Comment le Covid fait obstacle aux enquêtes criminelles: "Des suspects sont libérés, faute de pouvoir réaliser les devoirs d'enquête"
Reconstitutions et commissions rogatoires annulées, libérations de suspects, etc. : Un juge d'instruction bruxellois nous dénonce tous les blocages engendrés par la crise.

- Publié le 30-01-2021 à 08h45

Début de semaine, le parquet général de Mons annonçait le report de la reconstitution initialement prévue mi-février prochain dans le cadre du décès de Jozef Chovanec à l'aéroport de Charleroi. En cause : la situation sanitaire actuelle. Une telle reconstitution n'étant pas possible en raison des contacts physiques rapprochés qu'elle entraînerait.
Crise sanitaire oblige, d'autres reconstitutions sont reportées. Des devoirs d'enquête dans le cadre d'affaires judiciaires importantes sont également annulés, reportés, compromis.
Comment le Covid fait-il obstacle aux enquêtes criminelles ? Un juge d'instruction bruxellois a accepté de nous en parler.
Depuis presque un an et le début de la pandémie, notre juge refuse de descendre sur une scène de crime en même temps que ses équipes. "J'ai plus de 50 ans, je ne vais pas prendre de risques inutiles. Je vais sur place évidemment, mais je refuse de me retrouver dans un endroit exigu avec autant de personnes. Si seulement on nous fournissait du matériel adéquat. Sans compter qu'on avait annoncé que les juges d'instruction feraient partie des personnes testées. Cela n'a jamais été le cas", déplore celui qui ne reçoit désormais dans son cabinet que les suspects qui sont réellement susceptibles d'être placés sous mandat d'arrêt. "Pour la leçon de morale à celui que je sais que je vais libérer, je passe mon tour. On fait très peu pour nous protéger, alors il faut soi-même s'adapter", poursuit notre juge avant d'aborder tout ce qui coince depuis l'arrivée du Covid et les mesures sanitaires imposées par le gouvernement.
"Les reconstitutions, je dois en reporter plusieurs. Sans compter que je dois composer parfois avec des policiers qui font du télétravail mais dans le cadre d'instructions, ce n'est vraiment pas évident d'avancer de la sorte. Les commissions rogatoires sont aussi bloquées. On a des suspects à l'étranger qu'il faut aller interroger d'urgence mais avec les restrictions, on se retrouve coincés. Pour les tests au polygraphe, on me les refuse parce que le risque sanitaire serait soi-disant trop important (NdlR : voir détails ci-contre)".
Et ce n'est pas tout ! Notre juge d'instruction nous confie aussi devoir faire face à des libérations prononcées par la chambre des mises en accusation de Bruxelles sous prétexte que les instructions durent trop longtemps. "C'est très frustrant parce qu'il est clair que les avocats en profitent mais nous sommes démunis face à ces retards dans les devoirs d'enquête complémentaires ", regrette le juge qui, malgré la situation, continue de vouloir faire fonctionner la justice "avec les moyens du bord, on essaie toujours de se débrouiller".