Christine Defraigne: "Je suis candidate à la présidence du MR… et je ne compte pas perdre"
Chez les libéraux, Christine Defraigne incarne l'aile progressiste du parti. Depuis de nombreuses années, elle bataille afin de faire vivre ces valeurs au sein d'une formation qui, parfois, a pu prendre des accents plus conservateurs.

- Publié le 10-10-2019 à 05h00
- Mis à jour le 10-10-2019 à 07h12

Chez les libéraux, Christine Defraigne incarne l'aile progressiste du parti. Depuis de nombreuses années, elle bataille afin de faire vivre ces valeurs au sein d'une formation qui, parfois, a pu prendre des accents plus conservateurs. En toute logique, la première échevine de la Cité ardente devait se lancer dans la course : "Je suis officiellement candidate à la présidence du MR, annonce-t-elle. Je représente, avec un certain nombre de personnes, une frange du MR qui se veut ouverte sur le monde, progressiste, à l'écoute de la société, un libéralisme inclusif, un libéralisme qui fait le choix de la modernité." La succession de Charles Michel à la tête du MR risque d'être animée : la Liégeoise ne compte pas faire de la figuration…
Défendez-vous un recentrage du MR ?
Certainement. Je veux que l'on en revienne aux valeurs fondamentales du libéralisme. J'ai décidé de mener cette campagne avec la sincérité des valeurs comme engagement de base. Je suis une militante de longue date. Je me suis engagée à l'âge de deux ans : j'accompagnais alors mon père (feu Jean Defraigne, ministre d'État et ancien président de la Chambre des Représentants, NdlR) en Vinâve d'Île (le siège des libéraux à Liège). Dans mon parcours, j'ai toujours gardé le cap grâce à cette sincérité des valeurs et cette force de la passion. C'est ma manière de vivre.
Philippe Goffin, député-bourgmestre de Crisnée, est également candidat à la présidence du MR et est classé plutôt du côté des progressistes du parti. Un double emploi avec votre candidature ?
Je me réjouis qu'il y ait plusieurs candidats. Cela veut dire que nous sommes plusieurs à être motivés par l'avenir de notre parti et qu'il y aura un débat. Le MR est à la croisée des chemins : nos têtes pensantes et dirigeantes (Charles Michel et Didier Reynders) s'en vont vers d'autres destinées heureuses et il est essentiel de se redonner une direction. C'est pourquoi je viens avec un véritable projet. Pour ma part, je veux rendre de l'oxygène au MR. Je veux rendre la parole aux militants. Ils ne sont pas là que pour lever un petit carton bleu aux grand-messes du parti. Ils sont là pour décider et faire valoir leur point de vue sur les grands choix politiques. Je propose d'instaurer un système de référendum pour recueillir leur point de vue. Par exemple, sur la question de la légalisation du cannabis, des visites domiciliaires, de la prolongation des centrales nucléaires…
Il y a une polémique sur les règles internes du MR qui pourraient vous empêcher d'être candidate à la présidence. Pensez-vous que votre parti vous mettra des bâtons dans les roues ?
Je ne sais pas. Les organes internes du parti se prononceront à ce sujet lundi prochain. Je n'ai aucune garantie sur la recevabilité de ma candidature. Je ne suis pas ici pour faire de la procédure mais, si ma candidature n'était pas jugée recevable, je considérerai que celles des autres candidats ne le sont pas plus. Il faudra en tout cas revoir les statuts du parti à l'avenir. (sourire)
Avez-vous reçu des pressions du top du MR dans le but de vous dissuader de vous présenter ?
Aucune.
Vous présidente, quelles autres réformes internes voudrez-vous mener ?
Je voudrais donner la parole aux Jeunes MR. Ils doivent avoir d'office une vice-présidence au bureau restreint du parti et être partie prenante dans nos sections locales. Il ne suffit pas de faire monter les Jeunes MR sur la scène aux grandes occasions… Je souhaite aussi que le parti puisse travailler en meilleur accord avec les corps intermédiaires : le syndicat libéral, la mutuelle, les associations professionnelles qui se préoccupent du sort des indépendants, les associations de médecins, infirmiers, pharmaciens, kinés, avocats, magistrats, etc. La liste n'est pas exhaustive. Je veux de la réconciliation et du lien car notre société ne doit pas être fragmentée. Ces dernières années, le MR a versé beaucoup trop dans l'affrontement, dans des attitudes clivantes.
Vous vous dites progressiste, vous prônez la sincérité des valeurs. Pouvez-vous préciser davantage la doctrine libérale à laquelle vous adhérez ?
Nous avons un choix à faire. Certaines sirènes ont résonné, appelant à une société de repli identitaire et qui ferait droit au nationalisme et au populisme. C'est très important : si le MR s'engage dans cette voie-là, il finira comme Les Républicains en France. Je ne veux pas me retrouver dans un parti comme celui de Laurent Wauquiez… Nos valeurs fondamentales doivent être les suivantes : la liberté de pensée, la liberté d'expression, la priorité à l'individu sans l'individualisme. Notre libéralisme doit être réenchanté. J'ai beaucoup parlé ces derniers mois du défi des villes : on ne va pas résoudre les problèmes de paupérisation grâce à un repli identitaire et communautaire. Vous savez, à Liège, il y a 167 nationalités représentées. Je veux que Bruxelles et la Wallonie se relancent au départ de leurs centres urbains.
Les centres urbains, c'est justement là où le MR a le plus de difficultés électorales…
Oui, de grosses difficultés. Les défis sont énormes : liberté de circuler, qualité de vie, pollution, mobilité, pauvreté, sécurité… Les centres urbains sont les grands défis de demain, en harmonie avec la ruralité. Il faut des circuits courts, du développement durable, du bio dans nos crèches et nos cantines. Il faut restaurer la ruralité à cette occasion, l'authenticité de notre vie à la campagne en lien avec les villes. Le MR va devoir proposer des solutions et je ne veux pas rester au balcon.
Votre parcours politique au sein du MR, depuis plusieurs années, a été tourmenté. Aurez-vous des soutiens au sein du parti ou bien misez-vous tout sur les militants ?
J'ai en effet cru percevoir que je n'étais pas la candidate de l'appareil ni d'un certain establishment… Mais qu'importe, le militant libéral a son esprit critique, sa liberté. Il ne se laisse pas dicter sa conduite.
Georges-Louis Bouchez a l'appui de l'appareil de parti. Quel est votre sentiment à l'égard de sa candidature ?
Je ne dépose pas de candidature contre qui que ce soit. Je porte un projet qui est la traduction d'un parcours de vie en faveur de ces valeurs libérales que je chéris. Pour ces valeurs, j'ai pris de très gros risques et j'ai dû affronter des tempêtes dignes du Cap Horn, notamment dans le dossier des visites domiciliaires. Dans la vie, il y a les mots et les actes, me disait souvent mon père. Les actes sont là, je les ai assumés envers et contre tous. Le MR doit renouer avec la philosophie des Lumières que l'on a parfois oubliée ces dernières années.
Si Denis Ducarme ou Georges-Louis Bouchez, classés plus à droite que vous, gagnaient cette élection, que ferez-vous ? Quitterez-vous le MR ?
Tout d'abord, je n'ai pas l'intention de perdre ces élections… Je respecterai le suffrage universel et nous co-construirons un projet autour du ou de la futur(e) président(e).
Vous êtes la première échevine de Liège. Est-ce que Willy Demeyer (PS), le bourgmestre, sera d'accord de vous voir devenir présidente du MR ?
Oui, oui, oui… Chacun a ses préoccupations dans son propre parti, comme l'actualité le montre (Christine Defraigne fait référence au dossier Publifin/Nethys, NdlR). Willy Demeyer voit cela d'un œil bienveillant. Je ne suis pas quelqu'un qui cumule et il est vraisemblable que, si j'étais élue, je devrais prendre une décision par rapport à mes fonctions à Liège. Toutefois, vous noterez que Paul Magnette va devenir président du PS alors qu'il est bourgmestre de Charleroi…
Vous êtes en situation de fronde permanente au sein du MR depuis des années. Décidément, les Liégeois sont ingérables…
Je ne suis pas une rebelle ! Mais on m'a toujours appris à faire preuve d'esprit critique et de réflexion, à argumenter, à refuser les vérités révélées. C'est bien ce que l'on attend d'une libérale. Mais je suis aussi une personne d'ordre et d'autorité.