Le recteur Pierre Wolper va devoir recoller les pots cassés de l'ULiège

- Publié le 12-10-2018 à 19h46
- Mis à jour le 12-10-2018 à 19h47

Le nouveau recteur, qui devra affronter des défis importants, arrive affaibli dans une institution fracturée. Le mois d'octobre, indien comme rarement, avait beau darder ses rayons sur le centre de Liège, il ne put réchauffer le rectorat de l'université locale. L'ambiance y était glaciale ce vendredi matin. Face à une douzaine de journalistes, Albert Corhay, recteur sortant, présentait son successeur Pierre Wolper, élu en début de semaine. Les mots rares, les phrases courtes, l'ironie tiède arrachés à un fond d'urbanité peinaient à atteindre l'assemblée du jour qui, prise à contre-pied, n'osa même pas se servir un café. Liège est sans doute ainsi : à contretemps de toute communication.
Entre les deux hommes se dresse en réalité une campagne rectorale de neuf mois faite de coups bas et d'un conflit interpersonnel qui rejaillit dans les médias.
"Tout a commencé au début de l'année, se souvient un observateur. Albert Corhay avait d'abord dit qu'il ne se représenterait pas, faisant miroiter le poste de recteur à ses proches. Puis un décret l ui permettant de se porter candidat malgré l'âge de la retraite qui approchait, le fit changer d'avis, ce qui dérouta les siens. L'orage éclata pleinement quand , fin janvier, Pierre Wolper embarqua dans son équipe de campagne deux vice-recteurs en poste : Eric Haubruge et Rudi Cloots."
La guerre déclarée, les débats se muèrent en luttes de "bacs à sable" (dixit les étudiants). Tout ne fut pas de cet acabit, mais la tonalité fut telle. Il fallut dès lors quatre tours pour désigner un recteur. Battu dès les premiers, Albert Corhay avait entre-temps jeté le gant.
Les deux atouts des Liégeois
Cette semaine donc, le quatrième tour vit Pierre Wolper prendre l'ascendant sur Eric Pirard. Si la règle électorale avait maintenu la nécessité d'une majorité absolue comme aux tours précédents, l'université serait repartie pour un round. Mais l'année académique, entamée, n'offrait plus de largesses à la patience.
Informaticien, ancien vice-recteur à la recherche entre 2009 et 2014, actuel doyen de la Faculté des Sciences appliqués, Pierre Wolper n'obtint donc "que" 45 % des voix, contre 43 à son opposant. Un électeur sur dix ne choisit personne. S'il est donc élu, Pierre Wolper n'est en rien plébiscité. Son pouvoir est fragile dans une institution "divisée", "blessée", "sceptique", "inquiète" selon les qualificatifs employés en interne.
Le nouveau recteur est conscient de sa fragilité. Et les mots évasifs de sa conférence de presse témoignent de sa volonté de rassurer les troupes liégeoises en priorité. Après le chantier qui fut celui du plan stratégique imaginé par Albert Corhay - et dont l'ampleur "touffue" explique en partie la défaite - Pierre Wolper a souhaité temporiser en évoquant une méthode plutôt qu'un programme. "Davantage que ces dernières années, nous devrons nous fixer des objectifs, les expliquer et discerner les choix à prendre en fonction."
Pourra-t-il sortir l'ULiège des divisions ? Pour un recteur, il est toujours difficile de devoir monter aux fronts avec audace s'il ne se sent pas porté par les siens. Or ces prochaines années seront importantes.
En 2021, un nouveau plan de financement des universités sera débattu et placera les recteurs francophones en concurrence. D'ici là ils devront, ensemble, défendre leur secteur qui souffre d'un définancement structurel. Pierre Wolper devra donc jouer son coup avec finesse. "D'autant plus dans un milieu qui voit la psychologie des recteurs influer énormément, peut-être trop, sur les évolutions du monde académique francophone", note un observateur.
L'ingénieur de formation sait aussi qu'il doit défendre les deux grands atouts de son université. Le premier est celui de la recherche appliquée. Liège, très ancrée dans le tissu économique wallon, doit maintenir cette position sur laquelle lorgnent l'ULB et l'UCL. Le deuxième tient à son positionnement géographique. À un jet de pierre des puissantes universités d'Aix et de Maastricht, l'ULiège peut en tirer de grands bénéfices si elle noue des accords judicieux avec celles-ci. Mais, faible ou frileuse, elle peut tout aussi bien se faire manger par elles. L'avenir de l'université dépendra donc en partie de la force du recteur, de l'image et de l'unité de l'institution.