Comment Actiris part à la rescousse des largués du marché de l'emploi
- Publié le 02-04-2018 à 09h47
- Mis à jour le 19-04-2018 à 10h53

A Bruxelles, un jeune sur 5 n'est ni travailleur, ni étudiant, ni en formation. Actiris dégage 1,6 million pour eux. Si le chômage des jeunes diminue d'année en année à Bruxelles, la situation reste compliquée. D'abord, parce que, en 2017, 24,4 % de la population active de moins de 30 ans est toujours au chômage. C'est bien davantage qu'en Wallonie et surtout qu'en Flandre. Mais ce n'est pas pire que dans les autres grandes villes du pays (voir infographie plus bas).
Ensuite, parce qu'une frange de la population jeune n'est même pas au chômage. Cette frange est éloignée du marché de l'emploi : elle n'est pas aux études et ne suit pas de formation. A Bruxelles, en 2017, ceux qu'on appelle les NEET (lire ci-dessous) représentaient 19,8 % de la population active âgée entre 18 et 24 ans, soit environ 20 000 (on ne tient ici pas compte des étudiants). En Flandre, ce taux est de 9,8 %. En Wallonie, il est de 16,4 %. Et en Europe, de 15,2 %. Des comparaisons à prendre avec des pincettes, explique Grégor Chapelle, directeur général d'Actiris, l'Office bruxellois de l'emploi : "Bruxelles est une ville et devrait être comparée avec d'autres villes, et pas avec des régions, car les villes ont besoin de travailleurs très formés mais accueillent une population moins formée." A Bruxelles, les besoins en emplois faiblement qualifiés ne sont en effet que de 10 %, alors que 43 % des chercheurs d'emploi de moins de 30 ans n'ont pas de certificat d'études secondaires supérieures (soit parce qu'ils n'ont pas obtenu leur CESS, soit parce qu'ils l'ont obtenu à l'étranger mais qu'il n'y a pas d'équivalence des diplômes).
Pour réduire le nombre de jeunes largués, Actiris a d'abord lancé, en 2013, sa garantie jeunes : un engagement à fournir au jeune, dans les six mois suivant son inscription, soit un job, soit un stage, soit une formation. "Dans les années qui ont suivi, le chômage a fortement baissé", constate Grégor Chapelle, tout en admettant l'impact combiné de la conjoncture économique favorable et des exclusions des allocations d'insertion. Puis, à partir de 2016, il a fourni des jobs subsidiés à quelque 400 jeunes.

Actiris fait appel au terrain
Mais certains jeunes passent au travers des mailles du filet. Pour ceux-là, et pour tous ceux qui ne sont même pas inscrits chez Actiris, il faut sortir des modèles institutionnels habituels. C'est ainsi qu'Actiris a fait appel au Diable Rouge Vincent Kompany ou à des Youtubers tels qu'Abdel en vrai pour sa communication et a lancé deux projets destinés aux NEET en particulier, dotés de 700 000 euros.
Aujourd'hui, Actiris passe à la vitesse supérieure. Il fait passer son budget NEET à 1,6 million d'euros et lance un appel à projets visant à faire collaborer des acteurs de terrain (maisons de jeunes, éducateurs de rue…) en contact avec les jeunes et des acteurs de la réinsertion socioprofessionnelle. L'ambition est d'identifier ces jeunes qui ont décroché, de les remobiliser et les motiver, et de les accompagner vers une formation et un emploi, et même au-delà. Si Actiris n'y est pas parvenu seul, ceux qui connaissent le mieux ces jeunes y arriveront peut-être.
Un NEET, dites-vous ?
Fragiles. NEET, c'est l'acronyme de Not in Employment, Education or Training. Soit des personnes qui n'ont pas de job et qui ne sont ni aux études ni en formation professionnelle. On parle d'un public éloigné du marché de l'emploi, qui peut être subdivisé en cinq sous-catégories.
1. Les chômeurs au sens conventionnel, qui sont à la recherche d'un emploi et disponibles pour le marché du travail. C'est la catégorie la plus nombreuse. Environ la moitié des NEET.
2. Les personnes qui ne sont pas disponibles pour le marché de l'emploi en raison d'une maladie, d'un handicap, de la prise en charge d'un proche ou qui ont interrompu leurs études.
3. Les personnes désengagées, c'est-à-dire des personnes qui ne cherchent pas d'emploi ou de formation, et qui n'y sont pas contraintes (en ce compris les personnes découragées par le travail). Ces gens ne sont pas inscrits chez Actiris, notamment parce qu'ils n'y voient aucun intérêt financier (étant, de fait, exclus des allocations d'insertion). C'est d'abord ce public-là qui est visé par le nouveau plan NEET d'Actiris.
4. Les chercheurs d'opportunités, c'est-à-dire des personnes qui, bien que cherchant activement un emploi ou une formation, se réservent pour une opportunité qu'elles jugent dignes de leurs compétences ou de leur statut.
5. Les NEET volontaires, qui voyagent ou sont engagés de manière constructive dans d'autres activités (art, auto-apprentissage…).