Le centre de gravité politique s'est nettement déplacé vers le centre-droit en Belgique
Le MR et les Engagés ont réalisé une impressionnante progression lors du mega-scrutin de ce dimanche 9 juin. L'Open VLD et les écologistes, surtout francophones, s'écrasent.

- Publié le 10-06-2024 à 06h10
- Mis à jour le 10-06-2024 à 06h55

Les extrêmes ont gagné. Mais pas dans les proportions promises par les sondages. Pas au point de pouvoir bloquer inexorablement le fonctionnement des institutions. L'extrême-droite flamande n'a pas ravi à la N-VA la place de premier parti flamand – et même belge. Et le PTB n'a pas raflé la mise en Wallonie. Ni l'extrême-droite flamande, ni l'extrême-gauche ne sont parvenues à se rendre incontournables. Et pour cette raison au moins, tous les partis démocrates du pays peuvent louer le résultat du scrutin législatif de ce dimanche 9 juin.
Cette poussée limitée des extrêmes constitue cependant la seule satisfaction de la soirée électorale pour un certain nombre de partis. L'Open VLD a payé lourdement le poste de Premier ministre, qu'il a occupé sous la défunte législature. Les libéraux flamands perdent pratiquement la moitié de leur représentation à la Chambre. Leur chute est comparable à celle des verts. L'écologie politique a été lourdement sanctionnée dans les urnes et se retrouve réduite à l'état de groupe croupion au Parlement fédéral. Comme en 2004 et comme en 2014, selon une funeste loi des séries qui frappe les écologistes belges depuis leur fondation.
Mouvement au sud du pays
L'enseignement majeur de ces élections, en terme comptable, c'est le déplacement du centre de gravité de la politique belge vers le centre-droit. Et, pour une fois, c'est moins aux électeurs flamands que la Belgique doit ce glissement qu'aux électeurs francophones. En Flandre, la droite et la gauche ont connu, ce dimanche soir, des mouvements à somme nulle. À droite, le Vlaams Belang a grignoté quelques pour cent, alors que la N-VA s'est à peine stabilisée et que l'Open VLD a bu la tasse. À gauche, Groen s'est écrasé, mais le PTB et surtout Vooruit ont pris du poids, dans une proportion d'ailleurs supérieure à la chute écologiste.
C'est bien au sud du pays que la droite et le centre ont progressé. Le MR a réalisé un score historique tant à Bruxelles qu'en Wallonie, le propulsant sans contestation sur la plus haute marche du podium dans l'espace francophone. Sa progression est telle qu'elle a donné aux libéraux le droit de rêver à la place de première famille politique du pays, en dépit de l'important ressac de l'Open VLD. Et si ce sont les socialistes qui l'ont finalement emporté, ce n'est que d'une courte tête.
L'autre grand vainqueur francophone de ce scrutin, dans des proportions qui paraissaient totalement improbables avant le dépouillement, ce sont les Engagés. Ce parti moribond, à qui plus personne ne prêtait d'avenir, Maxime Prévot en a fait une machine à voix qui a joué des coudes avec les socialistes en Wallonie durant toute la soirée électorale, avant d'être débordé sur le fil. Un tour de force que même l'état-major Engagés n'aurait pas osé rêver.
Une Suédoise bis
La progression du MR et des Engagés ne leur permet pas seulement d'envisager former ensemble – et avec une marge confortable – un gouvernement de centre-droit en Wallonie. Elle semble aussi leur avoir donné la possibilité de faire l'appoint francophone à un gouvernement fédéral rassemblé autour de la N-VA. Une Suédoise bis – selon la formule mise en œuvre en 2014 –, à laquelle se grefferaient les Engagés, lui assurant ainsi une majorité sur le banc francophone.
Les jeux sont-ils déjà faits ? Sûrement pas. De nombreuses questions subsistent. Celle-ci d'abord : la N-VA pourra-t-elle ignorer le résultat du Vlaams Belang ? Le président de la N-VA, Bart De Wever, l'a dit durant la campagne : il ne formera pas de majorité avec l'extrême-droite. Mais il risque d'être mis sous pression, jusque dans ses propres rangs, pour revoir ce jugement lâché en plein sprint préélectoral. Car pour la première fois, les urnes ont livré une majorité autonomiste en Flandre. Lui dont le destin politique est d'accorder à la Flandre sa pleine autonomie pourra-t-il laisser passer l'occasion, peut-être unique, de forcer le pays à la séparation ?
L'autre question découle de la première : quelles concessions les autres partis devront faire à la N-VA pour la convaincre d'abandonner toute idée de former une majorité avec le Vlaams Belang ? En période électorale, Bart De Wever a donné son prix : le confédéralisme. Mais cette perspective n'enchante pas les partis francophones. Qui pourront toujours rappeler à la N-VA que d'autres majorités sont mathématiquement possibles. Même la majorité Vivaldi pourtant lessivée.