A la N-VA, Bart De Wever n'est plus le boss absolu qu'il était
Dans les discussions entre partis pour le fédéral, le président de la N-VA apparaît comme affaibli, dans une situation de doute.

- Publié le 12-10-2019 à 07h30
- Mis à jour le 14-11-2019 à 21h51

Dans les discussions entre partis pour le fédéral, le président de la N-VA apparaît comme affaibli, dans une situation de doute. Les négociations entre PS, N-VA, et les autres partenaires (Open VLD, MR, SP.A, CD&V) pour le fédéral n'ont pas débuté. Des discussions secrètes ont cependant bien eu lieu entre états-majors. Elles sont infructueuses.
Côté francophone, Bart De Wever apparaît comme étant en situation de "doute total". Il se rend à ces réunions très entouré, avec plusieurs collaborateurs et pontes du parti, Jan Jambon, Theo Francken, parfois Geert Bourgeois, mais aussi de Joy Donné, l'"ami à la Porsche".
Dans ces rencontres, Bart De Wever entretiendrait une forme de flou artistique, limitant la discussion à des propos généraux, sans entrer dans les propositions concrètes. La définition simple de ce qu'est le confédéralisme, par exemple, semble compliquée à obtenir.
Le PS, quant à lui, s'y rend extrêmement préparé. "Ils ont des fiches sur tout !", entend-on.
Le président de la N-VA surnommerait même la délégation socialiste de "PS curver (NdlR : marque de boîtes de rangement)". Lors de leur première réunion, Elio Di Rupo, Paul Magnette et une dizaine de collaborateurs se sont présentés chacun muni d'une caisse bourrée de dossiers sur chaque thème. Cela aurait beaucoup impressionné Bart De Wever, comme déjà il y a 9 ans.
"En 2010, le PS était bien mieux préparé que la N-VA, grâce à son IEV (centre d'études du PS), une machine exceptionnelle", souligne Hendrik Vuye, alors l'un des négociateurs N-VA, avant d'en devenir directeur du centre d'études, puis de claquer la porte. "La N-VA s'est inspirée du PS pour son propre centre d'études. Même aujourd'hui, cela reste une machine nettement moins performante que l'IEV", reprend-il. "Si j'étais le PS, je saisirais le moment pour entrer en négociations car elles seraient à leur avantage. La N-VA est nettement moins préparée."
Certains des francophones présents lors des récentes réunions ont été surpris du contraste entre l'image publique d'un Bart De Wever "monstre de certitude", et le personnage en face d'eux, dans le doute permanent, la crainte du faux pas, discourant sur des exemples de partis ayant échoué, de politiciens trahis par les leurs.
En haut lieu, au PS, on en est convaincu : De Wever ne veut pas aller au fédéral. La N-VA y serait matraquée depuis la Flandre par un Vlaams Belang dont De Wever peut craindre qu'il le dépasse au prochain scrutin.
"La N-VA est traversée, comme l'ensemble des partis traditionnels, par une crise d'identité. Veulent-ils être un nouveau Vlaams Belang ? Ou un nouveau CVP, grand parti populaire flamand ?", souligne Dave Sinardet, politologue à la VUB.
Bart De Wever penche vers la seconde possibilité, Theo Francken, vers la première.
L'étoile du bourgmestre d'Anvers, toutefois, a pâli. Il apparaît, d'après une source socialiste, comme n'étant plus le seul maître à bord, celui à qui "tout le monde obéit, le doigt sur la couture du pantalon". Il doit donc tenir compte des opinions des pontes du parti, Jan Jambon et Theo Francken en tête. Ce dernier donne davantage le sentiment d'avoir envie d'y aller.
Le bourgmestre de Lubbeek lui, ne doute pas : il n'hésite pas, nous dit-on, à couper la parole à Bart De Wever, lequel, féru d'histoire, semble se focaliser sur les enjeux de long terme, se montrant indécis sur l'immédiat. En comparaison, Jan Jambon apparaît comme plus sûr de lui, pragmatique, avec un schéma clair. Certains, parmi les négociateurs francophones, le voient même comme le vrai patron.
À raison ? Hendrik Vuye souscrit à cette analyse, Theo Francken l'estime infondée. "Tous les partis traditionnels traversent une crise de leadership. La N-VA ne fait pas exception", nuance Dave Sinardet . "Mais Bart De Wever reste le seul à pouvoir concilier les deux visions qui s'affrontent au sein de la N-VA."