Une étude montre que la Wallonie est proche du plein emploi : "Mais ce n'est pas une bonne nouvelle en soi"
Il y a un nombre idéal de demandeurs d'emploi par rapport aux offres d'emploi disponibles en Wallonie, selon Antoine Germain (UCLouvain), alors que le chômage bruxellois est trop élevé et que le marché du travail flamand souffre d'une pénurie de chômeurs.

- Publié le 12-09-2024 à 06h44
- Mis à jour le 12-09-2024 à 08h53

D'un côté, des entreprises qui ne parviennent pas à recruter la main d'oeuvre nécessaire pour remplir leurs emplois vacants. De l'autre, des centaines de milliers de chômeurs. Voilà la situation, a priori paradoxale, que connaît la Belgique. "Mais alors : y a-t-il trop de chômeurs par rapport au nombre de postes à pourvoir ? Ou bien sommes-nous vraiment arrivés à une situation de plein emploi en Belgique ?", s'interroge Antoine Germain, chercheur à l'UCLouvain, dans le dernier numéro de Regards économiques.
"Le plein emploi, pose l'auteur, ne veut pas dire l'absence de chômeurs. En effet, même les régions aux économies les plus dynamiques du monde ont un taux de chômage strictement positif." Explication : si le taux de chômage était à zéro en permanence, l'économie devrait consacrer d'énormes ressources dans le processus de recrutement. Il faudrait une armée de recruteurs dans chaque entreprise pour détecter et engager la moindre nouvelle personne disponible. Et la force de travail de ces armées de recruteurs ne serait pas utilisée dans la production économique. A contrario, la Belgique et l'Europe sont habituées au gaspillage de ressources engendré par le chômage de masse, c'est-à-dire la situation dans laquelle beaucoup de demandeurs d'emploi cherchent vainement un emploi.
Il ne faut ni trop, ni trop peu de chômeurs
Dès lors, le plein emploi, c'est l'adéquation entre ces deux phénomènes : il ne faut ni trop, ni trop peu de chômeurs, explique Antoine Germain. Et il faut donc s'intéresser au nombre de chômeurs non pas en termes absolus mais bien en termes relatifs par rapport au nombre d'emplois vacants. "En conséquence, il est tout à fait possible qu'une région ait un faible taux de chômage mais soit loin du plein emploi. Ceci arriverait lorsqu'elle connaîtrait trop d'emplois vacants."
Selon l'économiste, la Belgique connaît actuellement une période de plein emploi. Mais ce constat national masque une importante hétérogénéité régionale. Bruxelles est caractérisée par un taux de chômage trop important, la Flandre connaît une pénurie de chômeurs alors que la Wallonie, elle, est proche de son plein emploi conjoncturel : il y a un nombre idéal de demandeurs d'emploi par rapport aux offres d'emploi disponibles en Wallonie. "Mais si la Wallonie connaissait une amélioration de la conjoncture, elle connaîtrait rapidement des tensions sur le marché du travail", ajoute Antoine Germain.
Davantage de mobilité interrégionale
Pour parvenir à la convergence régionale, l'auteur estime qu'il faudrait inciter davantage à la mobilité interrégionale. "En clair, les demandeurs d'emploi wallons et bruxellois devraient remplir plus souvent les postes vacants flamands et/ou les entreprises basées en Flandre devraient davantage proposer des opportunités d'embauche sur le territoire wallon ou bruxellois."
Antoine Germain nuance cependant la portée de son étude : le concept de plein emploi a été défini pour une population active donnée et donc ne prend pas en compte les enjeux liés à l'augmentation de la participation au marché du travail (le rapport entre la population active et la population en âge de travailler). "Or, il est bien connu que Bruxelles et la Wallonie font face à des taux de participation au marché du travail très faibles dans certains groupes socio-démographiques."
Par ailleurs, ajoute-t-il, le plein emploi a été entendu comme un concept conjoncturel plutôt que structurel : la Flandre a un marché du travail structurellement plus efficace que les deux autres Régions (le taux d'emploi à Bruxelles et en Wallonie s'élève aujourd'hui à 60 % et 67,2 % respectivement, alors que la Belgique s'est fixé un objectif de taux d'emploi à 80 % à l'horizon 2030), mais la Wallonie est conjoncturellement plus proche du plein emploi que les autres. "La Wallonie est proche du plein emploi, mais ce n'est pas une bonne nouvelle en soi, commente Antoine Germain. La Wallonie est beaucoup moins bonne que la Flandre dans la correspondance entre les profils recherchés et les compétences des demandeurs d'emploi. Il faut travailler à cela."