Des professeurs belges effarés par les examens qu'ils doivent faire passer: "C'est de la maltraitance", "C'est interdit"
Dernière ligne droite pour les jeunes de 2e secondaire. Des professeurs dénoncent des questions de CE1D trop simples.
- Publié le 25-06-2025 à 08h53
- Mis à jour le 26-06-2025 à 16h10

Estime la superficie (aire) de l'île en km2. Calcule l'aire de la figure colorée. Coche la valeur arrondie du volume de ce cylindre (V = π * r² * h). C'en est trop pour Catherine. Cette année, cette professeure de mathématiques depuis 18 ans en 1re et 2e secondaires pousse un coup de gueule : ces questions du CE1D sont, une fois de plus du niveau de 6e primaire et l'évaluation externe certificative en regorge.
"Il y a deux ans, le CE1D a changé. Avant, il y avait deux livrets : un avec la calculette et un autre sans. Maintenant, on a trois livrets dont deux se font avec une calculatrice. On évalue très peu le calcul mental au premier degré et ce qui est important pour passer en 3e secondaire", déplore l'enseignante. "Des élèves de 5e et 6e primaires peuvent déjà le faire, le réussir et passer directement en 3e secondaire !"

"Il est très simpliste. Je pense que des 6e primaires auraient pu le réussir. Je l'ai trouvé particulièrement facile cette année, surtout le livret 1", confirme un professeur d'histoire et géographie qui a surveillé le CE1D en maths. "Le niveau des élèves est tellement bas depuis le Covid que rien ne peut rattraper ce nivellement par le bas."
À la fin de la 2e secondaire, tous les élèves sont évalués en mathématiques, sciences, français et langues modernes. Comme pour le CEB en 6e primaire, le CE1D est obligatoire et teste les connaissances de base avec des questions et des critères de correction identiques pour tout le monde. L'année passée, 57 % des 2e secondaires ont réussi en math, 68,8 en sciences, 85,2 % en français et 69 % en langues modernes avec un score moyen de, respectivement, 52,6 %, 55,5 %, 66,1 % et 60,1 %.
Remédiation en 3e secondaire
Actuellement, le seuil de réussite est de 50 % et c'est bien là que le bât blesse. "Un élève peut avoir 0 en math toute l'année en 1re secondaire et en 2e secondaire. S'il obtient la moyenne au CE1D, je ne peux rien dire et il peut passer en 3e secondaire. C'est de la maltraitance pour l'élève ! On leur fait croire qu'ils ont le niveau pour passer en 3e secondaire générale alors qu'il n'est pas du tout préparé à suivre un cours de maths car il faut de solides bases en algèbre !", affirme Catherine.
L'enseignante l'assure, elle n'est pas contre le principe d'une évaluation externe commune et identique à tout le monde mais il faut lever les biais : les critères de corrections sont en faveur de l'élève et les questions ne sont pas alignées aux attendus de l'année supérieure. "On ne donne plus de sens au symbole mathématique. Les élèves peuvent faire des fautes dans l'écriture. Il y a des directeurs et des inspecteurs qui nous disent qu'il faut accorder le point même si la réponse ne correspond pas exactement au terme attendu. Il y a des profs qui aident les élèves parce que sinon le taux de réussite est très bas alors que c'est interdit…. Tout ça pour atteindre les plus hauts taux de réussite", liste-t-elle.
Ce qui inquiète le plus, ce sont les conséquences les élèves (échec généralisé, perte de confiance, décrochage) car les enseignants ont plus de difficulté à faire comprendre aux parents qu'il va falloir travailler pour ne pas décrocher en 3e secondaire. "Comme on trompe l'élève, il faut lui dire qu'il n'est pas capable de suivre en 3e secondaire et l'État devrait payer de vrais cours de remédiation. Réussir avec 70 % au CE1D alors qu'on a 40 % toute l'année, ça fait qu'on passe en 3e secondaire avec une moyenne de 30 %", argue l'enseignante.
Comme de nombreux collègues, Catherine fait de la remédiation bénévolement pour aider les jeunes qui butent sur certaines matières. Mais elle se demande jusque quand elle en aura l'énergie.