Sur les 10 prochaines années, le nombre d'enfants en âge de fréquenter le primaire pourrait baisser de 20 % à Bruxelles
Il y aura de moins en moins d'enfants à Bruxelles ces prochaines années.

- Publié le 19-06-2025 à 06h35
- Mis à jour le 19-06-2025 à 09h36

Jacques Attali disait d'une ville qu'elle est le seul être vivant capable de rajeunir vraiment. La métaphore peut s'appliquer, jusqu'ici, à Bruxelles et à sa population, qui reste la plus jeune du pays.
"C'est surtout le cas parce que les autres régions vieillissent plus vite, souligne Jean-Pierre Hermia, démographe à l'Institut Bruxelles de Statistique et d'Analyse (IBSA), et co-auteur du dernier rapport sur les projections démographiques 2024-2034. La Flandre, par exemple, a connu un babyboom important depuis la fin de la seconde guerre mondiale, et jusqu'à la fin des années 60'. Cette génération arrive aujourd'hui à un âge plus élevé, ce qui fait que la Flandre, et la Wallonie ont une population plus âgée. C'est moins le cas à Bruxelles, parce qu'une partie des personnes de cette génération est allée vivre en périphérie. Et grâce à la migration internationale qu'a connue Bruxelles, avec un profil d'arrivants assez jeunes. "
La population de la capitale restera globalement stable entre 2024 et 2034, projette l'IBSA. Elle était de 1,249 million d'habitants au 1er janvier 2024. Elle pourrait se tasser légèrement à 1,247 million d'habitants en 2034, pour continuer de se lisser jusqu'en 2070 (1,198 million), selon les perspectives démographiques 2025 produites par le Bureau fédéral du Plan et Statbel.
Cette évolution serait variable selon les communes. Entre 2024 et 2034, la population augmenterait dans dix communes et diminuerait dans les neuf autres. C'est la population d'Evere qui augmenterait le plus, avec une hausse de 7 % en 10 ans. À l'inverse, des communes très denses, comme Saint-Josse-ten-Noode, Schaerbeek ou Saint-Gilles perdraient des habitants.
Molenbeek perdrait 2 200 élèves, Woluwe 800, etc.
Ces projections reposent sur plusieurs hypothèses, dont celle-ci : il y aura de moins en moins d'enfants à Bruxelles ces prochaines années. Ainsi, le nombre d'enfants en âge de fréquenter le primaire (6-11 ans) diminuerait de près de 19 000 entre 2024 et 2034, soit de 20 % (73 800 enfants en 2034.)
À Saint-Gilles, cette baisse des enfants en âge de fréquenter le primaire atteindrait même 30 % (800 enfants de moins), 27 % à Saint-Josse (500 enfants), 25 % à Schaerbeek (2 500 enfants), 23 % à Molenbeek (2 200 enfants) et 24 % à Woluwe-Saint-Pierre (800 enfants).
La baisse serait également importante pour les adolescents en âge de fréquenter le secondaire (12-17 ans) : leur nombre diminuerait de près de 11 000 unités sur l'ensemble de la Région, soit de 12 % (79 800 adolescents en 2034).
La tendance ne s'arrêterait pas là. En 2040, Bruxelles serait une ville moins jeune. Les enfants de 6 à 17 (en âge de fréquenter le primaire et le secondaire) pourraient même avoir baissé de près de 35 000 unités, passant de 183 000 à 148 000 au total.

La tendance, si elle se confirme, peut avoir de lourdes conséquences pour les établissements scolaires de nombreuses communes bruxelloises.
"Cette évolution est la conséquence d'une baisse de la fécondité à Bruxelles depuis 10 ans. Depuis 2 ans, la fécondité est même plus faible en Région bruxelloise qu'en Flandre et en Wallonie. Forcément, ces Bruxellois, qui sont moins nombreux à être nés, atteignent progressivement l'âge d'entrer à l'école primaire", observe Diane Tennstedt, co-auteure du rapport de l'IBSA.
Un futur rebond de la fécondité
Leur nombre est censé remonter légèrement en 2045, puis en 2050, mais sans revenir au chiffre actuel, tant s'en faut. Ainsi, d'ici 2034, le nombre de tout-petits (0-2 ans) augmenterait partout sauf à Saint-Gilles et Saint-Josse-ten-Noode. Logique : ces communes ont déjà connu une sorte de petit baby-boom ces dernières années, bien davantage que les communes vertes du sud-est comme Auderghem, Watermael-Boitsfort ou Woluwe-Saint-Pierre.
"La fécondité pourrait repartir un peu à la hausse d'ici 3 ans, sachant qu'on a atteint un seuil particulièrement bas ces dernières années, précise en effet Jean-Pierre Hermia. L'un des intérêts de notre étude, c'est de fournir des informations aux administrations, comme le service école de Perspective, qui peuvent utiliser nos projections chiffrées."
Le nombre de seniors augmenterait par ailleurs dans toutes les communes, mais dans des proportions différentes. À Bruxelles-ville, les seniors les plus âgés (80 ans et plus) seraient par exemple 21 % plus nombreux (+ 1 200 personnes) dans 10 ans.