Le parquet fédéral secoue la politique albanaise
3,5 millions cachés dans des Toyota : la justice belge est allée interroger le président du parti démocratique en Albanie.

- Publié le 28-07-2019 à 08h57
- Mis à jour le 28-07-2019 à 08h58

3,5 millions cachés dans des Toyota : la justice belge est allée interroger le président du parti démocratique en Albanie, révèlent nos confrères de la DH.
C'est ce qu'on appelle un dossier sensible. Il mêle à la fois la mafia et le monde politique. C'est l'affaire des Toyota comme la surnomment désormais les Albanais. Deux modèles Auris et non Yaris, dans lesquels une incroyable découverte a été faite en juin 2018 au port de Durrës. Les douanes albanaises sur base d'informations provenant des services secrets, ont intercepté par moins de 3 millions et demi d'euros en liquide et 100.000 frans suisses dans deux Toyota Auris transportées depuis la Belgique par un camion qui contenait neuf véhicules au total.
Le tout, en petites coupures, dissimulées dans des sacs et dans les portières des deux Toyota. Du cash en quantité impressionnante fruit, nul n'en doute, de la criminalité organisée mêlant trafic de drogue, prositution et autres activités illégales de la mafia albanaise.
Mais à qui étaient donc destinés ces trois millions d'euros ? C'est évidemment la question essentielle qui a tout de suite animé tant la justice albanaise que belge.
Chez nous, le parquet fédéral a ouvert une enquête spécifique à ce transfert d'argent puisque le camion chargé des Toyota a démarré depuis la Belgique avant de faire étape en Allemagne pour arriver ensuite sur le territoire albanais.
Nos confrères de la DH apprennent qu'une délégation composée du magistrat fédéral Julien Moinil, de la juge d'instruction Laurence Heusghem et de membres de la police judiciaire fédérale de Bruxelles vient de se rendre en Albanie afin d'y interroger le président du parti démocrate de l'opposition. L'audition de Lulzim Basha, qui fut aussi ministre des Affaires étrangères, fait la Une de tous les médias albanais ces derniers jours.
L'homme politique a été questionné par la délégation belge du parquet fédéral pas moins de 90 minutes selon la presse albanaise. Lulzim Basha s'est présenté dans l'objectif de collaborer avec la justice belge a-t-il confié à la sortie de cette audition.
Que lui voulait notre parquet fédéral ?
C'est très simple. La justice belge veut comprendre comment l'homme politique albanais a pu, quelques jours avant l'interception des trois millions d'euros cachés dans les Toyota, dire que le parti socialiste albanais aurait des ennuis dans une affaire d'argent sale. Devant le parlement, Lulzim Basha, déclarait trois jours avant la prise que l'absence du leader socialiste Taulant Balla à l'assemblée s'expliquait par sa rencontre en Allemagne avec des mafieux pour le rapatriement illégal d'une somme importante d'argent.
Aujourd'hui Lulzim Basha persiste et signe : pour lui, des députés du parti socialiste albanais sont impliqués dans ce trafic de millions organisé depuis la Belgique.
Le leader politique de l'opposition a collaboré avec le parquet fédéral belge.
Le magistrat instructeur et le parquet fédéral poursuivent activement leur enquête dans laquelle on compte déjà cinq personnes sous mandat d'arrêt : quatre en Albanie et une en Belgique. En Albanie, la presse nationale parle de : Edi Lika, Klevi Lika, Agim Ceka et Alban Mollaymeri.
Chez nous, c'est un Albanais naturalisé allemand qui se trouve derrière les verrous. Un certain Doci.
Le garagiste belge chez qui les Toyota auraient été chargées en argent est également inculpé. Il n'a pas été placé sous mandat à ce stade.