Lucie est étudiante à haut potentiel: "Les gens pensent que nous sommes des petits génies, mais c'est faux"
Être haut potentiel ne veut pas forcément dire cartonner à tous ses examens. Lucie, par exemple, met plus de temps à étudier que les autres jeunes. Sans compter que son hypersensibilité lui pose parfois problème dans ses relations avec les autres.
- Publié le 08-02-2022 à 12h35
- Mis à jour le 13-02-2022 à 10h35
Lucie n'est pas une étudiante "comme les autres". La jeune femme, qui fait des études d'assistante sociale à l'Institut Cardijn, a en effet été détectée haut potentiel intellectuel (HPI) alors qu'elle était encore en secondaire. À travers son témoignage, elle souhaite expliquer comment elle vit au quotidien.
Une personne à haut potentiel a un QI compris entre 130 et 160. "Au début, je croyais comme tout le monde que les personnes à haut potentiel étaient toutes des petits génies. Mais ce n'est pas ça." Selon elle, les personnes HPI ne survolent pas forcément leurs études. Elle, par exemple, a plus de difficultés à assimiler la matière que les autres. "Quand j'ai été détectée, j'étais en 4ème secondaire. Avant cela, c'est vrai que je n'avais pas vraiment besoin de travailler pour réussir. Mais à partir de la quatrième, quand c'est devenu plus complexe, quand il y a eu plus de liens entre les différents cours, cela a vraiment été compliqué pour moi." A tel point que l'adolescente a doublé son année. C'est là qu'elle a commencé à aller voir des spécialistes. "A l'époque, on ne parlait pas encore vraiment des HPI. J'ai fait plusieurs spécialistes qui n'ont pas tout de suite détecté ce que j'avais. C'est après avoir passé des tests que j'ai su que je l'étais."
"Des heures de travail supplémentaire dans les cours"
"J'ai une pensée en arborescence", souligne-t-elle. "Ce qui veut dire que j'ai besoin de faire des schémas pour structurer mes pensées. Si un cours n'a pas de plan bien défini, c'est une vraie catastrophe pour moi." Pire, si un professeur structure son cours en utilisant des normes différentes (tantôt du souligné, tantôt du gras, tantôt une puce carrée, tantôt une puce ronde), cela va énormément la déconcentrer. "J'ai aussi besoin de comprendre jusqu'à la moindre virgule du cours. Le 'par coeur' n'est pas fait pour moi. Quand on me parle d'une notion, j'ai besoin d'en comprendre tous les éléments sous-jacents." La jeune femme donne un exemple très parlant. "Durant ce blocus-ci, j'ai dû étudier un cours qui parlait des idéologies des partis politiques belges. Il a fallu que j'aille plus loin, que je comprenne comment sont composés les partis, ce qu'il se passe aux différents niveaux de pouvoir. Ce n'était que des choses qui n'étaient pas nécessaires à la compréhension du cours, mais c'était des choses dont, moi, j'avais besoin. Quand on me dit 'pomme', je pense 'poire, prune, melon'. J'ai toujours besoin de faire des liens. Tout cela représente des heures et des heures de travail en plus." Pendant les périodes d'étude, elle doit donc fournir plus de travail que les autres. "Quand mes amis me disent qu'un cours va vite à étudier, j'ai encore tendance à croire que j'ai le même rythme qu'eux, alors que je sais que ce n'est pas du tout le cas."
En plus de cela, la jeune femme a aussi du mal à se concentrer. "Mes sens sont vraiment en éveil. J'ai une ouïe assez développée. Le moindre petit bruit va me déconcentrer. Si quelqu'un joue avec son bic ou tape du pied, c'est insupportable pour moi. J'ai l'impression que mon cerveau devient dingue."
"Toutes mes émotions sont décuplées"
Dans ses relations aussi, c'est parfois dur à gérer. Bien souvent, les personnes HPI qui font face à des difficultés disent être hypersensibles. "Je ressens tout en multiplié. Quand je suis contente, je le suis vraiment fort. Mais quand je suis triste, je peux m'effondrer. Parfois mes amis ne comprennent pas pourquoi je réagis comme ça. Il faut dire qu'ils ne savent pas tous que je suis HPI. Ils n'ont donc pas le même cheminement de pensées que moi. C'est encore difficile d'en parler. Je ne me vois pas arriver devant quelqu'un et lui dire 'ah au fait, je suis HPI'. Après, quand je vois qu'il y a une incompréhension, j'ai tendance à expliquer que j'ai une façon de penser différente. J'essaie d'expliquer au mieux pour que ça se passe bien, pour que les autres comprennent mes réactions. Mais je ne dis que ce qui est nécessaire pour eux. En amitié ou en amour, il y a de toute façon bien un moment où je dois en parler."
Si l'étudiante a décidé de témoigner aujourd'hui alors que tous ses amis ne sont pas au courant, c'est pour ouvrir la parole sur les difficultés que peuvent rencontrer certains hauts potentiels (mais évidemment pas tous). "Je trouve que c'est important d'en parler car je vois en plus en plus de personnes qui posent des questions là-dessus. Parfois, les commentaires font mal. Il peut arriver qu'on se sente super seul. Du coup, je me dis que si j'en parle, les autres personnes qui se reconnaissent dans mon témoignage vont se sentir moins seules."
Elle, ce qui l'a beaucoup aidée, c'est d'aller voir quelqu'un et d'en parler. "Je lui ai littéralement vomi tout ce que j'avais sur le coeur et dans ma tête. Depuis, ce spécialiste m'aide à ordonner mes idées et ça m'aide beaucoup, que ce soit dans ma vie personnelle, étudiante et dans ma future vie professionnelle."
Toutes les personnes HPI souffrent-elles forcément d'hypersensibilité ou de difficultés scolaires? Deux experts répondent.
