"Non à l'augmentation du minerval des hautes écoles qui collaborent avec une université": la Fédération des étudiants francophone sort son Memorandum
Sa présidente, Emila Hoxhaj, demande aussi que disparaisse l'obligation de réussir la première année en deux ans.

- Publié le 02-07-2023 à 09h45
- Mis à jour le 02-07-2023 à 14h25

La Fédération des étudiants francophones (la Fef) a fêté ses 50 ans, samedi. À cette occasion, sa présidente Emila Hoxhaj a présenté son Memorandum 2024 : un gros catalogue de revendications à l'adresse des différents gouvernements, à un an des élections. L'occasion pour elle de remettre à l'avant-plan les deux grands objectifs du mouvement.
"La société actuelle est très inégalitaire, constate-t-elle. C'est pourquoi, plus que jamais, l'enseignement supérieur doit être un vecteur d'égalité sociale. Or, ce mouvement est loin d'être pleinement en marche aujourd'hui." La revendication est double : démocratisation – "car l'accès et la réussite des étudiants restent aujourd'hui déterminés par leurs conditions économiques, culturelles et sociales" – et émancipation – "qui vise le développement d'une faculté d'analyse critique".
Atteindre ce double objectif passe, pour la Fef, par un enseignement supérieur public, gratuit, de qualité, accessible à tous, critique et citoyen. "Et tous les niveaux de pouvoir ont un rôle à jouer pour y arriver", estime Emila Hoxhaj.
Au gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, la Fef demande l'introduction progressive de la gratuité "et, pour commencer, le plafonnement des droits d'inscription à 175 euros".
"Stop aux QCM et QRM à points négatifs"
Emila Hoxhaj relaie aussi l'inquiétude des étudiants face aux nouvelles règles de réussite. "En imposant des règles plus strictes sans s'attaquer réellement au sous-financement et aux coûts des études, la réforme aura pour effet un nettoyage socio-économique", affirme-t-elle en demandant le retrait du délai de réussite imposé en première année de bachelier.
Le Memorandum rejette également deux effets pervers des codiplomations, synergies et autres fusions entre hautes écoles et universités. "En cas de rapprochement entre une haute école et une université, le prix du minerval est souvent relevé à celui, plus cher, de l'université. Non! De plus, il arrive que l'étudiant doive multiplier les trajets, avec une perte de temps et des dépenses supplémentaires."
Enfin, concernant les évaluations, la Fédération des étudiants francophones insiste une nouvelle fois sur le respect du seuil de réussite à 10/20, parfois contourné, sur l'intensification nécessaire des aides à la réussite, et sur la suppression des QCM (questions à choix multiple) et QRM (questions à réponses multiples, dans lesquelles il peut y avoir autant d'items corrects que de propositions) à points négatifs.
"Éviter les financements privés"
À l'Europe, elle demande le financement structurel des alliances d'universités par la Commission européenne "pour éviter les financements privés et aux frais des étudiants", ainsi qu'une représentation étudiante plus appuyée dans ces structures. Autre remarque : "Il faut que les bourses qui couvrent les échanges Erasmus couvrent désormais l'entièreté des frais occasionnés par ces déplacements."
En outre, la présidente interpelle également les futurs élus européens à propos de l'urgence climatique qui nécessite des plans avec des échéances plus rapprochées.
"La refédéralisation de la sécurité sociale"
Les élus fédéraux, eux, ont un grand rôle à jouer vis-à-vis de ce qui reste la priorité numéro un de la Fef : la lutte contre la précarité. Ce niveau de pouvoir a la main sur le montant des aides sociales et leurs conditions d'attribution, ainsi que sur la réglementation du travail étudiant.
"Nous revendiquons le maintien d'un niveau de pouvoir fédéral fort et la refédéralisation des matières qui touchent à la sécurité sociale et aux soins de santé, souligne Emila Hoxhaj, ainsi que le maintien des communautés et de leurs compétences propres liées à l'enseignement". Et de réclamer, dans la foulée, des avancées en matière de logement (qu'elle adresse aussi aux Régions concernant notamment l'encadrement du montant des loyers) et de soins de santé. "À ce propos, nous demandons l'abandon du système de quotas et la suppression du concours d'entrée aux études de médecine."
Elle élargit d'ailleurs cette revendication à toutes les autres formes de sélection qui existent dans d'autres filières.
"Que le fédéral refinance le supérieur"
Toujours à propos d'enseignement, la Fef réclame une nouvelle fois un vrai refinancement de l'enseignement supérieur "exclusivement public" et la fin du fonctionnement en enveloppe fermée. "Pour permettre une meilleure utilisation des moyens, nous prônons une fusion des réseaux d'enseignement", explique la présidente, qui demande un geste au fédéral. "Nous attendons qu'il prenne un acte politique majeur pour refinancer l'enseignement supérieur via un mécanisme qui s'ajouterait aux mécanismes actuels de la Communauté française."