Aides à l'emploi: "Le clientélisme, l'un des maux wallons"
Philippe Destatte est directeur de l'Institut Jules Destrée et ex-chef de cabinet du ministre Jean-Maurice Dehousse (PS).

- Publié le 01-03-2019 à 06h51
- Mis à jour le 01-03-2019 à 08h20

Philippe Destatte est directeur de l'Institut Jules Destrée et ex-chef de cabinet du ministre Jean-Maurice Dehousse (PS). On le voit clairement dans le cadastre des aides à l'emploi : le PS récolte de nombreuses APE.
"Je n'en suis pas surpris, car c'est logique. Mais d'une logique qu'on peut expliquer. Il faut dire que le PS et le CDH sont très présents et particulièrement dynamiques dans certains secteurs comme l'éducation permanente. Ce n'est en revanche pas la préoccupation première des libéraux. Le côté le plus négatif, c'est ce partage du gâteau entre les partis qui ont accès aux moyens publics. Dans une situation où les élus ont de moins en moins de moyens de distribuer des emplois, il y a là cette tentation du clientélisme. Dans un certain nombre de cas, on agit sans que l'avis de l'administration soit requis. C'est la logique du fait du prince : un des maux wallons. Les partis utilisent la sphère publique à leur profit, ou à celui de leur clientèle. Chez nous, l'intérêt général est loti par les partis politiques. Il y a aussi la logique de l'esprit de clocher. Comme quand Rudy Demotte obtient des moyens pour la Wallonie picarde. C'est dans la culture wallonne."
Cela concerne-t-il des partis plus que d'autres ?
"Le PS a été dans une logique de participation au pouvoir depuis assez longtemps juste pour prendre sa part du gâteau. Le clientélisme se poursuit également dans l'administration. Des personnes qui se trouvaient en appui des cabinets ministériels m'ont déjà dit : 'Si tu veux des points APE, tu peux en avoir, on en distribue.' J'ai refusé. Mais beaucoup d'associations sont dans cette logique. Dans le même temps, d'autres, par exemple dans celles qui viennent en aide aux migrants africains, ne fonctionnent pas comme cela et sont en difficulté pour obtenir des aides."
Estimez-vous qu'il y a un lien entre les protestations du PS contre la réforme des APE et la crainte de perdre leur influence ?
"Oui, certainement. La prise de conscience ne s'est pas encore faite chez certains : si on veut maintenir un équilibre dans notre société, il faut créer de la valeur. Mais aussi, faire en sorte que le secteur associatif ne prenne pas la place des indépendants et des entreprises qui, elles, payent de la TVA. Pour être juste, je précise que les entreprises aussi perçoivent des aides et qu'on y trouve aussi un certain clientélisme, bien que moins manifeste."
Vous êtes favorable à une réforme du système APE ?
"Le système actuel des APE est très négatif. Depuis le début des années 90, nous avons mis en évidence le manque d'emplois dans le monde de l'entreprise, en Wallonie, par rapport à la Flandre et à d'autres pays. Le différentiel se chiffre à 90 000 emplois en comparaison. De nombreux points APE subsidient des entreprises qui ne produisent pas de valeur ajoutée mais sont uniquement à charge. Cela va poser problème avec la diminution annoncée des transferts de la Flandre vers la Wallonie pour financer la sécurité sociale ou encore avec la sortie du nucléaire. Comment garder une cohésion sociale si on ne créé pas de valeur ? Sur le plan économique, les APE créent un déséquilibre. D'autant que ce système privilégie les contrats précaires, à durée déterminée."