Des élections communales qui compliquent la tâche du gouvernement fédéral

- Publié le 15-10-2018 à 07h36
- Mis à jour le 15-10-2018 à 09h51

Pour les partis, ce qui a de confortable avec les élections communales et provinciales, c'est qu'il est toujours possible de pointer un endroit où trouver des motifs de satisfaction et s'en servir pour cacher ses reculs.
Ainsi, le PS pourra se réjouir de s'être maintenu dans ses grands bastions traditionnels, à Liège, à Charleroi, à Bruxelles-ville, à Verviers, à Tournai et de reprendre la place forte molenbeekoise qu'il avait cédé au MR il y a 6 ans. Mais ces succès sont plutôt rares et pas toujours flamboyants. Le plus inquiétant pour le PS, c'est qu'au niveau provincial, le niveau qui permet la meilleure comparaison avec des élections régionales et fédérales, il perd partout en Wallonie. Le PS paye ainsi lourdement son refus de repenser son leadership - Elio Di Rupo, le patron, perd d'ailleurs son combat à la popularité avec son dauphin Nicolas Martin à Mons - et son incapacité à mettre au banc les principaux responsables du scandale Publifin.
On peut tenir le même raisonnement, mais dans des proportions moindres pour le CDH et le MR. Ces deux partis gardent certaines de leurs places fortes. Le patron du CDH Benoît Lutgen gagne son bras de fer avec son frère à Bastogne, Maxime Prévot se renforce à Namur, Brigitte Aubert garde la main sur le maïorat à Mouscron. Le MR garde en gros ses bourgmestres - mais en perd quand même certains emblématiques comme Richard Fournaux à Dinant et Françoise Schepmans à Molenbeek. Mais aux élections provinciales, ces deux partis reculent partout en Wallonie. De toute évidence, le MR ne capitalise pas sur sa participation au pouvoir au gouvernement fédéral, pas plus que le CDH ne touche la rente attendue du renversement d'alliance à la Région wallonne.
L'exercice du pouvoir, la mauvaise affaire
De manière générale, l'exercice du pouvoir a lesté les partis qui y participent. En Flandre, la N-VA est loin de faire les résultats qu'elle espérait. Le président du parti Bart de Wever parvient à garder sa coalition à Anvers - même si elle ne tient plus qu'à un siège. Et le ministre de la Défense Steven Vandeput semble en mesure de prendre Hasselt des mains du SP.A. Mais c'est à peu près tout ce qu'elle peut se mettre sous la dent. Pour le reste, la N-VA recule partout au niveau provincial et se trouve assez loin de ses résultats du scrutin législatif de 2014.
Comme au sud du pays, et dans une moindre mesure également, l'Open VLD et le CD&V sont aussi en recul - même si les sociaux-chrétiens gardent de nombreux maïorats ruraux et se payent même celui de Bruges. Le SP.A ne profite cependant pas du recul des partis de la majorité fédérale. Il boit même la tasse - y compris et surtout dans les grandes villes où il se croyait inexpugnable.
Ce scrutin a consacré un grand vainqueur dans le pays : l'axe Écolo-Groen. En Flandre, les verts récoltent les pertes du SP.A. A Bruxelles et en Wallonie, ils vont puiser dans le réservoir d'à peu près tous les partis. Ils consolident leurs bourgmestres déjà en place et vont être en situation de faire et défaire un grand nombre de coalitions.
Deux autres vainqueurs sont à pointer de part et d'autre de la frontière linguistique. Le Vlaams Belang fait un retour remarqué en Flandre. Il profite du recul de la N-VA qui devra sans doute se demander si son obsession à faire de l'identité un thème de campagne majeur n'aura pas surtout contribué à relancer le parti d'extrême-droite.
L'autre grand vainqueur du scrutin, c'est le PTB en Wallonie et à Bruxelles. Le parti de gauche radical avait sélectionné parcimonieusement ses cibles. Il les a toute atteintes, parfois en plein cœur.
Une fin de législature à haut risque
Ces résultats ne vont, en tout état de cause, pas faciliter le travail au sein du gouvernement fédéral. Les partis qui le composent ont plutôt perdu. Ils voudront se refaire durant les prochains mois pour éviter de boire la tasse lors du scrutin législatif de mai 2019. Or l'électeur leur a donné un message contradictoire. En Flandre, les électeurs ont poussé le centre de gravité politique un peu plus vers la droite. Au sud du pays, ils l'ont placé un peu plus à gauche. Il y a de fortes craintes que le restant de la législature soit bien complexe.