Salah Abdeslam peut-il être forcé d'assister à son procès à Bruxelles ?
- Publié le 18-08-2017 à 10h57
- Mis à jour le 18-08-2017 à 13h38

C'était le 15 mars 2016, une semaine avant les attentats de Bruxelles : une équipe policière belgo-française perquisitionne un appartement au 1er étage du 60, rue du Dries à Forest. Les Unités spéciales n'ont pas été mobilisées car la planque est réputée "froide" : les compteurs ont été coupés deux mois plus tôt.
Un policier utilise un bélier pour faire sauter la serrure. Quand la porte s'ouvre, les policiers sont pris sous le feu. Une balle déchire le holster du policier qui était en première ligne, emportant le pontet de son pistolet. Les policiers ripostent aux tirs et atteignent un des trois occupants à la jambe.
C'est Mohamed Belkaïd, un Algérien qui a été en contact avec les auteurs des attentats du 13 novembre à Paris. Il est tué quatre heures plus tard par un sniper des Unités spéciales alors qu'il s'apprêtait à tirer sur un policier.
Deux hommes réussissent à prendre la fuite par les toits. Dans une maison sur leur trajet de fuite, rue de l'Eau, ils abandonnent une Kalachnikov qui a aussi fait feu sur les policiers. Ils sont arrêtés trois jours plus tard à Molenbeek.
Le premier est Salah Abdeslam, l'homme le plus recherché d'Europe. Le second est Sofien Ayari, un Tunisien qui a combattu dans les rangs de l'EI en Syrie avant d'être envoyé en Europe. Salah Abdeslam l'avait pris en charge à Ulm le 3 octobre 2015.
La chambre du conseil de Bruxelles a décidé jeudi de les renvoyer devant le tribunal correctionnel pour tentative d'assassinat terroriste et port d'armes prohibées. Le procès devrait se tenir à l'automne. Ce sera le premier que l'on peut lier directement aux attentats de Bruxelles et de Paris.
Salah Abdeslam sera-t-il là ?
Mais qui sera sur le banc des prévenus ? Tout porte à croire que Sofien Ayari, détenu en Belgique, sera présent. Chaque fois que le dossier a été examiné devant la chambre du conseil, il était soit présent, soit représenté par ses avocats, Mes Isa Gultaslar et Laura Severin.
C'est beaucoup moins sûr pour Salah Abdeslam. Cela fait dix mois qu'il n'a plus d'avocats. Mes Sven Mary et Frank Berton ont renoncé à le défendre, justifiant leur décision par le "refus de parler" du détenu le plus surveillé de France.
Salah Abdeslam a été livré par la Belgique à la France le 27 avril 2016. Il n'a jamais voulu venir à Bruxelles lorsque le dossier de Forest était examiné, que ce soit en reconstitution ou en chambre du conseil. Les observateurs ne croient pas qu'il viendra à son procès en Belgique.
Salah Abdeslam n'est pas tenu d'être présent au procès. Il peut faire défaut et l'on ne peut - contrairement à ce qui se passerait si l'on était en assises - le contraindre à venir, comme le souligne Me Denis Bosquet, avocat et professeur de procédure pénale au barreau de Bruxelles.
S'il désirait venir, la France ne pourrait toutefois s'opposer à son prêt à la Belgique car chacun a le droit d'être présent à son procès s'il le souhaite.
De surcroît, lors de la remise d'Abdeslam à la France, il a été convenu qu'il pourrait être "prêté" à la Belgique si nécessaire.
Salah Abdeslam, qui a la nationalité française et qui avait accepté d'être remis aux autorités françaises, ne bénéficie pas d'une "clause de retour", à l'inverse de Mohamed Abrini, l'homme au chapeau qui, lors de sa remise à la France, avait obtenu de pouvoir purger sa peine en Belgique.
S'il est condamné - ce qui est probable - pour les faits de Forest, Salah Abdeslam ne purgera pas sa peine en Belgique. Il continuera d'attendre en France son procès pour son implication dans les attentats de Paris pour lesquels il devrait être lourdement condamné. Lorsque se tiendra à Bruxelles le procès des attentats du 22 mars, il ne devrait pas y être jugé. Il n'est pas inculpé dans ce dossier.