Evaluer sans sessions d'examens ? "Je suis plus un coach qu'un prof et les élèves me font confiance pour les emmener à la victoire"
Covid-19, et maintenant ? L'épidémie de coronavirus a mis en lumière les défaillances et les fragilités de nos sociétés. Quels changements pourraient être mis en œuvre sans attendre et pour être opérationnels dans un horizon de cinq ans ? La Libre Belgique réalise une série d'articles sur les leçons à tirer de cette crise sanitaire.

- Publié le 26-06-2020 à 18h54
- Mis à jour le 28-06-2020 à 10h38

Covid-19, et maintenant ? L'épidémie de coronavirus a mis en lumière les défaillances et les fragilités de nos sociétés. Quels changements pourraient être mis en œuvre sans attendre et pour être opérationnels dans un horizon de cinq ans ? La Libre Belgique réalise une série d'articles sur les leçons à tirer de cette crise sanitaire.
Pour ce dossier, La Libre a posé trois questions à Jean-Pierre Coenen, instituteur depuis 44 ans (en 3e et 4e primaires d'une école traditionnelle) et pensionné en cette fin d'année.
1. En quoi votre propre implication a-t-elle influencé les parcours de vos élèves ?
Pour moi, l'école n'est pas un lieu fermé. L'enseignant est déforcé sans lien avec les parents de ses élèves. C'est pourquoi je n'hésite pas à donner mon numéro de téléphone dès le début de l'année. Chacun sait qu'il peut me contacter en cas de problème ou de question ce qui, je pense, apaise beaucoup de tensions. Le lien est très riche. Par ailleurs, j'ai choisi très tôt d'évaluer sans points.
2. Était-ce une initiative isolée de votre part ?
Oui, c'était ma propre décision. J'ai pratiqué le redoublement pendant un an ou deux, puis j'ai voulu changer. J'ai beaucoup lu, je me suis formé à la pédagogie collaborative, et puis j'ai dû résister contre vents et marées car personne n'y croyait. C'est une question de volonté. La mienne était que tous mes élèves acquièrent les savoirs quelles que soient leurs difficultés.
3. Comment la réussite de tous les élèves est-elle possible ?
Sans sessions d'examens, ni révisions ni évaluations certificatives, ce qui libère un temps fou pour faire autre chose (des apprentissages différents, de la remédiation, former des futurs citoyens…) ailleurs que sur le terrain de la compétition ou du tri. Concrètement, je pratique une évaluation permanente avec un code couleur. En début d'apprentissage, tout le monde part en rouge, puis passe en orange une fois les bases minimales intégrées, et enfin en vert quand c'est totalement acquis. C'est une évaluation formative et constante : elle sert juste à vérifier que l'élève a ce qui suffit pour passer à la suite. On ne parle pas de maîtriser parfaitement mais assez pour avancer. En permanence, je dois savoir qui a des problèmes et qui n'en a pas. Cette observation a lieu tout le temps, au fur et à mesure des apprentissages, pendant un exercice, un échange, la récréation. Une fois que chacun a atteint le niveau que j'ai fixé pour lui, on poursuit. Ma satisfaction d'enseignant est d'embarquer tous mes élèves. Je suis plus un coach qu'un prof, il me semble. Les élèves me font confiance pour les emmener à la victoire, avec leur complicité d'ailleurs. Un système de tutorat par les pairs est en place. Tout le monde apprend de tout le monde. En classe, il n'y a pas un enseignant et 25 élèves mais 26 enseignants !