En cinquante ans d'existence, le Centre d'action laïque a coloré la société belge

- Publié le 29-03-2019 à 18h07
- Mis à jour le 29-03-2019 à 18h08

Le Cal a donné une voix au monde laïque en rassemblant des centaines d'associations. C'était au seuil des années septante et au cœur d'une époque charnière du XXe siècle. Le 29 mars 1969, une douzaine d'associations laïques se fédéraient pour promouvoir la laïcité en Belgique, et former le Centre d'action laïque (Cal).
"Oui, la Belgique vivait là un tournant", acquiesce Henri Bartholomeeusen, le président du Cal qui, financé par l'État au même titre que les cultes reconnus, compte aujourd'hui 32 associations constitutives et plus de 300 associations locales. "On était encore dans un ancien monde marqué par la prégnance de l'Église et de la morale catholique, mais on sentait déjà poindre la modernité. La volonté, à l'époque, était donc d'offrir à une partie de la population qui ne se reconnaissait pas dans le catholicisme, une assistance morale dont elle était privée dans les prisons, les maisons de repos, l'armée ou les hôpitaux par exemple. Le Cal est donc né de cette volonté : accompagner ceux qui ne se reconnaissaient dans aucune croyance religieuse."
Très vite, le Centre a pris son essor et est devenu un acteur incontournable de la société belge. Si, à ses débuts, il a notamment structuré son discours en opposition frontale avec l'Église, il a en partie revu ses actions alors que la sécularisation faisait son œuvre.
"On remarque cependant que les têtes de nos grands chapitres sont restées les mêmes, précise Henri Bartholomeeusen. Comme à l'époque, nous nous battons pour la liberté ou pour l'égalité, alors que les défis actuels sont par exemple liés à l'essor de la pensée irrationnelle." La différence, poursuit-il en substance, est aussi que le Cal accompagne davantage la société dans ses évolutions et réflexions, qu'il ne se bat contre une influence religieuse structurée.
Dans l'esprit du Centre, la définition de la laïcité induit donc une portée plus large. Elle n'est pas le rejet de la religion, mais "la liberté de chacun d'adhérer aux idées, convictions ou croyances de son choix".
Des débats en vue
À ce titre, la volonté du Cal, ajoute encore son président, est avant tout d'œuvrer au dialogue et de trouver dans cette définition de la laïcité un dénominateur commun et rassembleur à partir duquel les questions sociétales pourraient être débattues.
Il n'en reste pas moins que l'approche du Cal n'est pas neutre, et que dire qu'il ne constituerait qu'une coupole indolore ou incolore, ne serait pas exact non plus. Henri Bartholomeeusen le reconnaît d'ailleurs lui-même. Quand reviennent sur la table certaines questions éthiques notamment, se redécouvrent "des pierres d'incompréhensions" avec les religions.
De la sorte, lors des débats relatifs à l'avortement ou à l'euthanasie, le Cal a pu peser et avancer sa conception particulière de ce qu'est la vie, l'humain, ou de ce qui est aux fondements de sa valeur.
À l'avenir sans doute, les divergences entre le Cal et d'autres organisations convictionnelles devraient toujours moins qu'auparavant ressembler à des conflits entre clans, piliers ou institutions. Il n'en reste pas moins que les échanges de vues et les débats ne sont pas terminés. De nombreuses questions éthiques attendent la société belge, et les religions (chacune à leur manière), comme la laïcité, sont porteuses de conceptions du monde et de la vie qui demeurent divergentes.
"Le combat du Cal ne se situe plus en Belgique, mais en Europe"
Docteure en histoire, chercheuse au Centre de recherche et d'information socio-politiques (Crisp), Caroline Sägesser se réjouit "du pluralisme convictionnel qui règne en Belgique, et dont l'existence du Cal (Centre d'action laïque) et son anniversaire sont des signes".
Justement dès lors, ce pluralisme étant un fait, et la sécularisation de la société un autre, l'existence du Cal a-t-elle encore un sens ? Oui, pour l'historienne, qui note que le financement du Centre est une garantie pour les autres organisations convictionnelles d'être soutenues par l'État. Elle souligne aussi combien les combats du Cal - pour l'égalité notamment - restent actuels. À quel point également, sur certains dossiers, il peut encore donner voix aux laïques. Elle insiste enfin sur le fait que par son financement belge, le Cal peut soutenir la Fédération humaniste européenne. "Si en Belgique, le lobbying religieux conservateur a perdu de son importance, ce n'est pas le cas dans certains pays européens, telle la Pologne. Le défi principal du Cal se trouve donc aujourd'hui dans d'autres pays. En soutenant la Fédération humaniste européenne, il peut participer à ce combat contre la prégnance et l'influence politique du conservatisme religieux."
En Belgique en effet, si le Cal accompagne encore les évolutions de la société en lui apportant son regard (voir ci dessus), "il ne doit plus se battre contre une institution catholique très influente. Faute de combattants dans les camps adverses, ce combat est gagné. Il y a d'ailleurs un paradoxe : alors que le Cal se structurait et gagnait en importance, l'Église catholique perdait du terrain".
Le rôle du Cal sur certains dossiers
Quant au poids politique du Cal, Caroline Sägesser souligne que son objectif initial n'était pas de pousser une idéologie particulière, mais de contrer l'influence de l'Église.
Néanmoins, le Centre, porteur d'une vision sociétale particulière, est devenu un interlocuteur incontournable sur les dossiers de société. "J e note deux dossiers pour lesquels l'action du Cal a été importante : le combat pour le droit à l'avortement et celui pour la reconnaissance du droit à l'euthanasie. Les décisions ne se sont pas prises au Cal, mais le Cal a eu une influence auprès du monde politique. Je pense d'ailleurs que si notre pays est pionnier en matière d'éthique, c'est parce qu'il compte en son sein des organisations structurées comme le Cal pour mener la réflexion", conclut-elle.