Accusé d'être le Géant pendant 30 ans, Michel Libert se livre: "Je suis soulagé"
Michel Libert, arrêté à plusieurs reprises, se dit "soulagé mais pas convaincu".
- Publié le 25-10-2017 à 06h28
- Mis à jour le 25-10-2017 à 08h21

Michel Libert, arrêté à plusieurs reprises, se dit "soulagé mais pas convaincu". Trente ans que l'ombre du Géant pèse sur l'ex-militaire Michel Libert, 63 ans. Arrêté, auditionné à de multiples reprises, chaque fois soupçonné d'être le Géant dans cette énigmatique affaire aux 28 victimes, Michel Libert, qui fait 1 m 92, a dû défiler devant huit équipes d'enquêteurs au total. Sa silhouette mince correspond. Son visage offre plus que des ressemblances.
"On me soupçonnait d'être un des principaux. Et ça a f… ma vie en l'air."
Sa dernière audition, "l'une des seules à avoir été constructive et intelligente", remonte au 23 octobre 2014, et l'on croyait à ce moment que cette fois, c'est sûr, on avait trouvé.
On l'a perquisitionné pour la énième fois et gardé 48 heures avant de le laisser rentrer chez lui; une nouvelle fois un coup dans l'eau. Deux jours ont suffi pourtant à lui faire perdre son boulot. Une fois de plus; parce que cela lui était déjà̀ arrivé. L'affaire des Tueries du Brabant aura profondément marqué la vie de Michel Libert qui a occupé un poste clé dans l'extrême droite de l'époque des tueries du Brabant. "À part au début, jamais on n'a voulu enquêter dans le sens que j'indiquais. On enquêtait sciemment sur des gens qui n'avaient rien à voir."
Le nouveau rebondissement dans l'enquête, qu'est celui de l'identification éventuelle du Géant comme étant l'ex-gendarme Christiaan Bonkoffsky, Michel Libert y est bien sûr très attentif. "On m'a fait passer pour le Géant pendant 30 ans. J'ai été foutu à la porte à plusieurs reprises à cause de cela. Et j'en passe sur ce que cette affaire m'a coûté. Alors oui, cette nouvelle piste apparaît comme un soulagement, c'est évident. Mais est-ce pour autant le véritable Géant ? Je n'en suis pas tout à fait convaincu. Cette nouvelle piste me réconforte mais j'ai toujours un doute. Mais oui, on progresse dans la bonne direction. On est sur la bonne piste. J'en suis convaincu", confie Michel Libert.
Connu pour son appartenance à un groupe d'extrême droite de l'époque, le WNP dont il fut l'un des tout grands responsables, Michel Libert dit douter de la fiabilité des portraits-robots. "Moi-même, les enquêteurs me disaient que je ressemblais à quatre des portraits-robots de l'époque. Quatre ! Alors, la fiabilité de ces portraits réaliseśsous hypnose des années après les faits, je n'y crois pas beaucoup. Des portraits robots réalisés dans de telles conditions, on peut les rapprocher de n'importe qui, j'en suis la preuve."
Le nom de Christiaan Bonkoffsky, notre interlocuteur, mémoire de l'extrême droite des années 1980, affirme ne jamais l'avoir entendu jusqu'aux révélations faites par la DH ce week-end. "Ce Bonkoffsky n'était pas au WNP (Westland New Post), j'en suis certain. Mais cela ne s'arrêtait pas au WNP. Il y avait aussi Alliance, Minerve; Scorpion. Et c'était cloisonné. Mais pas au WNP. Le nom de Bonkoffsky m'était inconnu."
Michel Libert le répète : s'il ne sait rien quant à l'identité des tueurs, la nouvelle piste est selon lui une avancée vers la solution ! "Les enquêteurs m'ont à chaque fois posé les mêmes questions auxquelles je répondais de la même façon. Oui, j'ai appartenu au PAL (Polizei Algemeine Leuchte), un organe du MAD (Militärische Abschirm Dienst). Oui, j'ai appartenu au WNP. Oui, j'ai connu la plupart. Oui, je continue de me poser des questions sur certains (quant à leur implication éventuelle dans les tueries). Mais je ne sais rien. Je n'ai pas d'information qui puisse étayer la piste politique qui est selon moi possible parce que dans les tueries, c'était à plusieurs niveaux; il y avait des 'parrainages'", répète celui qui espère vraiment ne plus jamais être auditionné dans ce dossier ou son nom n'a cessé de revenir. "À part tout au début et quand j'ai été interrogé la dernière fois en 2014, l'enquête était menée en dépit du bon sens. J'avais des alibis faciles à vérifier. Je m'occupais de ma maman. Comment pouvais-je être en même temps sur les lieux d'une tuerie ?"
Des tueries du Brabant pour lesquelles une commission d'enquête est à nouveau réclamée par certains acteurs du monde politique pendant que des représentants des victimes exigent désormais carrément une nouvelle équipe de juges d'instruction !