Mobilité : De Wolf dénonce "la faute grave" et "l'opacité" de Pascal Smet
Suite aux problèmes de mobilité, le chef de l'opposition libérale est particulièrement remonté. Il évoque notamment "une opacité parlementaire". Il cible également les "choix politiques" posés en termes d'intégration et de radicalisme à Bruxelles. Il réagit aussi aux critiques dont il est l'objet au sein même du MR. Vincent De Wolf (MR) est l'Invité du samedi de LaLibre.be.
- Publié le 06-01-2016 à 11h42
- Mis à jour le 18-01-2016 à 13h13

Suite aux problèmes de mobilité, le chef de l'opposition libérale est particulièrement remonté. Il évoque notamment "une opacité parlementaire". Il cible également les "choix politiques" posés en termes d'intégration et de radicalisme à Bruxelles. Il réagit aussi aux critiques dont il est l'objet au sein même du MR. Vincent De Wolf (MR) est l'Invité du samedi de LaLibre.be.
En 2013, un rapport commandé par le gouvernement bruxellois se montrait très alarmiste sur l'état des tunnels. Rudi Vervoort, ministre-président, et Pascal Smet, ministre des Travaux publics, semblent ne pas en avoir tenu compte. Leur responsabilité est-elle engagée ?
Cette étude a été commandée en 2007 par M. Smet et déposée par l'administration dans les intercabinets en 2013. Il est donc clair que la responsabilité du gouvernement est engagée ! C'est de l'incurie, de l'incompétence, un manque de prévoyance, de précaution. Comment peut-on ne pas donner de suites à une telle étude qui montre la dangerosité de certains tunnels, leur vétusté, les risques d'effondrement, les mesures d'urgence à prendre ? Rien n'a été fait ! Même les budgets n'ont pas été adaptés. La faute est grave, elle est même pénale puisque des personnes auraient pu subir des dommages physiques, voire pire, à cause des chutes de blocs de béton.
Rudi Vervoort affirme qu'il n'a jamais eu connaissance de cette étude avant cette fin de semaine...
Je ne peux pas croire une seconde que le gouvernement n'ait pas été au courant de cette étude. Cela a été discuté à l'époque en intercabinet. Or, si un intercabinet est convoqué, c'est que le gouvernement l'a demandé en vue de préparer une décision à prendre. Il est totalement impossible que l'ensemble des directeurs de cabinet qui reçoivent ce document et qui y travaillent ne fassent pas rapport à leur ministre.
Vous allez demander la démission de Pascal Smet et Rudi Vervoort ?
Il faut faire les choses avec ordre et méthode. Nous avons demandé et obtenu une commission d'enquête qui permettra - je l'espère - de faire la lumière sur les responsabilités. Après cela, nous tirerons les conséquences.
Le coût de rénovation des tunnels doit se répercuter sur les automobilistes ?
Le gouvernement ne manque pas de culot ! Au lieu de définir un planning, de trouver des solutions, les ministres osent dire qu'ils vont faire payer leur incompétence et leur gabegie par les usagers. Cette démarche est cynique. Par rapport aux pistes évoquées, nous ne sommes pas nécessairement opposés au péage urbain et à la taxation au kilomètre mais c'est non tant qu'il n'y a pas une étude préalable socio-économique, faite par un tiers, quant aux conséquences pour l'économie bruxelloise et pour les usagers d'une telle implémentation fiscale. Le bureau Stratec avait montré qu'il fallait que les usagers payent 12 euros par jour pour qu'il y ait un effet dissuasif. C'est inconcevable pour nous !

Au-delà des tunnels, vous regrettez la gestion de la mobilité à Bruxelles ?
J'avais déjà tiré la sonnette d'alarme quant à un défaut de prévoyance en termes de métros. Pendant dix ans, ce gouvernement n'a rien fait à ce niveau. Maintenant, ils sortent des études pour prolonger le métro mais ils n'en ont pas les moyens financiers. Cela ressort d'une étude qu'ils n'ont toujours pas communiquée mais dont j'ai appris l'existence. Elle indique qu'il y a deux milliards d'euros de trou ! Pascal Smet a refusé de donner cette étude que nous avons réclamée. Nous avons donc une opacité parlementaire à cet égard.
Le fédéral freine le développement du RER. Vous appelez Jacqueline Galant à prendre ses responsabilités ?
Je ne suis absolument pas d'accord sur ce qui est dit. Cela fait plus de 20 ans que ce dossier du RER présente des difficultés, les partis qui l'ont géré sont multiples donc imputer le retard sur Jacqueline Galant est inexact. D'autant plus que les choses bougent enfin dans l'offre suburbaine, qui permet aux navetteurs de se déplacer dans Bruxelles par le chemin de fer. C'est elle qui l'a fait. Donc dire que le RER n'avance pas pour Bruxelles, c'est une erreur.
Mais l'enjeu du RER, c'est surtout le lien entre Bruxelles et la Wallonie. Vous ne vous souciez pas des retards ?
Il y a des problèmes de délivrance de permis qui ne relèvent pas du fédéral. Ils émanent des communes, des régions, des entités juridiques, des associations, des riverains... On sait depuis longtemps qu'il y a un trop-peu financier dans le fonds RER. Le gouvernement, Infrabel et la SNCB sont en train de réévaluer l'ensemble pour avancer malgré tout. Donc, non, je ne suis pas inquiet...
Cette semaine, Donald Trump s'est montré très critique sur Bruxelles. Quelle image pensez-vous que la capitale renvoie à l'étranger ?
Ce qui se passe aujourd'hui avec les tunnels est beaucoup plus grave en terme d'image que le lockdown. Ce regard international est quand même en partie excessif. On ne peut pas dire que le terrorisme ait été créé uniquement dans une ville ou une commune. Les difficultés d'intégration ont été dénoncées par mon parti il y a déjà longtemps. Il y a des responsabilités mais elles ne sont pas chez nous... Depuis 15 ans, on demande qu'il y ait un parcours d'intégration. Les socialistes ont toujours refusé. Il y a enfin des balbutiements.
Il est exagéré de dire que Bruxelles est un des terreaux du radicalisme ?
Il faut reconnaître que, proportionnellement, nous sommes malheureusement un des pays leaders quant au nombre de jeunes qui partent en Syrie. Quelle est l'origine ? Notamment la difficulté d'intégration. Est-ce que pour cela cette cité est perdue ? Non, évidemment ! Mais il faut former les jeunes. 70% des jeunes au chômage n'ont pas le diplôme du secondaire supérieur. 90% ne parlent qu'une seule lange. C'est là-dessus qu'il faut travailler. C'est une question de choix politiques.

Le lendemain des attentats de Paris, avez-vous été surpris de constater que plusieurs terroristes venaient de Bruxelles ?
Je savais qu'il y existait une forme de radicalisme parmi les jeunes à la marge, mais je n'imaginais pas que cela puisse produire des actes d'une telle barbarie et inhumanité. Face à de tels événements imprévisibles, c'est un peu l'incompréhension, car rien ne justifie ce genre d'actes. Je pense cependant que la collaboration entre fédéral, régions et communes a permis d'éviter le pire. Le pire était prévu. Malgré les actions efficaces menées depuis deux mois, personne ne peut garantir qu'il n'y aura plus aucune difficulté à l'avenir, que ce soit à Bruxelles ou ailleurs. Les communes ont un rôle très important à jouer en termes de formation et de prévention. Il faut être attentif aux signes de radicalisation, telles que des absences scolaires ou de jeunes qui ne se rendent plus dans les clubs de sports. Pour cela, il faut former ceux qui sont les premiers à pouvoir tirer la sonnette d'alarme avant que le décrochage n'ait lieu.
Cela aurait tout de même pu se faire avant les attentats, non ?
On vient de loin vous savez. En octobre 2014, monsieur Vervoort affirmait ne pas voir ce qui était inquiétant en soi de voir des jeunes partir en Syrie. C'était sa réponse à mon interpellation parlementaire. Même s'il dément avoir répondu cela, ces propos sont actés dans les archives parlementaires. Cela signifie que ceux qui géraient la coordination de la prévention à l'époque n'avaient aucune prise de conscience de la situation réelle. Encore aujourd'hui, j'émets des reproches à cet égard à la majorité bruxelloise qui ne parvient même pas à se mettre d'accord sur la manière de s'attaquer au radicalisme, comme c'est le cas avec le projet de vidéos du réalisateur Ismaël Saidi. L'urgence est pourtant claire pour tout le monde.
Face à plusieurs dossiers polémiques en Région bruxelloise (radicalisme, lutte antiterroriste, image de la ville, tunnels de Bruxelles,…), le MR ne semble pas profiter de ce qui ressemble à des boulevards pour l'opposition. En interne, on nous dit que les critiques sont nombreuses et que le MR bruxellois n'existe pas.
Il faut dire que, pendant des mois, on a été la cible de toutes les critiques pour être le seul parti francophone présent au sein de la coalition fédérale. Cette situation a complètement et longtemps biaisé les débats, d'autant que le fédéral était accusé dans tous les dossiers… régionaux.
Mais dans vos propres rangs, certains dénoncent un manque de leadership et d'orientation…
En politique, on n'a pas que des amis, c'est certain. Il faut savoir aussi que la visibilité médiatique est toujours très faible pour les parlementaires bruxellois. Mais, je ne suis pas du tout d'accord avec ces critiques, car le groupe s'est mis en route après de nombreux changements internes (départs au fédéral et non-réélection de certains parlementaires). Il a fallu un peu de temps pour mettre en place des synergies au sein de l'équipe et organiser une bonne répartition des compétences. Je veille à ce que les parlementaires autour de moi puissent exister. D'autre part, nous venons avec des propositions et sommes très actifs dans l'opposition. Je ne m'inscris pas dans la création de polémiques incessantes…
La Fédération bruxelloise du MR est présidée par Didier Reynders… déjà fort accaparé par ses fonctions au fédéral. N'est-ce pas un handicap pour le parti ?
Je collabore de manière positive avec lui sur plusieurs dossiers. Certes, il voyage beaucoup à travers le monde, mais son expérience internationale est utile pour Bruxelles. Au sujet de la neutralité, nous avons mis – excusez l'expression – la majorité sur son pet ! Dire qu'on n'existe pas, c'est faux. Regardez un peu le divorce de la majorité actuelle sur la question de la laïcité. Ils ont été jusqu'à suspendre la séance.
Donc, vous ne pensez pas passer à côté d'opportunités ?
Je ne dis pas que rien n'est perfectible, car on peut toujours faire mieux ! Mais je fais le nécessaire pour que le groupe se confronte aux citoyens, aux projets urbains et aux forces vives de la ville. C'est du bashing, soit une volonté de nuire, qui vient aussi du Parti socialiste qui a tout intérêt à nous dépeindre comme étant divisés ou inexistants. Je m'emploie à faire toujours mieux…
En coalition avec le PS à la Ville de Bruxelles, Alain Courtois (MR) semble prêt à avaler de nombreuses couleuvres. Il a même communiqué que tous les politiques étaient responsables de la situation des tunnels…
Sur le plan communal, il est normal qu'il soit solidaire de ses partenaires de majorité. Le contraire serait déloyal. En ce qui concerne les tunnels, ce n'est pas Alain Courtois qui est en pointe. Il n'a pas vocation à intervenir sur ce type de dossiers régionaux.
Entretien : @Jonas Legge et @Dorian de Meeûs