains députés", embraye Damien Thiéry, député sortant, qui a connu Denis Ducarme comme chef de groupe. "Son style de management est très directif, strict, il laisse peu d'initiative politique. David Clarinval est plus à l'écoute."
Les récentes prises de position de Ducarme ont divisé au MR, comme lorsqu'il s'est présenté comme " Francken wallon" avant de plaider pour un recentrage du parti. " Denis ne manque pas de talent, c'est un chouette type. Mais il a un côté creux quand il s'exprime, assez inconsistant dans ses positions", assène ce poids lourd libéral, " Politiquement, il navigue à vue."
"Ducarme a un caractère imbuvable"
Le rôle de président de la Fédération MR du Hainaut vaut à Denis Ducarme une position d'influence, un pouvoir de décisions sur la confection des listes électorales, mais aussi de nombreuses crispations locales. La fonction nécessite, il est vrai, de trancher dans le vif avec comme conséquence de nombreux déçus. Comme à Ham-sur-Heure-Nalinnes, la commune où il est domicilié. "J'avais été désigné tête de liste aux élections communales par la section locale du MR. Le bourgmestre en place, Yves Binon, ne l'a pas accepté. Denis Ducarme et Olivier Chastel sont intervenus. J'ai dû céder. Ducarme, c'est un style assez ferme", relate Adrien Dolimont (MR), échevin des Finances et président du CPAS à Ham-sur-Heure-Nalinnes. "En termes de relations humaines, j'ai plusieurs exemples de problèmes de gestion, de choix peu objectifs. Dans son esprit, soit on est avec lui, soit contre lui. Quand cela ne se passe pas comme il l'entend, Ducarme peut être interventionniste. Il m'a déjà appelé car j'avais liké un post Facebook le critiquant. Pour le reste, il est fort peu présent, à part quand il y a un problème. Il vit dans la commune, mais il n'est même pas venu à notre souper de section après notre victoire aux communales."
Yves Binon, bourgmestre de la commune où vit Denis Ducarme et ex-député wallon (et ex-rival d'Adrien Dolimont), ne porte pas davantage le ministre dans son cœur. "Si Denis Ducarme devient président, c'est une catastrophe pour le parti ! Il a un caractère imbuvable : quand il a décidé, il ne change pas d'avis. Et si on le contredit, il se fâche, menace. Je faisais le meilleur score de l'arrondissement, mais j'ai été mis de côté. Il a préféré placer ses amis… Il n'a aucun ancrage communal mais prend des airs supérieurs quand il vient nous voir. Je le lui ai reproché. Avant cela, il me faisait la bise. Depuis, il se contente de me serrer la main."
Si Ducarme a pu faire des déçus, il a propulsé de jeunes talents au-devant de la scène. Comme Rachel Sobry, issue de Momignies, commune d'origine de Denis Ducarme, et plus jeune députée de Wallonie. "Je suis jeune, donc certains s'attendaient à ce que je soutienne Georges-Louis Bouchez", souligne-t-elle. "Denis Ducarme est ouvert aux questions et a une grande expérience. Il aime donner la chance aux jeunes. Aucune autre liste régionale que la nôtre n'en comportait autant à de bonnes places. Les personnes un peu sensibles peuvent vite le trouver intimidant car il est grand, avec une grosse voix. Il sait ce qu'il veut, mais il n'est certainement pas dictatorial. Je préfère un chef qui sait ce qu'il veut : c'est un leader."