De Crem: "Le PS n'a jamais été très populaire en Flandre…"

Pieter De Crem, vice-Premier ministre CD&V, se réjouit du bilan du gouvernement Di Rupo. Ce n'est pas pour cela qu'il plaide pour une reconduction de la majorité. La N-VA ? Le CD&V est déjà au pouvoir avec elle au gouvernement flamand...

Entretien de Christophe Lamfalussy et Francis Van de Woestyne
De Crem: "Le PS n'a jamais été très populaire en Flandre…"
©Christophe Bortels

Pieter De Crem se confie au sujet de la politique nationale.
On arrive à la fin de la législature : la réforme de l'Etat est en voie de finalisation, des assainissements ont été réalisés, des arbitrages ont été effectués (statut ouvrier/employé)… Malgré cela, l'image du gouvernement n'est pas bonne en Flandre et, dans les sondages, la N-VA est toujours bien loin devant les partis flamands de la majorité. 
"Le CD&V va bientôt se mobiliser pour présenter le bulletin de réussite de ce gouvernement. Car ce qui a été accompli est énorme : réforme de l'Etat, assainissement, répartition des efforts entre fédéral et entités fédérées… Nous étions entrés dans ce gouvernement dans des conditions très difficiles. En juillet 2011, nous avions deux options : continuer à négocier ou organiser des élections à l'automne 2011. Nous avons choisi de prendre nos responsabilités. Nous sommes entrés dans ce gouvernement avec une opinion publique réticente, y compris au sein de mon parti. Le travail économique n'est pas terminé : le 21 septembre, nous devons proposer notre budget à la Commission européenne de manière à sortir du statut de déficit excessif. Les gens voient qu'on a accompli des efforts considérables…"
Oui, mais ils ne sont pas reconnaissants puisqu'ils plébiscitent toujours la N-VA… 
"N'oubliez pas qu'il y a eu, en même temps, une crise économique. Beaucoup de restructurations ont eu lieu, beaucoup d'emplois ont été perdus, y compris en Flandre." 
Bart De Wever critique sans arrêt ce gouvernement de gauche, taxatoire… 
"Ecoutez, sans la mesure sur les voitures de société - qui a été l'épiphénomène, une erreur psychologique, une erreur de calcul… -, il faut que les Belges se rendent compte qu'ils n'ont pas été frappés par une augmentation considérable des taxes. Y a-t-il eu une cotisation généralisée ? Les familles ont-elles été frappées… ?" 
On vient de réduire l'allocation de rentrée. 
"Il s'agissait d'un supplément d'allocation." 
Le CD&V a-t-il fini sa crise existentielle ? 
"Il n'y a pas eu de crise. Je peux en tout cas vous dire que le CD&V est en forme. Nous avons eu un bon résultat aux élections communales, bien meilleur que ce que nous prédisaient les sondages. Nous croyons en nos forces. Contrairement à 2010, nous nous présentons aux électeurs avec un solide bilan. Et j'espère qu'on va continuer à travailler le plus longtemps possible et qu'on évitera d'entrer trop tôt en campagne électorale." 
Votre souhait, puisque cela a bien fonctionné, est-il de continuer avec les mêmes partenaires ? 
"Ah non, le CD&V a les mains libres…" 
Donc vous êtes ouvert à l'idée d'un gouvernement fédéral avec la N-VA… 
"Mais nous sommes déjà dans un gouvernement avec la N-VA : en Flandre. Et le gouvernement flamand fait un bon travail." 
La question à laquelle personne n'a encore apporté de réponse est de savoir si la N-VA veut vraiment diriger l'Etat fédéral ou si elle veut juste le détruire… 
"Il n'est pas exclu que la N-VA veuille participer à un gouvernement fédéral. Mais nous ne lions notre sort à aucun parti." 
Quel sera le critère de choix ? 
J'ai connu des périodes où les coalitions étaient décidées avant les élections. Ce n'est plus le cas. Laissez l'électeur décider. 
Il y a toujours deux tours en Belgique : l'électeur décide, puis les partis s'arrangent… 
"Personne ne peut aujourd'hui prédire le résultat des élections." 
Le CD&V a-t-il un candidat Premier ministre ? 
"La question n'est pas à l'ordre du jour. Il y a Kris Peeters qui joue un rôle très important. De même que mon président, Wouter Beke. Moi, je tiens mon rôle au fédéral."
Kris Peeters est souvent en opposition avec le gouvernement fédéral. 
"Je ne crois pas. Il y a eu des moments de tension et d'antagonisme, parfois artificiels. Mais le résultat des derniers comités de concertation a démontré que ces tensions avaient disparu." 
Vous appartenez à l'aile droite du CD&V. Etes-vous tenté de choisir, après 2014, des partenaires de droite ? 
"On ira aux élections les mains libres." 
Quel bilan dressez-vous de l'action du Premier ministre ? 
"Il est le président du Conseil des ministres. Il doit veiller à ce que ses partenaires fonctionnent et obtiennent des résultats. L'actuel Premier ministre a joué son rôle de Premier. Quand il va en Flandre, je vois que l'accueil est correct." 
Il pourrait donc continuer… 
"Vous savez, le PS n'a jamais été très populaire en Flandre." 
C'est un problème ? 
"C'est un constat." 
C'est le PS qui ternit l'image du gouvernement en Flandre ? 
"Non. Mais il est important que tous les partis défendent l'action du gouvernement." 
Ce n'est pas le cas ? 
"Si, si." 
Vous diriez que la politique menée par le gouvernement a été de gauche, de droite, du centre ? 
"Je dirais qu'elle a été nécessaire…" 
Yves Leterme va-t-il revenir ? 
"Il faut lui demander." 
Est-il envisageable que le prochain gouvernement n'ait pas la majorité dans le groupe linguistique flamand ? 
"Non." 
Donc, il sera quasi nécessaire d'impliquer la N-VA… ? 
"Non. Le prochain gouvernement ne devra pas avoir une majorité des deux tiers." 
Faut-il modifier les pouvoirs du Roi ? 
"Quand on veut réformer - et moi j'ai entrepris des réformes considérables à l'armée -, il faut se poser ces questions : le système actuel fonctionne-t-il ? Est-on convaincu que le résultat sera meilleur que la situation initiale ? Et il faut savoir qu'après la réforme, on ne pourra pas revenir en arrière." 
Donc… 
"En ce moment, la Constitution fonctionne. Le discours du Roi, lors de l'abdication, était très clair sur sa conception d'une monarchie moderne." 
La question concerne essentiellement le rôle du Roi, lors des crises… 
"Il s'agit effectivement d'un article "invisible" mais bien tangible de la Constitution : l'initiative royale après les élections. Le Roi agit avec les partis, en tenant compte de la manière dont les cartes ont été distribuées par les électeurs. C'est une symbiose. Ceux qui, de temps en temps, demandent de changer, pour clarifier, pour diminuer les pouvoirs du Roi sont aussi les premiers qui se rendent au Palais pour dire : "Faites quelque chose"…" 
Tous les partis flamands, y compris le vôtre, demandent une monarchie protocolaire… 
"La monarchie est un processus évolutif. Le temps où le Roi présidait le Conseil des ministres est révolu. Si le besoin de changer existe, on verra, on participera, mais ce n'est pas une priorité."


Découvrez l'entièreté de l'interview exclusive de Pieter De Crem dans votre Libre Belgique de ce samedi


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