Défi, qui s'évapore dans plusieurs communes, est menacé d'extinction en Région bruxelloise : "Nous avons subi un revers sans précédent…"
Plusieurs causes expliquent le nouveau revers de Défi. Il ne sera pas simple pour le parti de se relever…

- Publié le 14-10-2024 à 20h53
- Mis à jour le 14-10-2024 à 21h26

Les scrutins régionaux et fédéraux de juin 2024 avaient tourné à la Bérézina pour Défi, provoquant la démission du président François De Smet. Il ne fallait guère s'attendre à des miracles lors de ces élections communales, alors que sa successeure, Sophie Rohonyi, n'avait eu que quelques semaines pour prendre ses marques.
Le miracle n'a pas eu lieu. "Même si Défi conserve deux majorités, remonte dans la majorité dans certaines communes bruxelloises (via l'alliance avec le MR, à Uccle et peut-être à Forest), wallonnes et de la périphérie, nous avons subi un revers sans précédent", reconnaît la présidente dans un communiqué.
La situation se révèle même nettement pire que ce qu'auraient pu craindre les amarantes.
Rayé de la carte à Bruxelles ville
À Bruxelles-ville, malgré le poste d'échevin du Commerce occupé par Fabian Maingain durant toute la législature, Défi est rayé de la carte, et perd ses trois sièges.
Défi disparaît également à Etterbeek, où il perd ses deux sièges, à Ixelles (perte de deux sièges également), à Molenbeek, où le conseiller communal Michaël Vossaert a rejoint le MR.
Le parti se racrapote dangereusement dans son bastion historique de Watermael-Boitsfort, passant de 7 à 4 sièges.
Mais c'est sans doute la perte du mayorat de Schaerbeek, le plus beau joyau de la couronne Défi, qui fera le plus mal au parti. Car dans la cité des ânes, Bernard Clerfayt a nettement moins bien résisté qu'attendu, sa liste du bourgmestre faisant l'objet d'une sanction claire des Schaerbeekois (-19 points).
Dans un mouvement contraire, la liste MR/Engagés à Schaerbeek a pratiquement progressé selon le même pourcentage, renforçant l'idée d'un jeu de vases communicants entre les libéraux et Défi. Le même mouvement peut être observé dans d'autres communes, comme Watermael-Boitsfort, Woluwe-Saint-Lambert ou Bruxelles-ville.
Quand le MR rit, Défi pleure
La stratégie, au sein du MR, n'est pas cachée. David Leisterh et ses troupes ont allègrement siphonné les élus Défi, ces dernières années, recrutant notamment les députés bruxellois Ariane de Lobkowicz d'Ursel, Ludivine de Magnanville, et à Schaerbeek, des élus comme Sadiq Koksal ou Bernard Guillaume.
Le renouvellement des cadres du parti et le remplacement des ténors se font difficilement, même s'il est bien trop tôt pour juger Sophie Rohonyi.
Cette défaite reflète aussi l'apparente incapacité de Défi à se différencier du MR et des Engagés, en échouant à être identifiés sur des thématiques claires par les électeurs. Manifestement, la défense des francophones fait peu recette auprès des nouvelles générations et la sauce n'a pas pris autour de la défense de la laïcité.
"Notre espace politique existe toujours, assure pourtant la présidente de Défi. Il y a plus que jamais une place pour un parti qui combat le conservatisme et le communautarisme, et qui incarne la bonne gouvernance."
Olivier Maingain, le trompe-l'œil
Défi, en définitive, ne conserve que deux bastions.
Olivier Maingain reste largement en tête à Woluwe-Saint-Lambert, garde sa majorité absolue, mais il perd des plumes. (-14 points).
Seule bonne nouvelle : à Auderghem, petite commune à l'échelle bruxelloise (35 350 habitants), la liste de la bourgmestre Sophie de Vos se maintient à 45 %.
Ce n'est pas vraiment Défi qui garde Woluwe-Saint-Lambert, c'est Olivier Maingain, et il l'aurait gardé même sous la bannière du parti animaliste."
"Ce n'est pas vraiment Défi qui garde Woluwe-Saint-Lambert, c'est Olivier Maingain. Et il l'aurait gardé même sous la bannière du parti animaliste, persifle un libéral. Quant au score de Fabian Maingain fils à Bruxelles, c'est brutal… Quand Sophie de Vos et Olivier Maingain arrêteront, le MR fera main basse sur Woluwe-Saint-Lambert et Auderghem et je crains que s'en soit fini pour Défi."
La Wallonie ne sauvera pas le parti, qui ne compte qu'une quinzaine de conseillers communaux dans toute la Wallonie. Sophie Rohonyi dit voir des possibilités dans des majorités à Grez-Doiceau, Brunehaut, Yvoir, Enghien, Fontaine-l'Évêque et La Louvière.
La perspective d'une quasi-extinction de Défi, à moyen terme, n'est toutefois pas à exclure.
"Je suis lucide sur les résultats du 13 octobre, conclut Sophie Rohonyi. Le signal des électeurs est clair. Le temps est à l'analyse des résultats pour redéfinir une définition claire du parti Défi, quelles sont nos valeurs et nos priorités, ce qui nous distingue et nous rend utiles. Il faut construire un nouveau narratif." Elle l'assure : Défi n'est pas en crise, mais en reconstruction.
Beaucoup en doutent. Les mêmes qui, il y a peu encore, enterraient les Engagés. Chez Défi, beaucoup s'accrochent à cette comparaison.