Une pénurie d'enseignants, pourtant le métier plaît toujours autant
Inscriptions et diplômes sont stables depuis 2014-2015 dans les filières pédagogiques.

- Publié le 15-03-2022 à 12h51

Il y a un peu plus d'un mois, les enseignants étaient dans la rue pour réclamer l'amélioration de leurs conditions de travail et mettre un coup de pression pour faire avancer les négociations sectorielles dans l'impasse. Rien ne s'est débloqué depuis. Les représentants syndicaux ont rendez-vous avec ceux du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, cette semaine, pour discuter de ce qui leur a été proposé qu'ils jugent très insuffisant. Ce lundi, ils ont annoncé des actions pour la semaine prochaine.
La lutte contre la pénurie d'enseignants est au centre de leurs revendications. Mais qu'est-ce qui la provoque ? Le métier d'enseignant n'attire plus, entend-on parfois dire. Les données chiffrées que nous avons pu nous procurer disent que ceux qui affirment cela ont tort.
Le nombre d'inscrits dans les sections pédagogiques des hautes écoles est globalement stable depuis plusieurs années. Or ne se dirigent vers ces sections que des étudiants qui ont choisi de devenir enseignants - contrairement aux étudiants qui passent une agrégation à l'université après avoir suivi une formation (un master en maths, par exemple, en chimie ou dans d'autres branches) qui peut aussi les amener vers d'autres débouchés.
Les sections pédagogiques des hautes écoles semblent donc un bon indicateur du degré de motivation des jeunes. En 2014-2015, le bachelier préscolaire formait 3 113 futurs institutrices et instituteurs de l'enseignement maternel. L'effectif était un peu moins important pendant les cinq années qui ont suivi, mais il est resté relativement stable à quelques dizaines de têtes près. En 2019-2020, derniers chiffres disponibles, 2 978 étudiants étaient engagés dans cette voie, ce qui ne représente qu'une légère baisse de 4 % par rapport à l'année record cinq ans plus tôt.
De plus en plus d'étudiants visent le primaire
Cette même stabilité se constate dans les deux autres bacheliers, mais avec cette fois une tendance à la hausse.
Le nombre d'étudiants engagés dans le bachelier primaire n'a cessé d'augmenter de 2014-2015 à 2019-2020. Les futurs institutrices et instituteurs primaires étaient encore 5 717 dans les hautes écoles il y a deux ans. Un léger recul par rapport à l'année précédente, qui avait enregistré le plus gros contingent (5 905 inscrits), mais 9 % au-dessus de 2014-2015.
Enfin, la fréquentation du bachelier qui conduit à l'agrégation de l'enseignement secondaire inférieur (AESI) est en petite baisse depuis deux ans après avoir légèrement augmenté chaque année depuis 2014-2015. Mais 6 480 étudiants y étaient inscrits en 2019-2020, soit quelques dizaines de plus que cinq ans auparavant.
Rien, dans ces statistiques, ne permet donc d'affirmer que la profession n'attire plus, nous confirme-t-on à l'Ares (l'Académie de recherche et d'enseignement supérieur), qui récolte les données. Plusieurs hautes écoles qui organisent prochainement des portes ouvertes relaient aussi un intérêt certain chez les futurs étudiants.
"Nous avons une quarantaine d'inscrits", rapporte Marie-Agnès Boxus, directrice du département pédagogique à la haute école Charlemagne. "Ce sont les instituteurs primaires qui remportent le plus de succès." "Environ 80 étudiants sont inscrits pour venir assister à des cours", indique aussi Loïc Evans de la haute école Albert Jacquard. "C'est habituel."
L'année 2020-2021, record en diplômés
Non seulement l'attrait semble donc intact, mais le nombre global de diplômés l'est également. Ici aussi, le bachelier préscolaire apparaît un peu en retrait. Par rapport à 2014-2015, année record où 639 étudiants avaient obtenu leur diplôme, le nombre d'étudiants certifiés est resté au-dessus de la barre des 500 pendant les cinq années suivantes, sauf en 2018-2019. En 2020-2021, 560 jeunes ont décroché leur titre : un recul de 14 % par rapport à 2014-2015.
Dans les autres sections, en revanche, les diplômés n'ont jamais été aussi nombreux : 2020-2021 fut une année record, tant dans le bachelier primaire que dans le bachelier qui conduit à l'AESI, avec 1 114 diplômés (une augmentation de 7 et 5 % par rapport à 2014-2015).
Travailler sur l'attrait de la profession ne semble pas prioritaire. Le vrai défi consiste plus que jamais à faire rester tous ces professionnels dans les classes.
